Alors que la date d’ouverture des dépôts de candidatures pour les élections municipales 2026 ne sera que le 12 février, à Grenoble, on compte déjà 10 candidats.

Elections municipales à Grenoble : des « petits candidats » déjà impliqués

Parmi eux, beaucoup d’inconnus du public, ou de novices en politique. En tout cas de la politique telle qu’on la définit généralement, puisque dans les faits, les candidats que l’on n’attendait pas – les « petits candidats »- sont souvent issus de partis politiques minoritaires ou de micro-partis (NPA révolutionnaire, Lutte ouvrière, Equinoxe, Place publique…) ou bien issus de collectifs citoyens, et donc déjà impliqués dans la vie de la collectivité.

© Caroline Thermoz-Liaudy – Lequel des 10 candidats siègera en mars à la mairie de Grenoble ?

 

Le phénomène n’est pas nouveau. En 2020, sept candidats s’étaient présentés au premier tour dans la capitale des Alpes. Ils ont même failli être neuf, mais deux avaient dû renoncer, faute de capacité à constituer une liste complète.

Conséquence directe de la multiplication des listes : il n’existe actuellement pas moins de neuf groupes au sein du conseil municipal, donc huit d’opposition. Avec, depuis quelques années, des effets sur l’organisation des conseils municipaux. Initialement organisés en soirée, ils avaient été avancés à 15h. Aujourd’hui, ils débutent à 10h du matin, entre autres pour que chaque groupe ait le temps de s’exprimer, et puisse faire des propositions qui ne sont pas examinées à des heures indues.

Pas d’exception grenobloise

Si on ne peut pas parler d’exception grenobloise (la majorité de grandes villes ou de villes moyennes approchent fréquemment la dizaine de candidatures), l’engouement citoyen pour la chose politique a peut-être quelque chose d’intrinsèquement liée à l’histoire grenobloise.

© Caroline Thermoz-Liaudy – L’engagement citoyen grenoblois, aussi emblématiques que les bulles de la Bastille ?

La rédaction de l’Essor Isère a formulé une théorie, qu’elle a confrontée à l’avis de politologues locaux. Elle part du fait que Grenoble se vante d’être le berceau de nombreuses innovations sociales. C’est par exemple à Grenoble qu’en 1961, est né le premier centre de planning familial de France, et avant cela encore, le principe de copropriété. Grenoble fait aussi partie des premières villes françaises à avoir instauré un budget participatif dès 2015. Le point commun de ces exemples ? L’implication constante des Grenoblois et les effets directs sur leur quotidien. Notre hypothèse ? La multiplication d’outils de consultation citoyenne qui renvoie un message : les Grenoblois ont un rôle à jouer, y compris dans le politique.

Municipales 2026 : Grenoble, l’innovation sociale et la consultation citoyenne

Dans l’ouvrage du collectif Isaure Perrier publié en 2025, Sociologie de Grenoble, quelques arguments abondent dans le sens d’une ville favorable à l’émergence de l’innovation politique et à l’essor de l’engagement d’acteurs de la société civile. Evoquant l’élection d’Éric Piolle en 2014, on lit : « La victoire d’une alliance verte et rouge adossée à la société civile s’inscrit dans la continuité d’une tradition de démocratie participative et de mobilisations environnementales ». Et de préciser que lors du dernier mandat de Michel Destot, des contestations sociales ont fait « la jonction entre acteurs politiques et acteurs associatifs […] Une partie de ces mouvements et leurs héritiers se retrouvent dans les listes unissant la gauche d’opposition et les écologistes autour d’Eric Piolle en 2014 ».

Qui sont les 10 têtes de liste à Grenoble ?

A Grenoble, les candidats sont, par ordre alphabétique:

  • Baptiste Anglade (NPA-Révolutionnaires)
  • Nadia Belaïd et Thomas Simon (Grenoble Alpes Collectif)
  • Catherine Brun (Lutte ouvrière)
  • Allan Brunon (la France insoumise)
  • Pierre-Edouard Cardinal (Renaissance et Modem)
  • Alain Carignon (Les républicains)
  • Valentin Gabriac (Rassemblement national)
  • Romain Gentil (Equinoxe, Place publique, PRG)
  • Hervé Gerbi (Horizons)
  • Laurence Ruffin (Les Ecologistes, Parti communiste, parti socialiste, Génération.s et parti animaliste)

Municipales à Grenoble : des équilibres politiques qui poussent à partir divisés ?

Une théorie que ne partage pas Simon Persico, politologue et directeur de Sciences Po Grenoble. Son explication à lui, qu’il formule pour nous, repose davantage sur les équilibres politiques.

« Il y a peut-être quelque chose autour de la structure de l’offre et de la nature de la distribution des forces politiques. Grenoble, depuis la victoire de Michel Destot en 1995, est de plus en plus à gauche, là où avant, elle était le théâtre d’un affrontement droite/gauche très fort. D’un point de vue électoral, Grenoble est la ville la plus à gauche de France à taille équivalente. On l’a vu à la lecture des résultats des premiers tours des élections européennes ou présidentielles. Ma lecture, c’est que ça autorise la compétition à gauche, puisqu’il y a très peu de chances de perdre la ville. »

La gauche grenobloise pourrait donc se permettre de partir divisée, sachant qu’au second tour, les alliances seront possibles.

© Caroline Thermoz-Liaudy – Pour Simon Persico, la ville de Grenoble vote de plus en plus à gauche aux éléctions locales comme nationales.

 

Et la droite dans tout ça ? « A droite, le fait qu’Alain Carignon soit toujours là, avec suffisamment de soutiens pour se déclarer, oblige les autres à ne pas s’allier à sa liste, ce qui multiplie les candidatures à droite. »

A moins que les objectifs des candidats de droite ne soient en réalité pas à l’hôtel de Ville de Grenoble, mais sur le trottoir d’en face, à la Métropole. Ainsi, le candidat du rassemblement national à Grenoble, Valentin Gabriac nous explique.

« Notre objectif final c’est de gagner la mairie. Néanmoins, si nous avons un groupe municipal et des élus ce serait déjà une belle réussite. Et l’un de nos objectifs c’est d’avoir un groupe à la Métropole. Ce serait historique. Il n’y en a jamais eu ».

Pour cela, le RN présentera une liste à Grenoble et à Echirolles, mais aussi pour la première fois à Saint-Martin d’Hères.

« Des chances quasi nulles que la gauche perde Grenoble » 

Malgré le morcellage des candidatures, la gauche serait donc certaine de garder la Ville ? Mais qui pour occuper le fauteuil de maire ? Peut-on s’attendre à une surprise le soir du deuxième tour ? Vu l’échiquier grenoblois, Simon Persico estime peu probable que Laurence Ruffin perde l’élection. « Elle a su rassembler une partie importante des formations politiques de gauche. Et même si elle a moins de notoriété qu’Éric Piolle, d’autres candidats ont un plus grand défaut de notoriété encore. Pour un électeur de gauche lambda, c’est une liste assez naturelle. Et comme elle propose une forme de renouvellement, elle pourrait aussi convaincre les « anti-Piolle ». Mais évidemment, on est à deux mois de l’élection et il faudra attendre de voir les résultats de chacun au premier tour. Les surprises ne sont pas du tout impossibles en politique ».

Le directeur de Sciences Po souligne tout de même que les écologistes seraient bien mal en point s’ils devaient perdre Grenoble. « La grande question des Ecologistes pour ces municipales, sera de savoir s’ils arrivent à conserver un nombre important des communes qu’ils ont gagnées en 2020. Annecy et Lyon sont très incertaines. »