Hugo Toumire a tourné la page. Après deux dernières saisons particulièrement pénibles chez Cofidis, la faute à des problèmes physiques, le Normand – qui réside toujours à Rouen (Seine-Maritime) – a décidé d’arrêter le cyclisme de compétition, et aura ainsi disputé sa dernière course à… 23 ans. Le temps malgré tout de passer quatre années chez les pros après avoir brillé chez les jeunes, notamment lorsqu’il a terminé 5e du Tour de l’Avenir, alors qu’il avait auparavant remporté la Course de la Paix et terminé 2e de Paris-Roubaix chez les Juniors, finissant également en 2019 à la deuxième place du Challenge DV Juniors, seulement devancé par Alex Baudin. DirectVelo a pris des nouvelles de celui qui a quitté les pelotons dans l’ombre, en juin dernier, lors du Championnat de France aux Herbiers. Entretien.
DirectVelo : Tu ne seras plus dans les pelotons en 2026…
Hugo Toumire : Je le vis bien car j’y étais préparé depuis un moment. Dès le début de saison 2025 en réalité, je savais que ça allait être la dernière saison. J’avais envie d’autre chose, je ne me suis pas battu pour continuer plus longtemps dans le milieu. La saison a été longue, forcément, j’aurais quand même préféré pouvoir courir plus souvent, mais c’était trop compliqué avec ce problème d’artère iliaque.
On a parfois eu l’impression que tu avais renoncé, que tu ne croyais plus à un retour à ton meilleur niveau…
Il y a des choses dont il est plus sage de ne pas parler, je ne me suis pas retrouvé dans certaines mentalités. Je n’avais pas forcément envie de continuer dans le milieu. Qu’il en soit ainsi. Dans tous les cas, ça n’entache pas mon expérience, j’ai vécu de belles choses. J’ai fait ce que j’avais à faire. J’ai travaillé dur, je me suis investi à fond pendant longtemps. Le problème à l’artère iliaque ne m’a vraiment pas aidé, je l’ai trainé ces deux dernières années et c’est pour ça que ça a été compliqué, d’autant qu’il y a eu d’autres pépins, des maladies, des chutes bêtes comme celle au Dauphiné où j’ai roulé sur un bidon au ravito le premier jour… Avec du recul, je me dis que j’ai quand même bien servi l’équipe les deux premières années. Ils mentiraient s’ils disaient qu’ils n’ont pas été content de moi en 2022 et 2023. J’étais vraiment performant. Je n’ai pas de regrets.
« JE NE ME SUIS JAMAIS DIT QUE J’ALLAIS FORCÉMENT PASSER PRO »
Quels resteront tes meilleurs souvenirs de ces années sur le vélo ?
La plus grosse émotion, c’était le Paris-Roubaix Juniors où j’ai fait 2. Je suis rentré le premier sur le vélodrome et j’avais des frissons. Cette sensation-là, je ne l’avais jamais vécue avant. Comme on passait avant les pros, il y avait déjà beaucoup de monde dans le vélodrome, dont mes proches. C’était vraiment génial. Je portais le maillot de la U19 d’AG2R et sincèrement, pour le coup, on était vraiment une bande de potes. Ils m’ont beaucoup apporté chez les jeunes. J’étais vraiment content de partager tout ça avec les gars. Et puis, sur ce Paris-Roubaix, j’avais respecté les consignes pour une fois (rire). Tout s’était bien passé (Hidde van Veenendaal, qui l’avait devancé dans le vélodrome de Roubaix cette année-là, vient lui aussi de mettre un terme à sa carrière cycliste fin 2025, NDLR).
Cette année-là, en 2019, tu avais réalisé une très grosse saison chez les Juniors en remportant la Course de la Paix et en terminant 2e du GP Patton, par deux fois en Coupe des Nations, tout en décrochant la médaille d’argent au Championnat de France chrono…
Je suis quand même resté prudent dans ma tête, pour moi, rien n’était fait. Je ne me suis jamais dit que j’allais forcément passer pro, que mon avenir était tracé. Je voulais passer pro, ça a toujours été un rêve, une ambition même, mais ce n’était pas concret. Par contre, quand j’ai terminé 5e du Tour de l’Avenir deux ans plus tard, là je me suis dit qu’il y avait peut-être quelque chose de bien à faire (il avait signé son premier contrat pro avec Cofidis avant même de débuter son année au VC Rouen 76, NDLR). J’ai réalisé que ça tournait plutôt bien, on va dire, et j’avais hâte de la suite.
« J’AI PEUT-ÊTRE ÉTÉ UN POIL TROP GENTIL »
Pourquoi avoir choisi la Cofidis à l’époque ?
J’ai passé une mauvaise année au CCF en 2020, je cherchais une solution et Cofidis m’a fait confiance alors que j’étais encore très jeune. Je ne peux pas cracher dans la soupe, il faut dire que c’était aussi un pari pour eux à ce moment-là. Je n’ai pas hésité, sachant que j’avais l’opportunité de faire encore un an en Amateurs au VC Rouen 76 pour me faire les dents. C’était un vrai confort, j’ai pu faire mes armes sereinement avant de passer pro.
Puis ça avait plutôt bien commencé chez Cofidis…
Oui, c’était bien au début, notamment au Tour d’Oman d’emblée la première année (17e du classement général, NDLR). J’étais le plus jeune de l’équipe les deux premières années. On m’a souvent demandé de faire le boulot en premier et je le faisais. Avec le recul, j’ai peut-être été un poil trop gentil d’ailleurs…
« PARTIR À LA FRONTALE DE NUIT POUR COURIR CENT BORNES, ÇA ME FAIT BIEN ENVIE »
Pourquoi ?
J’étais là à faire le boulot tout le temps très tôt dans la course. Cette histoire de sport individuel qui se court en équipe, je n’ai pas toujours bien réussi à me le mettre dans la tête, à faire la part des choses. J’imagine que ça a pu, petit à petit, me porter préjudice car j’ai fini par avoir l’étiquette d’équipier à 100% et c’était réglé. Mais encore une fois, je n’ai pas de regrets. J’ai passé quatre ans chez les pros et ça me suffit (rire).
Comment imagines-tu ton avenir ?
Je suis actuellement en train de passer des entretiens d’embauche dans différents secteurs très variés. Je devrais bientôt être fixé professionnellement. Et en parallèle, je me lance dans l’ultra-trail. Partir à la frontale, de nuit, pour courir cent bornes, ça me fait bien envie (rire). Le défi est relevé car je vais disputer ma première compétition mi-mars, l’Eco-Trail de Paris, sur 80 km. J’ai aussi prévu de faire l’ultra-trail du Puy-en-Velay en juin, sur 138 km, puis il y aura celui de Nice en septembre, de 110 km. Trois beaux défis ! Franchement, ça passe ou ça casse, mais j’ai besoin de cette adrénaline-là. Quand je me suis fait opérer de l’artère iliaque en septembre, je n’ai rien pu faire pendant neuf semaines et franchement, c’était terrible. Je suis content de me lancer ce nouveau challenge.
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