Antonio Chichiarelli, surnommé Toni, est né en 1948 dans les
Abruzzes. Très tôt, son talent pour la peinture et le dessin
dépasse de loin celui de ses camarades, mais ne lui ouvre aucune
carrière artistique classique. Installé à Rome après son service
militaire,
il bascule rapidement dans la petite criminalité. C’est ainsi
que commence l’ascension d’un personnage devenu culte dans
l’histoire souterraine italienne.
À l’écran, le film L »Art du faux embrasse cette
trajectoire tortueuse : celle d’un artiste qui devient
indispensable aux malfrats, non pour son art, mais pour sa capacité
à contrefaire l’invraisemblable. Le film est, selon ses auteurs,
« librement inspiré de la vie réelle d’Antonio Toni
Chichiarelli ».
Un faussaire au service du crime organisé
Toni ne se contente pas de copier des tableaux : il s’introduit
dans les réseaux mafieux les plus puissants de Rome. Il tisse un
lien personnel et lucratif avec Danilo Abbruciati, figure de la
Banda della Magliana. Grâce à ses talents, il écoule de fausses
œuvres, blanchit de l’argent, et finit par fabriquer un faux
document politique au cœur d’un événement tragique : l’enlèvement
d’Aldo Moro.
Ce faux communiqué, connu sous le nom de « message n°7 du lac de
Duchessa », est attribué à Chichiarelli. Envoyé pendant la
séquestration de l’ex-premier ministre par les Brigades Rouges, il
sème le chaos au sommet de l’État. L’impact ? Historique. « Les
enquêteurs ont découvert la profondeur des activités criminelles du
faussaire ».
Le casse du siècle et une mort sous silence
En 1984, Chichiarelli est lié à l’un des plus gros braquages de
l’histoire italienne : le vol des coffres de Brink’s à Rome, estimé
à plus de 37 milliards de lires. Quelques mois plus tard, il est
abattu en pleine rue à 36 ans. Meurtre ciblé ou règlement de
comptes ? Le mystère plane toujours.
Maurizio Abbatino, ancien chef du gang Magliana, nie toute
implication : « Si c’était nous, on aurait su qui l’a tué en cinq
minutes. » Impossible aujourd’hui d’identifier formellement les
commanditaires.
La vérité a été enterrée avec lui.
Un récit entre réalité, flou et fiction
maîtrisée
L’Art du faux prend des libertés assumées. Certains
personnages sont fusionnés, d’autres purement inventés, et
plusieurs faits historiques sont volontairement déplacés dans le
temps. « Le scénario occulte certains aspects factuels de sa vie,
notamment sa mort et ses conséquences ».
Mais ce choix narratif renforce le pouvoir fictionnel du film.
Il dépeint une époque trouble, un artiste perdu, une société prête
à tout pour manipuler la vérité. Plus qu’un biopic, c’est un
thriller psychologique qui révèle la fragilité des frontières entre
mensonge et réalité.