Par
Brian Le Goff
Publié le
26 janv. 2026 à 11h38
Beaucoup pensaient que les inondations historiques de janvier 2025 étaient derrière eux. Un an plus tard, les habitants de Rennes sinistrés ont de nouveau, ces derniers jours, les yeux rivés sur les prévisions météorologiques. Des crues importantes touchent une partie de la Bretagne et pourraient avoir des conséquences dramatiques en Ille-et-Vilaine. Lors de la crue de janvier 2025, nous avions rencontré Nicolas, qui vit dans « la cuvette » de l’avenue Gros-Malhon, près de l’écluse Saint-Martin, à Rennes. Au plus fort de l’épisode, il avait eu jusqu’à un mètre d’eau dans sa maison.

Il y a un an, Nicolas constatait l’inondation de sa maison. (©Archives Brian le Goff / actu Rennes)
Au cours de la discussion, le père de famille, crâne rasé et carrure imposante, accusait le coup, ne pouvant retenir quelques larmes devant le spectacle de désolation.
Six mois avant de pouvoir rentrer chez eux
Un an après, Nicolas a retrouvé le sourire. Avec sa femme Solenn, après près de six mois compliqués, ils ont pu réintégrer leur maison. Aujourd’hui, l’homme, cadre dans une grande entreprise rennaise, préfère d’abord mettre en avant le positif.
Ce qui nous a vraiment marqués, c’est que, dès le lundi alors que nous étions toujours inondés, l’architecte, qui avait imaginé la rénovation de notre maison nous a envoyé un texto (sic.) pour dire qu’elle serait là à nouveau. On a aussi reçu un SMS de notre électricien. On s’est rendu compte qu’on avait un tissu d’artisans formidable. Ils sont tous venus dès qu’ils ont pu, en faisant passer notre chantier en priorité.
Nicolas
Habitant de l’avenue Gros-Malhon à Rennes, sinistré de la crue de janvier 2025
Pour Nicolas, le débat reste ouvert sur le bon fonctionnement de l’écluse Saint-Martin lors de cet épisode, reconnu comme catastrophe naturelle. « Pour moi, elle était bloquée en position haute, ce qui a fait déborder plus vite le canal. Après, on a aussi eu pas mal de réunions avec la mairie. Les élus ont reconnu qu’ils avaient été défaillants dans l’alerte. »
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Un choc psychologique encore présent
« On a aussi fait des déambulations dans le quartier avec eux. Ils nous ont proposé que l’on participe à des ateliers pour développer une application comme moyen d’alerte ou quelque chose comme ça. On a laissé nos numéros, on n’a pas encore été rappelés », précise Solenn.
Le couple n’élude pas l’impact psychologique de l’événement. « Ça a été un vrai choc. C’est encore très présent quand on en parle. On est encore à vif. »

Jusqu’à un mètre d’eau dans la maison de Nicolas. (©Archives Brian Le Goff / actu Rennes)
Concernant l’indemnisation, la famille estime que le suivi s’est globalement bien passé avec leur assurance : « On a d’abord été relogés chez des amis, avant que l’assurance nous propose une location hors de Rennes pendant les travaux. Sauf que ce n’était pas envisageable. Finalement, grâce à un ami, on a trouvé un appartement aux Prairies Saint-Martin. Ensuite, on a été correctement accompagnés pendant plusieurs mois. »
« L’expert nous a pris par les sentiments »
Nicolas regrette néanmoins les échanges avec l’expert mandaté par l’assurance. « Le premier jour, il nous a pris par les sentiments, nous a dit de ne pas nous inquiéter et qu’il allait faire les choses rapidement. Six semaines se sont écoulées avant d’avoir un retour. »
Lorsque l’indemnisation est évaluée, à hauteur d’environ 80 000 euros, logement temporaire compris, le couple constate plusieurs erreurs ou refus de prise en charge. « Certains frais, comme l’installation du chantier, n’étaient pas intégrés. En insistant, on a récupéré 7 800 euros. Mais, par exemple, on a dû payer nous-mêmes la peinture jusqu’au plafond, alors qu’il y avait des traces de l’inondation. »

