« Inaudible », « indécent »… Les propos tenus par un avocat de la défense à l’encontre de Samuel Paty à l’ouverture du procès en appel de l’assassinat de ce professeur d’histoire géographie lundi 27 janvier ne passent pas. Me Francis Vuillemin, conseil du prédicateur islamiste d’Abdelhakim Sefrioui, jugé en appel avec trois autres personnes, a laissé entendre que l’enseignant qui a été décapité par un islamiste tchétchène en 2020 « discriminait les musulmans ».
« La décapitation de Samuel Paty, elle est tellement horrible qu’elle écrase tout le dossier. Il y a un tabou, nous n’avons pas le droit de le dire, qu’il procédait à la discrimination des élèves musulmans », a déclaré Me Francis Vuillemin devant la presse. « Mais moi je vais le dire, haut et fort, tout au long du procès, et pas avant de plaider à la fin », a-t-il promis.
Cet avocat assure qu’il démontrera que Samuel Paty, décapité le 16 octobre 2020 aux abords du collège du Bois d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), « faisait la même chose dans le précédent établissement où il était affecté, en 2016 » car « c’est dans le dossier » mais « personne ne l’a jamais dit ».
Selon lui, le professeur « disait que c’était pour protéger les élèves, par rapport à cette caricature, mais on ne protège personne dans l’école de la République en discriminant, en demandant à des élèves de se désigner en fonction de leur religion. Ça signe la discrimination, c’est un article du Code pénal qui réprime ceci ». « Ça va constituer les fondations de la défense », a martelé Me Vuillemin.
[2/2] Mohamed Faleh, le tueur à la hache
Écouter« Absolument inaudible »
Une position qui n’est pas nouvelle, selon la sœur de Samuel Paty. « Je sais que c’est sa ligne de défense pour ce procès en appel, c’était beaucoup moins le cas en première instance », a déclaré Gaëlle Paty sur BFMTV lundi soir. « On l’accuse d’être responsable de sa propre mort, c’est absolument inaudible », a-t-elle dénoncé.
« Évidemment pour la famille mais surtout parce que c’est tellement loin de ce qu’il était, mon frère était quelqu’un qui était au contraire extrêmement tolérant, curieux des religions, c’est absolument inaudible pour tous ceux qui ont connu Samuel », a ajouté la coautrice du livre « Samuel Paty, un procès pour l’avenir ».
Me Virginie Le Roy, l’avocate des parents du professeur assassiné et de sa sœur, a qualifié ces propos de « purement et simplement scandaleux et indécents ». « Il faut encore, en plus du reste, salir Samuel Paty sur un argument qui n’a absolument aucune influence encore une fois sur les faits et les qualifications, ce qui est complètement gratuit », a-t-elle fustigé devant la presse, annonçant que ce procès s’annonce « tendu parce que c’est indécent ».
La défense des quatre rejugés
Lors du procès en première instance, les huit accusés (sept hommes et une femme) avaient tous été reconnus coupables et condamnés à des peines échelonnées entre 1 et 16 ans de prison. Quatre d’entre eux sont rejugés devant la cour d’assises d’appel spéciale de Paris, jusqu’au 27 février.
Parmi eux figurent d’un côté deux amis d’Anzorov le meurtrier, Naïm Boudaoud et Azim Epsirkhanov, condamnés à 16 ans de réclusion pour complicité d’assassinat ; et de l’autre, Brahim Chnina et le prédicateur islamiste Abdelhakim Sefrioui, qui avaient écopé respectivement de 13 et 15 ans de réclusion pour association de malfaiteurs terroristes, accusés d’avoir participé à la campagne de haine ayant conduit à l’assassinat de l’enseignant.
Lundi, lors de la première journée d’audience, tous ont contesté les faits qui leur étaient reprochés. « Je voulais présenter mes excuses, dire que je regrette infiniment et dire que je ne reconnais pas les faits », a dit Brahim Chnina. « Je suis totalement innocent et je suis en réalité accablé chaque fois que j’entends l’acte d’accusation », a déclaré de son côté Abdelhakim Sefrioui. Sa défense attend que la cour d’assises d’appel reconnaisse « l’innocence » du prédicateur.