L’Assemblée nationale a adopté en première lecture l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, ce lundi 26 janvier. Les premiers concernés à Nancy ne sont pas convaincus du bien-fondé d’une telle mesure.

Les réseaux sociaux seront-ils bientôt interdits aux moins de 15 ans en France ? La loi a été adoptée en première lecture ce lundi 26 janvier à l’Assemblée nationale, et doit à présent passer devant le Sénat. Son objectif affiché est d’éloigner les jeunes adolescents de X, Tiktok ou Instagram, par exemple. Ces plateformes nuisent « gravement » à la santé mentale des jeunes d’après l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail).

À la sortie du collège Guynemer, dans le centre de Nancy, le premier réflexe pour ces ados de 14 ans, c’est de rallumer le téléphone. La journée, il est interdit dans l’enceinte de l’établissement. Ces jeunes s’estiment conscients des dangers que peuvent représenter les réseaux sociaux : « Tu te dis que tu vas y rester 10 minutes et finalement, tu y es encore une heure plus tard », avoue Arthur*, élève de 3ème. « Si tu ne fais pas n’importe quoi, il n’y a pas de problème, répond Sarah*, également élève de 3ème. Comme envoyer des messages à des inconnus. Si tu ne le fais pas, tu n’as pas de problème. »

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Ils affirment avoir déjà contourné les règles pour s’inscrire sur les réseaux sociaux, théoriquement interdits aux moins de 13 ans. En revanche, ils disent respecter les consignes de leurs parents sur le sujet : « Chez mon père, pas le droit au téléphone dans ma chambre. J’ai ma mère, il n’y a pas de règle », explique Léa*, 14 ans. Laura*, qui a le même âge, a d’autres règles à la maison : « Chez l’un de mes parents, j’ai le droit uniquement à WhatsApp, et on me coupe le téléphone à 19h. D’un autre côté, c’est plus libre, je peux utiliser ce que je veux jusqu’à 22h ou 23h. »

« On n’a pas de doute sur l’imagination que les élèves peuvent avoir pour contourner » les règles

Leur interdire purement et simplement les réseaux sociaux est une erreur d’après Tristan Cordella-Génin, professeur d’histoire-géographie au collège Guynemer à Nancy, aussi membre du syndicat SNES-FSU Lorraine : « Ils auront peut-être plus de difficultés s’il faut une pièce d’identité. Mais on n’a pas de doute sur l’imagination que les élèves peuvent avoir pour contourner tout ça. Cela peut même avoir des effets encore plus graves car il y aura une utilisation cachée et donc problématique. »

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Tristan Cordella-Génin pointe d’ailleurs un paradoxe dans cette loi : « L’institution nous dit d’interdire les réseaux sociaux. Dans le même temps, elle nous oblige à toujours plus de numérique : elle demande aux enseignants d’utiliser l’intelligence artificielle pour préparer leurs cours, elle incite à utiliser les manuels dématérialisés, elle incite également à utiliser les ordinateurs et les tablettes… On note de multiples contradictions. »

* Les prénoms ont été modifiés