Au bout de six mois, Nicolas et Solenn ont pu revenir vivre chez eux, avenue Gros-Malhon à Rennes. L’eau était montée jusqu’à un mètre dans leur maison. (©Brian Le Goff / actu Rennes)
Dans le même temps, Nicolas et Solenn estiment avoir limité les coûts en débarrassant eux-mêmes rapidement les matériaux endommagés et en découpant le bas des murs gorgés d’eau. « Après coup, on a senti que l’expert cherchait surtout à réduire les dépenses. »
« Dans notre malheur, on a eu de la chance »
Il a fallu deux mois pour assécher complètement la maison, avant l’enchaînement des travaux. « On a été les premiers à revenir dans le quartier. On avait un peu d’économies, donc on a pu avancer certains frais. On voulait surtout rentrer le plus vite possible. »
« Dans notre malheur, on a eu de la chance », confient-ils. Dans un immeuble voisin, une chambre en sous-sol n’a par exemple pas été indemnisée.
On a aussi un studio de cours de pilates à côté. Les gérants n’ont pas eu d’eau à l’intérieur, mais contre les murs à l’extérieur, ce qui a provoqué une infiltration dans le sol et l’assurance n’a pas voulu prendre en charge. On a notre voisine qui était au travail au moment où il y a eu l’inondation, on a vu son passeport qui flottait.
Solenn et Nicolas
Habitants sinistrés par les inondations historiques à Rennes en janvier 2025
À présent, la famille a retrouvé son chez-soi et l’ensemble des travaux est terminé : « On a perdu un peu d’argent à cause du pourcentage de vétusté appliqué par l’assurance. Ils prennent la facture d’origine et enlèvent 10 % de la valeur immédiatement. Mais ce n’est pas grave. »
Conscients du risque
En achetant la maison, ils étaient au courant du risque, mais ne pensaient pas que ça pouvait arriver : « L’ancien propriétaire nous avait parlé de l’inondation de 1981, mais il y avait eu un tronc qui s’était mis en travers de l’écluse. Une nouvelle fois, on se dit avec le recul que, quand ça nous inonde, c’est parce qu’il y a eu un problème à l’écluse. »
Très rapidement après leur arrivée, ils ont construit une extension pour en faire leur salon. Extension qu’ils ont été obligés d’élever à 1,35 m du sol du fait de la proximité du canal, comme le prévoyait le plan local d’urbanisme.
« Il y avait de la boue partout »
À quelques mètres de là, Linotte, dont l’habitation repose sur une cave, a vu ses garages et de nombreux biens stockés prendre l’eau. Sur le mur, elle nous montre encore la trace du niveau d’eau atteint. À côté, certains outils portent encore les stigmates de l’inondation.
Ça a stagné pendant quatre jours. Avec mon défunt mari, très malade à ce moment, nous n’avions plus d’électricité. Ce sont les pompiers qui nous ont évacués le dimanche 26 janvier 2025 avec une barque. Mais il y avait beaucoup de courant, alors mon mari a été pris sur les épaules d’un pompier. À notre retour, ça sentait mauvais, il y avait de la boue partout.
Linotte
Habitante de l’avenue Gros-Malhon à Rennes, victime de la crue de janvier 2025
Elle considère que « l’expert n’a pas été très généreux ». Linotte avait « une très belle table en citronnier », ainsi qu’une autre table à manger de style scandinave : « Je n’ai eu que 450 euros pour des choses qui sont irremplaçables. »
Pour cette habitante également, les causes de cette inondation restent encore floues. « On a de très beaux arbres sur l’avenue, mais ils perdent énormément de feuilles et bouchent les grilles d’évacuation. Il faudrait les étêter. »
Ces deux agents municipaux « en alerte »

Des agents municipaux mobilisés pour vérifier les bouches d’égout en janvier 2026, avenue Gros-Malhon. (©Brian Le Goff / actu Rennes)
Ce mercredi 21 janvier 2026, lors de notre reportage, deux agents municipaux inspectaient justement les bouches d’égout du secteur et nettoyaient le bord des trottoirs. « On est en alerte. On est deux pour vérifier toute la moitié nord de la ville sur l’évacuation des eaux de pluie », expliquaient-ils.
En deux heures, 40 centimètres d’eau dans la maison
Un peu plus loin, une maison récemment bardée de bois clair témoigne elle aussi des travaux engagés après la crue. « On avait signé le devis en décembre 2024 et on devait vivre avec ces travaux d’isolation par l’extérieur en 2025 », retrace Julien, le propriétaire. Finalement, les inondations ont reporté le chantier.
Le samedi 25 janvier 2025, l’eau est arrivée vers 11h. À 13h, on avait déjà 40 centimètres dans la maison. Dès que le canal a débordé, ça a été très rapide. Ma femme et nos quatre enfants ont pu partir chez des amis, en prenant quelques affaires. Moi, je suis resté pour monter ce qui pouvait l’être à l’étage.
Julien
Habitant de l’avenue Gros-Malhon à Rennes, sinistré de la crue de janvier 2025
Dès le lendemain, Julien a déclaré le sinistre à son assurance. « L’expert est passé trois à quatre semaines plus tard. Ensuite, il y a eu le temps d’assèchement des murs, durant un mois et demi. On avait déjà retiré les cloisons et matériaux imbibés. Le plus dur, c’est le manque d’échanges. On est beaucoup dans l’attente. »
Trois semaines pour trouver une location avec leurs quatre enfants
Les jours qui ont suivi l’inondation, l’assistance leur a proposé un hôtel : « Mais avec quatre enfants de 1 à 7 ans, ce n’était pas forcément simple. On a préféré habiter chez des amis le temps de trouver une location qui nous convenait : on a mis trois semaines. »
La situation provisoire a duré six mois, bouleversant le quotidien familial. « On n’habitait plus le quartier, mais on y a conservé la scolarité et la garde des enfants. Forcément, le rythme était différent, avec des déplacements plus longs. »
Le retour a eu lieu le 1ᵉʳ août 2025 : « Les enfants avaient hâte, mais revenir dans ces pièces figées pendant six mois, ce n’était pas évident. »
Comme ses voisins, Julien avait été informé du risque d’inondation lors de l’achat.
Le vendeur nous avait parlé de 1981, en disant que c’était exceptionnel, à cause d’un problème à l’écluse. On n’a pas pris le risque très au sérieux.
Julien
Habitant de l’avenue Gros-Malhon, sinistré des inondations historiques à Rennes en 2025
Comme Nicolas, Julien a le sentiment que l’inondation de 2025 a, elle aussi, été due à une anomalie au niveau de l’écluse. « Les habitants des péniches nous ont affirmé que le moteur de l’écluse avait été déposé 15 jours avant. Mais je ne suis pas dans les petits papiers de leur gestion. »
« On est presque à remonter des meubles »
Aujourd’hui, il reste extrêmement vigilant face à la situation actuelle : « Ça fait trois jours qu’on consulte Vigicrues toutes les heures. »
On serre les dents, j’espère qu’on passera à côté cette fois. C’est très stressant, on est presque à remonter des meubles.
Julien
Il conclut, inquiet : « Le vrai problème, ce serait que ça arrive la nuit. La dernière fois, la Ville n’était clairement pas prête. Là, on sent que c’est un peu mieux géré. J’espère que ça suffira. »
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