Dès l’âge de 12 ans

« Les animaux nous voient avant que nous ne les voyions. » Cette observation du photographe animalier Vincent Munier est révélée par la médiatrice culturelle Solange Rossolin, qui animait la visite guidée de l’exposition au musée des Beaux-Arts , dimanche. On peut y croire, tant est grande l’expérience du photographe qui a pris sa première photo de chevreuil à l’âge de 12 ans. Né à Épinal, au cœur d’un bel environnement naturel, Vincent Munier accompagne, dès son plus jeune âge, son père Michel dans la forêt. Enseignant et naturaliste, défenseur du grand tétras, son père lui transmet cette passion pour la photo animalière, pour l’observation de la nature, pour la lenteur et la patience.

Admirateurs de Claude Gelée

Bien que les images irradient le silence de la nature, l’exposition est très bavarde, faisant dialoguer photos et peintures classiques choisies avec soin par les équipes du musée et par celle du photographe. Toutes sont reliées par des fils muets mais évidents. Vincent Munier avoue son admiration pour le peintre lorrain Claude Gelée (1600-1682), qui a peint la forêt de Chamagne, devenue son terrain de jeu quelques siècles plus tard. Un autre admirateur se glisse ici : Théodore Rousseau (1812-1867), peintre de paysages et précurseur de l’activisme écologiste, qui avait pris la défense de la forêt de Fontainebleau, mise en péril par l’Homme. Qu’y a-t-il à voir ici, dans ces paysages ? Rien d’autre qu’une souche ou un rocher. Et un unique message unissant ces trois artistes : la nature est belle telle qu’elle est.

Le mystère des 70 oiseaux

Personne ne sait qui a peint cette grande toile aux environs de 1620, mais on y voit, en scrutant bien, 70 oiseaux, dont un ibis chauve. Une espèce aujourd’hui en danger critique d’extinction : il n’en resterait plus que 100 couples dans le monde. À cette grande toile colorée répondent des photos d’oiseaux sidérantes, comme autant de portraits posant en toute élégance face à l’œil de la caméra : une chouette lapone en plein vol, un grand-duc posé dans son sapin, une grue du Japon à la tête rouge… L’un des animaux préférés du photographe, elle aussi menacée d’extinction.

Les sentiments de la neige

Vincent Munier, sans doute à l’image des animaux sauvages qu’il guette, aime brouiller les pistes. Ainsi que les traces dans la neige. « D’où me vient cette fascination pour le blanc ? Je prête des sentiments à la neige. Suis-je fou ? » Des grands nords – de l’Arctique, du Tibet ou du Canada –, il a ramené des clichés d’immensités immaculées, incroyablement riches de présences. Celle d’une majestueuse meute de loups, d’une patte noire d’ours blanc sortant du cadre, de la truffe recouverte de givre d’un renard blanc, d’un fier loup gris isolé qui frôle l’objectif en le fixant nettement… « Vincent Munier reste caché pendant des heures dans un petit abri, ici par – 47°C », précise la guide.

Et puis dans le rien, soudain, le tout

On le sait grâce à un film sorti en 2021, Vincent Munier est parti à la rencontre de la panthère des neiges , au Tibet. La première fois, il est revenu bredouille : il n’a pas vu la reine de ces sommets. Mais il a vu un faucon se poser devant lui sur des rochers mouchetés de nuances grises et orangé. Clic. De retour en France, il regarde ses clichés développés : le faucon est fier dans ce paysage crépitant de couleurs. Et puis, en arrière-plan, discret relief dessiné sur le ciel blanc au-dessus des rochers : la tête… d’une panthère des neiges observant celui qui ne l’avait pas vue.

Exposition “Lumières sur le vivant. Regarder l’art et la nature avec Vincent Munier”, au musée des Beaux-Arts de Strasbourg (palais Rohan) jusqu’au 27 avril. Tous les jours sauf mardi. Prochaines visites : 8 et 22 février à 11 h, 8 et 22 mars à 11 h, 16 et 23 avril à 15 h.