Il porte la danse là où, parfois, elle n’a jamais été pensée, évoquée, envisagée, vue. Il la fait découvrir. Mais aussi redécouvrir. Il la partage avec tous publics de façon inclusive : amateurs, confirmés ou non initiés. Avec tous âges : enfants, adolescents, adultes, personnes âgées. Avec toutes conditions : en situation de handicap, en restriction de liberté…
Joris Perez, 46 ans, danseur et professeur titulaire du diplôme d’État endosse depuis une dizaine d’années le rôle de médiateur culturel au CCN-Ballet de Lorraine. « Une chance incroyable » pour celui qui s’est progressivement approprié cette mission autrefois dispatchée entre quelques danseurs de la compagnie. D’ailleurs, la fonction a failli disparaître tant elle était compliquée à incarner et à gérer au sein de l’institution entre les répétitions, les spectacles, les tournées…
« Une demande forte venant de l’extérieur »
Pour Joris, alors âgé de 34 ans, ce « poste » dans la maison où il a effectué la majorité de sa carrière, se présente au bon moment. L’esthétique chorégraphique de la compagnie change. De nouveaux danseurs intègrent la troupe. « C’était pour moi une remise en question », confie Joris Perez. « Je donnais déjà des ateliers ponctuellement mais j’ouvrais aussi des portes pour ne pas être pris au dépourvu. » Avec pour modèle un de ses amis, ancien danseur du Ballet, Christophe Béranger, Joris Jerez pense et construit son nouveau métier. « Il y avait déjà un échantillon de structures avec lesquelles le CCN collaborait », indique Joris. « Quand j’ai commencé, c’est le volume qui a changé avec des ateliers tous les jours voire deux-trois fois par jour ! »
Ateliers avec des écoles, des collèges, des lycées de la région ; ateliers avec des étudiants de Sciences Po ; ateliers en milieu hospitalier (pédopsychiatrie au CHRU de Nancy, Institut des jeunes sourds de Jarville-la-Malgrange, service de gérontopsychiatrie du CPN à Nancy ; ateliers dans des centres sociaux ; ateliers en maison de retraite ; ateliers en milieu carcéral ; atelier avec le public autour de la programmation du Ballet… Joris Perez constate qu’il y « avait et qu’il y a toujours une demande forte venant de l’extérieur ».
Donner du sens au mouvement
Ainsi, la danse et le CCN-Ballet de Lorraine s’exportent au-delà des studios de la rue Bazin grâce à la médiation. Pour toucher le plus grand nombre. Avec l’intime conviction portée par Joris que « tout le monde est danseur ».
Au sein de ces ateliers, il n’est pas question de performance. Il est question d’exploration, d’expérimentation.
é« J’essaye de transmettre ce que j’avais dans la tête quand j’étais danseur », explique l’artiste, qui a commencé la danse à l’âge de 8 ans dans une école privée en Charente-Maritime (d’où il est originaire) avant de rejoindre le Conservatoire de La Rochelle et d’être repéré lors d’un stage par Philippe Cohen le directeur du Conservatoire Supérieur de Musique et de Danse de Lyon. « Donner du sens au mouvement, à l’interprétation » : des questions qui guident très tôt le jeune danseur engagé au sein du Junior Ballet à Lyon puis au Ballet du Rhin, à Mulhouse, pendant 4 ans (de 1998 à 2002).
« Se poser ces questions : pourquoi je fais ça ? Qu’est-ce que je raconte ? », insiste Joris qui a ensuite rejoint le Ballet de Lorraine (2003-2014) après avoir fait un crochet par l’Opéra de Nice pendant un an. « Ces questions, ça m’a stimulé toute ma carrière. Il a suffi que je les transpose dans mes nouvelles missions », souligne le médiateur.
Sans peur du regard de l’autre
Dans les ateliers qu’il propose – par exemple au public lors des représentations de la compagnie – Joris « donne des clés, des pistes sur l’œuvre » qu’ils vont découvrir sur scène. Dans les ateliers au sein des écoles, Joris axe son travail sur une proposition chorégraphique en lien avec les créations du CCN et de son actualité. Dans les deux cas « sans peur du regard de l’autre, sans jugement ».
« Il faut s’autoriser à interpréter et à ressentir », confie Joris qui, depuis quelque temps, et pour quelques ateliers, s’appuie sur « Colombe », un roman jeunesse qu’il a écrit et où, justement, il est question du regard de l’autre et du jugement lié, ici, au physique de son héroïne.
Dans tous les cas, « les ateliers doivent être un espace de libération » du corps, de la parole. « Une zone de bienveillance où l’on est à l’écoute de l’autre, ou l’on prend confiance », assure Joris Perez.