l’essentiel
Spécialiste de climatologie des milieux souterrains, Bruno Lartiges coordonne à Toulouse un projet de recherche sur l’impact du réchauffement climatique sur les grottes ornées. Il interviendra dans une conférence du CNRS le 27 janvier aux Halles de la Cartoucherie.
Bruno Lartiges, professeur à l’université de Toulouse, laboratoire Géosciences Environnement Toulouse (GET)
Sur quelles grottes travaillez-vous ?
Dans le cadre du projet Decaclim, porté par le laboratoire Géosciences Environnement Toulouse, nous essayons de comprendre les effets du réchauffement climatique sur les grottes ornées. Nous étudions trois sites, la grotte aux Points d’Aiguèze, dans le Gard, celle de Villars, dans le Périgord et la grotte de Gargas, dans les Hautes-Pyrénées.
Qu’avez-vous pu observer sur ses parois ornées de 230 mains négatives, datées de 27 000 ans ?
Gargas présente, sur la grande paroi des mains, un concrétionnement saisonnier qu’on appelle la tache blanche et qui se développe plus ou moins suivant les années. La tache apparaît entre janvier et avril puis disparaît quand la paroi se réhumidifie. Si elle se maintenait, on ne verrait plus les mains derrière. Ce phénomène est observé depuis une cinquantaine d’années. En 2024, il ne s’est pas produit et a été très léger en 2025. À Gargas, avant 2012, les températures étaient relativement stables mais elles sont montées beaucoup plus fortement ces dernières années, et augmentent de l’ordre de 0,5 °C en dix ans. Le réchauffement est plus fort dans les parties superficielles, plus proches de la surface, que dans les parties profondes. Ce contraste thermique dans la grotte entraîne des » courants d’air » qui peuvent assécher la paroi et blanchir les peintures, comme à Gargas ou au contraire l’humidifier fortement. De minces films d’eau recouvrent alors les peintures, au risque, s’ils ruissellent, d’endommager les pigments. Nous avons créé toute une instrumentation pour mesurer ces courants d’air très faibles mais aussi l’épaisseur des films d’eau et leur évolution.
La préservation de ces œuvres préhistoriques relève d’un équilibre bien fragile…
L’assèchement du karst et des grottes globalement, favorise également une augmentation de la concentration en CO2 dans l’air ce qui peut entraîner un risque de corrosion de la paroi ornée. Une aérologie qui change encourage aussi la dissémination des spores de champignons et des bactéries. Ils prolifèrent, se déposent sur les parois et altèrent les pigments. Il y a eu beaucoup d’événements de ce type à Lascaux. On parle là d’effets du réchauffement climatique continus mais il y a aussi les risques liés aux événements extrêmes comme les crues et les inondations, difficiles à anticiper.
L’ouverture des sites au public représente-t-elle une menace supplémentaire ?
Lors de l’aménagement de certaines grottes pour le tourisme, on a fait des erreurs qui ont eu des effets sur les peintures. Le bison du Pech Merle a disparu parce qu’un accès avait été ouvert dans la galerie peinte, y compris l’hiver, ce qui a pu provoquer des ruissellements à différents endroits. Aujourd’hui, les sites accessibles au public sont très surveillés, les visites sont calibrées pour ne pas abîmer et avoir des effets réversibles. L’affluence au Pech Merle, avec 80 000 personnes chaque année, entraîne un réchauffement de la grotte en été mais cela baisse ensuite.
Des grottes sont-elles condamnées à disparaître ?
Les grottes de la région ont vécu une glaciation il y a 20 000 ans et un réchauffement jusqu’à notre période contemporaine, marquée par un climat très stable mais elles n’ont pas connu une telle hausse des températures et du CO2. À l’échelle d’une vie humaine, elles ne disparaîtront pas, mais si cela continue pendant un siècle, on pourrait avoir des effets qui ne seront pas réversibles. Lascaux est très surveillée car il s’agit d’une grotte superficielle, très sensible. Le cas de Cosquer est particulier, avec la montée des eaux, son avenir est assez compromis. Gargas, pour le moment, ça a l’air d’aller. Ce n’est pas la grotte la plus en danger bien qu’elle soit sensible aux inondations.
Quelles actions ou solutions préventives peut-on envisager ?
Dans les sites classés monuments historiques, on ne peut rien toucher donc les actions à mener ne seront pas simples. Le projet Declaclim va s’arrêter fin 2026. Dans le prochain, nous proposerons des actions pour capter le CO2 ou compenser le déficit hydrique mais dans un premier temps sur des grottes à concrétions, pas dans des grottes ornées. On ne peut pas jouer aux apprentis sorciers. Concernant la montée des températures en revanche, on ne peut rien faire.
Pratique : Les Échappées inattendues du CNRS, cycle de six micro-conférences proposées aux Halles de la Cartoucherie, commenceront le 27 janvier à 19 h avec un premier rendez-vous autour des grottes ornées. À suivre le 10 février, les liens entre intelligence artificielle et intelligence naturelle. La dernière date de la saison aura lieu le 23 juin autour de la météo.