À Marseille, 2 700 établissements recevant du public sont soumis à des visites mais, selon leur capacité et leur type d’activité, tous ne sont pas soumis aux mêmes règles.

/ Photo illustration Maxppp – Jean-Baptiste Quentin

« Le drame de Crans-Montana a bouleversé tout le monde, chez les professionnels comme chez les clients. En tant que gérant d’un établissement de nuit, on savait qu’il faudrait faire des efforts pour rassurer, et se mettre en conformité si nécessaire. » Au Seven, on promet donc ne pas avoir attendu l’injonction de la Ville pour « vider le local et entamer de gros travaux ». Comme deux autres bars des nuits marseillaises, le Faranight (11e) et le Spazio (1er), le « bar musical » de la rue Venture (1er) fait l’objet d’un arrêté de fermeture publié par la municipalité le 15 janvier et repéré par La Marseillaise. Les services de la Ville considèrent qu’ils ne répondent pas au règlement de sécurité « contre les risques d’incendie et de panique dans les établissements recevant du public (ERP) ». Des cas qui semblent illustrer « l’attention particulière » demandée par le ministre de l’Intérieur aux préfets et aux autorités locales sur « les débits de boissons qui accueillent des soirées dansantes », après l’incendie du Constellation, qui a fait 40 morts et 116 blessés en Suisse, le soir du Nouvel An.

Changer d’activité plutôt que mettre aux normes

À Marseille, 2 700 ERP sont soumis à des visites mais, selon leur capacité et leur type d’activité, tous ne sont pas soumis aux mêmes règles. Pour ceux accueillant moins de 1 500 personnes, c’est la commission communale de sécurité, présidée par le maire et à laquelle est associé le Bataillon des marins-pompiers, qui a la charge des contrôles, les autres sont sous l’autorité de la Préfecture. Regroupées sous l’appellation « salles de danse et de jeux », les discothèques sont soumises à l’une des réglementations les plus strictes, avec notamment l’obligation de pouvoir réaliser « une coupure générale électrique », « le dégagement complet d’une issue de secours en sous-sol » ou « une vérification triennale du désenfumage mécanique ». Trois carences pointées par l’arrêté de la Ville concernant le Seven.

« Pour les bars musicaux et les discothèques, la réglementation est la plus dure et il est parfois difficile de répondre à toutes les exigences, compte tenu notamment de la nature du bâti, décrit le gérant du Seven. Nous sommes au rez-de-chaussée d’un vieil immeuble, ce qui rend presque impossible certains aménagements. Sans attendre l’arrêté, nous avons pris en compte les observations de la Ville. Nous sommes conscients de notre responsabilité, ce qui nous a conduits à décider d’un changement d’activité pour transformer le Seven en restaurant. » Vidé depuis début janvier, l’établissement est donc déjà fermé pour travaux de sécurité mais aussi un chantier plus important mené par la propriétaire de l’immeuble, pour l’ouverture d’un restaurant « avant l’été ».

« Prise de conscience » et « transparence sécuritaire »

Si ce gérant n’a « jamais eu de problèmes » sur ces questions, il fait état d’une « prise de conscience » chez les professionnels. Des patrons disent avoir abandonné les bougies fontaines, à l’origine de l’incendie à Crans-Montana, pour les remplacer par des leds. « Il y a un avant et un après Crans-Montana, estime Nicolas Guyot, vice-président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) des Bouches-du-Rhône. Après ce drame, nous avons rappelé nos adhérents à leurs responsabilités et la nécessité d’être a jour sur les abonnements d’entretien notamment, même s’il y a beaucoup de contrôles et finalement peu d’abus. »

Reste qu’un besoin de clarification semble nécessaire pour certains bars (qui répondent à la réglementation moins stricte des « bars, restaurants et petites brasseries ») dont l’activité réelle peut offrir de la danse, notamment en sous-sol. Pour rassurer, le président national de l’Umih a plaidé pour une « transparence sécuritaire » lors d’une rencontre avec le ministre de l’Intérieur, pour afficher la date, le type de contrôle et la catégorie des établissements sur leur devanture.

De son côté, la Ville indique « suivre les directives ministérielles et renforcer l’information sur le respect des règles de sécurité incendie et les contrôles dans les établissements festifs », depuis le drame de Crans-Montana. Elle ajoute « avoir planifié des visites inopinées en particulier dans des établissements ayant fait l’objet de signalements ou particulièrement suivis par la commission de sécurité ». Des visites qui s’ajoutent aux « 600 à 700 lieux inspectés chaque année » par la Ville et les marins-pompiers.