Les 28 et 29 janvier 2026, le Domaine du Haut-Carré à Talence, commune de Bordeaux Métropole, devient l’épicentre mondial de la recherche en chimie des lipides appliquée à la cosmétique. La cinquième édition du congrès international Lipids & Cosmetics réunit chercheurs, industriels et acteurs de l’innovation autour d’un enjeu crucial : développer une cosmétique responsable fondée sur les ressources végétales.
Organisé par Cosmetic Valley en partenariat avec la Région Nouvelle-Aquitaine et l’Université de Bordeaux, cet événement témoigne de la montée en puissance d’un territoire devenu référence nationale dans la valorisation des agro-ressources.
Philippe Nauche, vice-président du Conseil régional en charge de la santé et de la silver économie, ouvrira officiellement le congrès ce mercredi matin. Sa présence souligne l’engagement politique fort de la collectivité dans le développement d’une filière qui conjugue performance économique et transition écologique. Avec près de 300 entreprises implantées sur le territoire régional, dont 80 % de PME, TPE ou start-up, et environ 6 000 emplois répartis sur l’ensemble de la chaîne de valeur, la Nouvelle-Aquitaine s’impose comme un écosystème dynamique où innovation scientifique et savoir-faire industriel se nourrissent mutuellement.
La chimie végétale au cœur des innovations cosmétiques
Un socle académique et technique reconnu
La région bénéficie d’infrastructures de recherche et de développement de premier plan dans le domaine de la chimie du végétal. L’Institut des Corps Gras (ITERG), centre technique basé à Canéjan en Gironde, joue un rôle déterminant dans cette dynamique. Reconnu à l’échelle nationale et internationale, cet organisme expert dans la valorisation des huiles, lipides et protéines végétales accompagne les industriels dans leurs démarches d’innovation.
Les travaux menés par l’ITERG illustrent la complexité des défis actuels. En 2025, l’institut a réalisé pour Cosmetic Valley une étude approfondie sur les fonctionnalités de l’huile de palme, ingrédient largement utilisé en cosmétique pour ses propriétés techniques et son coût attractif, mais dont l’impact environnemental pose question. Cette analyse a permis d’identifier précisément les caractéristiques recherchées par les formulateurs et d’orienter la recherche vers des alternatives durables.
La quête d’alternatives à l’huile de palme
Face aux enjeux environnementaux liés à la culture intensive du palmier à huile, notamment la déforestation massive dans les zones tropicales, Cosmetic Valley a lancé un appel à manifestation d’intérêt visant à identifier des alternatives durables aux dérivés de l’huile de palme. Cette initiative répond à une demande pressante des consommateurs et des marques qui cherchent à réduire leur empreinte écologique sans sacrifier la qualité des formulations.
Les laboratoires académiques régionaux et les centres techniques spécialisés collaborent étroitement avec les industriels pour développer de nouvelles sources lipidiques issues de cultures locales ou de coproduits agricoles. Cette approche permet non seulement de réduire la dépendance aux importations, mais aussi de créer de la valeur à partir de ressources aujourd’hui sous-exploitées.
Une stratégie régionale ambitieuse pour le biosourcé
Un accompagnement structuré depuis 2013
La Région Nouvelle-Aquitaine soutient activement la filière cosmétique depuis 2013, avec une intensification notable à partir de 2018. L’ouverture d’une antenne régionale de Cosmetic Valley a permis de renforcer l’accompagnement des PME et TPE dans leurs stratégies d’innovation et de développement international. Cette proximité facilite les échanges entre acteurs économiques et institutions, créant un environnement propice aux partenariats.
Dans le cadre de sa feuille de route régionale Santé 2023-2028, la collectivité affirme son ambition de faire de la filière cosmétique un pilote du biosourcé. Cette vision stratégique repose sur la conviction que la transition vers des ingrédients d’origine végétale et locale constitue à la fois un impératif écologique et une opportunité économique pour les territoires ruraux.
