Que serait une visite du Royaume-Uni sans un passage dans un pub ? Outre-Manche, ces établissements sont de véritables institutions, symboles du mode de vie britannique. Alors quand ils sont menacés, les Anglais voient rouge : le gouvernement travailliste vient d’en faire l’amère expérience. Il a dû rétropédaler sur un projet qui aurait fait flamber les taxes auxquelles les pubs sont soumis.
En novembre dernier, la chancelière de l’Échiquier Rachel Reeves – l’équivalent de notre ministre des Finances – a annoncé la fin des allégements fiscaux instaurés pendant la pandémie de Covid en faveur de l’hôtellerie et de la restauration, combinée à une réévaluation de la valeur immobilière des commerces. Montant de la facture pour les pubs ? +76 % en moyenne sur trois ans, selon The Guardian.
La nouvelle n’est pas bien passée chez les publicans (les propriétaires ou les gérants de pubs), car leurs établissements sont en souffrance depuis plusieurs années. Hausse des salaires, baisse du pouvoir d’achat, coûts de l’énergie élevés… La conjoncture a plombé le secteur. L’an dernier, un pub a fermé chaque jour en moyenne en Angleterre et au Pays de Galles, selon une analyse d’un cabinet spécialisé, relayée par le Guardian. L’organisation professionnelle UKHospitality a estimé que l’augmentation des business rates (taxes professionnelles) allait provoquer la fermeture de 963 restaurants, 574 hôtels et 540 pubs cette année.
Une carte pour aller boire un verre et faire une bonne action
Les publicans ont donc réagi à leur manière, en interdisant l’accès de leur pub aux députés travaillistes ou en refusant de leur servir une pinte de bière. Plus de 1 000 établissements ont participé à la campagne No Labour MPs, lancée par Andy Lennox, patron d’un pub dans le Dorset (sud de l’Angleterre). Si l’on en croit le Daily Telegraph, cité par Le Monde, la chancelière Rachel Reeves a même été bannie de son troquet, le Marsh Inn Pub de Leeds.
Mais la mobilisation est aussi citoyenne : Ben Guerin, un amoureux des pubs, a eu l’idée de recenser ceux en difficulté à partir de données officielles. Il a créé le site Is your pub Fucked ? (« Est-ce que votre pub est foutu ? »), qui cartographie les établissements menacés par la nouvelle fiscalité. Objectif : aider les Britanniques à « trouver un pub à proximité qui pourrait avoir besoin de soutien », explique-t-il à City AM.
Traitement de faveur ?
Sous la pression de certains députés de son camp, le gouvernement travailliste a finalement annoncé qu’il allait lâcher du lest le 8 janvier. Un plan de soutien pourrait être mis en place « dès mardi », écrit le Guardian ce lundi. La semaine dernière, Rachel Reeves a cependant précisé à Davos que ce revirement ne concernerait que les pubs, et pas le reste de l’hôtellerie-restauration. De quoi provoquer la colère du célèbre chef Gordon Ramsay : « Nous sommes des agneaux envoyés à l’abattoir », a-t-il déclaré.
Preuve que les British ne plaisantent pas avec leurs pubs : The Guardian note que les publicans ont obtenu gain de cause en six semaines… contre 18 pour les agriculteurs, qui s’opposaient à une hausse des droits de succession sur les terres agricoles.