Et c’est à peine quelques jours après l’appel à la grève lancé par Solidaires Informatiques que l’annonce est tombée. Ce sont désormais 200 postes (soit 18% des effectifs) qui sont visés par un plan de départs volontaires au sein du siège social de la firme et des fonctions supports basées à Paris. Cette annonce, qui fait suite à une série de micro-coupes budgétaires opérées tout au long du dernier semestre, confirme que la stratégie de « recentrage » prônée par Yves Guillemot entre désormais dans sa phase la plus critique pour la masse salariale française.
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Un peu comment on image les conseils d’adminVers une cure d’austérité pour Ubisoft
C’est évidemment un euphémisme, mais ce nouveau coup de rabot s’inscrit dans un climat social déjà délétère, où la confiance entre la base et le sommet semble avoir atteint un point de non-retour. En ciblant spécifiquement le siège parisien, Ubisoft cherche à alléger son burn rate (la vitesse à laquelle une entreprise consomme son capital de départ avant de générer un flux de trésorerie positif) administratif et marketing, des pôles jugés hypertrophiés par les investisseurs depuis que la croissance du groupe plafonne. Pour les syndicats, notamment le STJV, ce plan de départs volontaires n’est qu’un plan de restructuration qui ne dit pas son nom, une manœuvre comptable visant à éviter les contraintes juridiques d’un licenciement collectif tout en poussant vers la sortie des profils seniors, souvent jugés trop coûteux dans une période de vaches maigres.
Dans le détail, ce plan de départs volontaires concerne principalement les fonctions dites transverses : marketing global, communication, ressources humaines et gestion financière. L’objectif est clair : rationaliser la structure de coûts d’un siège qui, selon plusieurs analystes financiers, n’est plus en adéquation avec le volume de sorties actuel de l’éditeur. Alors que le pipeline de production a été drastiquement réduit pour se concentrer sur les piliers Assassin’s Creed et Far Cry (via Vantage Studios), le besoin de maintenir une force de frappe éditoriale aussi massive à Paris semble avoir été remis en cause par le conseil d’administration. En interne, le message est perçu comme un signal de défiance supplémentaire : on demande aux équipes de faire « plus avec moins », tout en sachant que les départs volontaires entraînent rarement le remplacement des compétences clés, surchargeant mécaniquement les salariés restants.
Même plus le courage d’ajouter une vanne
Cette saignée s’accompagne d’une inquiétude grandissante sur la pérennité de l’identité française du groupe. Alors que la restructuration en cinq pôles autonomes devait officiellement « libérer la créativité » (la bonne blague), elle ressemble de plus en plus à une préparation méticuleuse pour une cession par appartements ou une entrée massive de capitaux étrangers. En affaiblissant son centre névralgique parisien, Ubisoft perd non seulement en influence institutionnelle, mais se fragilise face aux prédateurs du secteur qui surveillent de près la chute de son action (qui a perdu plus de 30% de sa valeur en quelques heures). Pour les joueurs, l’impact est moins direct mais tout aussi réel : une entreprise qui réduit ses effectifs de support est une entreprise qui s’apprête à l’évidence à moins prendre de risques créatifs, préférant la sécurité des suites éprouvées à l’incertitude de nouvelles IP. Reste à savoir si ces 200 départs suffiront à rassurer les marchés ou si, comme on le craint, ils ne sont que le prélude à une restructuration encore plus violente dans les studios de développement d’ici la fin de l’année fiscale.