Le groupe de travail agri-cosmétique
Dès 2023, la création d’un groupe de travail agri-cosmétique animé par Cosmetic Valley a permis de réunir industriels, acteurs académiques et centres techniques autour d’objectifs communs. Ces rencontres régulières favorisent le partage d’expertises et l’émergence de projets collaboratifs innovants. Les participants explorent les possibilités offertes par les cultures régionales traditionnelles comme nouvelles, ainsi que par les coproduits issus des filières agricoles et agroalimentaires.
Cette approche collaborative a porté ses fruits en 2025 avec le lancement de l’appel à manifestation d’intérêt VALCOBIO, dédié à la valorisation des coproduits végétaux. Le dispositif a permis de soutenir six projets, de financer des études de caractérisation de coproduits et de faciliter des expérimentations industrielles dans les secteurs de la cosmétique et de la santé. Le succès de cette initiative confirme l’intérêt des industriels pour la valorisation des agro-ressources et favorise la création de partenariats concrets entre acteurs régionaux.
Vers une relocalisation des approvisionnements
L’expérimentation avec les filières biologiques
Dans un contexte de crise agricole et de recherche de nouveaux débouchés pour les filières agricoles, la Région a engagé une expérimentation avec Interbio Nouvelle-Aquitaine visant à relocaliser les approvisionnements en matières premières végétales biologiques et locales. Quatre industriels pilotes de la cosmétique participent à cette démarche qui vise à construire des circuits courts entre producteurs agricoles et transformateurs cosmétiques.
Cette initiative répond à plusieurs objectifs : réduire l’empreinte carbone liée au transport des matières premières, garantir la traçabilité des ingrédients, soutenir l’agriculture biologique régionale et créer de la valeur ajoutée sur le territoire. Les premières expérimentations portent sur des cultures adaptées au climat aquitain, capables de fournir des huiles, des extraits ou des actifs répondant aux exigences techniques de la formulation cosmétique.
Un modèle économique circulaire
La valorisation des coproduits agricoles s’inscrit dans une logique d’économie circulaire particulièrement pertinente pour les territoires ruraux. Des résidus jusqu’ici considérés comme des déchets ou des produits de faible valeur peuvent être transformés en ingrédients cosmétiques à forte valeur ajoutée. Cette approche permet aux exploitations agricoles de diversifier leurs revenus tout en contribuant à réduire le gaspillage de biomasse.
Les laboratoires régionaux développent des méthodes d’extraction et de purification adaptées à ces nouvelles sources de matières premières. L’objectif est de garantir la qualité, la stabilité et la sécurité des ingrédients tout en maintenant des coûts de production compatibles avec les réalités du marché cosmétique.
Une filière en pleine structuration
La tenue du congrès Lipids & Cosmetics à Talence illustre la reconnaissance internationale de l’expertise régionale en matière de lipides végétaux et de cosmétique responsable. Les deux journées de conférences, démonstrations et échanges permettront aux participants de découvrir les dernières avancées scientifiques et technologiques, de partager leurs expériences et de tisser des liens professionnels durables.
Au-delà de l’événement lui-même, cette dynamique collective témoigne de la capacité des acteurs régionaux à s’organiser autour d’une vision partagée du développement durable. La combinaison d’un socle académique solide, d’un tissu industriel diversifié et d’un soutien public structuré crée les conditions d’une innovation continue au service d’une cosmétique plus respectueuse de l’environnement et des ressources naturelles.
Au fait ! C’est quoi un produit cosmétique ?
Un produit cosmétique est une « substance ou un mélange destiné à être mis en contact avec les parties superficielles du corps humain (l’épiderme, les systèmes pileux et capillaire, les ongles, les lèvres et les organes génitaux externes) ou avec les dents et les muqueuses buccales, en vue, exclusivement ou principalement, de les nettoyer, de les parfumer, d’en modifier l’aspect, de les protéger, de les maintenir en bon état ou de corriger les odeurs corporelles ». source santé.gouv
Sources de l’article
- Région Nouvelle-Aquitaine – Communiqué de presse 5ème édition Lipids & Cosmetics 2026
- Vidéo Cosmetic Valley – France cares for your skin
- Photo source Miss Bordeaux – Miss Solene Videau – maquillage Antara_Mua – crédit photo Mickaflg-raw