Nous sommes à une semaine de la création. Et quinze lecteurs de La Provence, sélectionnés par le journal à la suite d’un appel à candidatures, ont eu la primeur de découvrir le décor et un extrait de la nouvelle création de Robin Renucci. Le directeur de La Criée est, sur ce projet, à la fois metteur en scène et comédien : il a choisi La Leçon, de Ionesco, qui sera créée du 29 janvier au 13 février.

Quinze lecteurs de "La Provence" ont eu le plaisir d’échanger avec Robin Renucci après avoir assisté à une heure de répétition.Quinze lecteurs de « La Provence » ont eu le plaisir d’échanger avec Robin Renucci après avoir assisté à une heure de répétition. / Photo Frédéric Speich

Dans la grande salle, ces spectateurs privilégiés prennent place dans les fauteuils rouges. En ce vendredi soir, ils sont seuls. Sur le plateau, un décor de formes géométriques aux lignes tranchantes et un tableau de salle de classe dessiné à la craie en guise de sol. La comédienne Inès Valarcher dans son pull rose prend un temps de pause. On le saura plus tard, mais l’équipe travaille depuis 13 h et jusqu’à 20 h ce jour-là. C’est l’acteur et assistant de Robin Renucci, Sven Narbonne, qui prend en premier la parole, présentant tour à tour les protagonistes de ce « spectacle » insolite, que l’on ne voit jamais : celui du temps de répétition. Sarah Marcotte à la lumière, Orane Duclos au son… Ils sont quinze personnes à travailler sur ce spectacle.

Robin Renucci, qui crée "La leçon" d’Eugène Ionesco du 29 janvier au 13 février 2026, a participé à un "Face aux lecteurs".Robin Renucci, qui crée « La leçon » d’Eugène Ionesco du 29 janvier au 13 février 2026, a participé à un « Face aux lecteurs ». / Photo Frédéric Speich

Puis arrive Robin Renucci qui, au milieu de ses hôtes, se dit heureux de les accueillir dans « leur » théâtre, La Criée étant un théâtre national avec des financements de l’État. Il insistera sur cette notion de relation et de service public quand, après la répétition, il retrouvera les lecteurs pour une heure d’échange : « Le théâtre, c’est une conversation entre des êtres, depuis le plateau et la salle. Nous faisons partie d’une communauté. Le théâtre sert à réunir, à rassembler. C’est une forme d’amour entre les gens. Notre effort, dans un théâtre public, c’est de soigner cette relation. Nous avons le projet de servir le public. »

Quinze lecteurs de "La Provence" ont eu le plaisir d’échanger avec Robin Renucci après avoir assisté à une heure de répétition.Quinze lecteurs de « La Provence » ont eu le plaisir d’échanger avec Robin Renucci après avoir assisté à une heure de répétition. / Photo Frédéric Speich »Il est question de domination »

Devant un auditoire aussi attentif que participatif, Robin Renucci explique également pourquoi il a choisi de travailler sur cette pièce où « il est question de domination et de totalitarisme« . « La pièce parle de violence d’un homme sur une femme. Il s’agit d’un continuum de violence qui va jusqu’au meurtre, en passant par le viol, insiste-t-il. Et pour parler de cette violence masculiniste, j’ai voulu m’entourer d’une équipe féminine parce que j’ai conscience que je suis un homme de quelques décennies qui a beaucoup de capacités, parce que je dirige un théâtre et que je dirige des femmes. C’était donc très important, dès le début de la création, qu’on travaille ensemble sur le sujet. »

Quinze lecteurs de "La Provence" ont eu le plaisir d’échanger avec Robin Renucci après avoir assisté à une heure de répétition.Quinze lecteurs de « La Provence » ont eu le plaisir d’échanger avec Robin Renucci après avoir assisté à une heure de répétition. / Photo Frédéric Speich

Pour l’heure, sur le plateau, nous sommes à la page 18. L’assistant Sven Narbonne endosse le rôle du Professeur à la place de Robin Renucci qui dit le texte depuis la salle, tout en ayant la position du metteur en scène. C’est alors, en voyant son double, que lui vient l’idée de la gestuelle du jeu télévisé lorsque le Professeur s’installe derrière une sorte de pupitre. « Ce sont des ingrédients qu’on appelle des symboles. Tout ce qui vient du plateau, le décor, le langage corporel, ce sont des signes, qui doivent être achevés par vous. Mon souci, c’est de faire une proposition, je fais la moitié du chemin, et vous, vous faites l’autre partie », explique-t-il. D’ailleurs, Robin Renucci guide son assistance : « Que voyez-vous sur ce plateau ? » « Des formes géométriques », « un tableau », « des bâtons », « des croix »… répondent les lecteurs.

Quinze lecteurs de "La Provence" ont eu le plaisir d’échanger avec Robin Renucci après avoir assisté à une heure de répétition.Quinze lecteurs de « La Provence » ont eu le plaisir d’échanger avec Robin Renucci après avoir assisté à une heure de répétition. / Photo Frédéric SpeichRobin Renucci a rencontré quinze lecteurs de "La Provence", qui ont pu assister à une heure de répétition de sa nouvelle création "La Leçon" d’Eugène Ionesco, avant d’échanger avec lui.Robin Renucci a rencontré quinze lecteurs de « La Provence », qui ont pu assister à une heure de répétition de sa nouvelle création « La Leçon » d’Eugène Ionesco, avant d’échanger avec lui. / Photo Frédéric SpeichQuinze lecteurs de "La Provence" ont eu le plaisir d’échanger avec Robin Renucci après avoir assisté à une heure de répétition.Quinze lecteurs de « La Provence » ont eu le plaisir d’échanger avec Robin Renucci après avoir assisté à une heure de répétition. / Photo Frédéric Speich

C’est la troisième et dernière phase – chacune dure trois à quatre semaines – d’un travail commencé l’année dernière. « Je prends la période du choix des comédiens comme un début de travail. Je ne fais pas d’audition, je n’aime pas le principe. On se choisit mutuellement », souligne Robin Renucci qui, jusqu’au bout, apporte des touches, des détails, à ce tableau vivant. Ou « quand un mot déclenche un son ou une lumière ». Un travail de précision auquel ont assisté, captivés, ces spectateurs privilégiés. Dans les entrailles de la création.

Du 29 janvier au 13 février à La Criée. 6 à 26€. theatre-lacriee.com