Un crédit à la consommation qui ouvre un monde de possibilités, à une époque où l’offre devient infinie : en 1965, Jacques Rueff posait l’enjeu fondamental de ce crédit accordé aux ménages qui font face à la société de consommation. Or, ce crédit tel qu’il se met en place dans les années 1950 est d’abord et avant tout un marché, où puissance publique, sociétés financières, commerçants, industriels, et in fine consommateurs se rencontrent, s’opposent, négocient en fonction des leurs intérêts, dans tous les sens du terme. Selon Hélène Ducourant, la genèse du crédit à la consommation se trouve moins dans les banques que dans l’industrie de l’électroménager : « ce qu’il se passe, c’est que l’industrie se met à produire des réfrigérateurs. C’est vraiment cela qui a fait grossir l’industrie du crédit. Donc, on fabrique des frigos, des fours, des aspirateurs, des télévisions, on les vend, et on se dit qu’on les vendrait mieux si tous ces commerçants arrêtaient de faire des petits crédits, des ristournes, etc. Et en fait, c’est là qu’il faut chercher l’origine de crédit à la consommation : pas dans les banques, qui n’étaient pas du tout intéressées à l’époque par les services aux particuliers, mais chez ces acteurs assez différents qui se disaient qu’il y avait quelque chose à faire – les distributeurs, les représentants des commerçants et des industries ».
Le crédit se fait ainsi marché, un marché qui part à la conquête de parts toujours plus grandes, à grand renfort de marketing, et dont les fondements sont toujours présents aujourd’hui. La promesse d’avoir accès à tous les possibles se heurte à la réalité des moyens des individus, et aujourd’hui les crédits à la consommation représentent 43 % de la dette des ménages surendettés. Alors comment se marché s’est-il construit, au nom de quoi a-t-on tenté de lui imposer certains garde-fous, et dans quelle mesure peut-on parler d’une spécificité française de ce marché du crédit à la consommation ?
Pour aller plus loinRéférences sonores
- Extraits de Le Cave se rebiffe de Gilles Grangier, avec des dialogues de Michel Audiard (1961)
- Archive INA : Jacques Rueff en 1965
- Archive INA : Chronique du Conseil économique en mars 1954
- Archive INA : M. Kraft du Cetelem en 1954
- Archive INA / France Inter : Conférence de presse de Georges Pompidou en 1969
- Archive INA / France Culture : Pauline et le crédit revolving dans « Les temps modernes », diffusée en octobre 1990