Si vous avez un chat, vous connaissez la scène : il renifle sa gamelle avec dédain parce que ce n’est pas sa marque de pâtée préférée. Cette réputation de fin gourmet capricieux est pourtant une illusion totale. Une vaste étude scientifique vient de briser le mythe : une fois la porte de la maison franchie, le chat domestique devient l’un des prédateurs les plus voraces, les plus généralistes et les moins sélectifs de la planète. Loin de se contenter de souris, nos félins dévorent plus de 2 000 espèces différentes, incluant des animaux que vous n’auriez jamais imaginé dans leur menu.
Un menu de 2 084 espèces différentes
C’est une enquête d’une ampleur inédite menée par l’Université d’Auburn. En compilant des centaines d’études précédentes, les chercheurs ont dressé l’inventaire mondial de ce que mangent les chats errants et domestiques en liberté. Le chiffre donne le vertige : 2 084 espèces animales ont été identifiées dans leur estomac.
Les auteurs de l’étude sont formels : le chat est un « prédateur sans distinction ». Il ne choisit pas, il extermine. Son tableau de chasse comprend environ 9 % de tous les oiseaux connus sur Terre, 6 % des mammifères et 4 % des reptiles. Aucun autre prédateur ne possède un régime aussi diversifié. Ils mangent pratiquement tout ce qui bouge, du moment qu’ils peuvent le tuer ou le trouver mort.
De la sauterelle… à la vache
Ce qui surprend le plus dans ce rapport, c’est la variété des proies. Si les insectes et les rongeurs forment la base, les chats sont capables de s’attaquer à des cibles bien plus ambitieuses ou de profiter de charognes inattendues.
Les chercheurs ont trouvé des traces d’animaux stupéfiants dans leur régime : des émeus, des tortues vertes et même des vaches domestiques (consommées sous forme de charogne). Plus impressionnant encore : des observations ont confirmé qu’un chat était capable de dévorer un kangourou entier. Cette opportunisme radical fait d’eux des machines de survie biologiques, capables de s’adapter à n’importe quel écosystème, mais cela a un prix terrible pour la nature.
Crédit : Ornitolog82
Un désastre écologique silencieux
Cette gloutonnerie pose un problème majeur de conservation. L’étude estime que 16,65 % des espèces consommées par les chats sont des espèces menacées.
Les chiffres sont accablants :
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Les chats sont liés à 26 % des extinctions d’oiseaux, de mammifères et de reptiles enregistrées dans le monde.
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En Australie, ils tuent environ 650 millions de reptiles par an.
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Au Royaume-Uni, ce sont entre 160 et 270 millions d’animaux qui périssent chaque année sous leurs griffes.
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En Nouvelle-Zélande, ils ont participé à l’extinction d’au moins six espèces d’oiseaux endémiques.
La fin de l’innocence ?
Face à ce constat, l’image du « minou » inoffensif en prend un coup. Certaines régions du monde ne prennent plus de gants. En 2021, une banlieue de Melbourne a instauré un « couvre-feu total » pour les chats, obligeant les propriétaires à les garder enfermés 24h/24 pour protéger la faune locale.
Alors, la prochaine fois que votre chat ronronnera sur vos genoux, rappelez-vous que derrière cette boule de poils se cache ce que l’étude décrit comme « l’un des prédateurs invasifs les plus prospères au monde« . Il n’est pas difficile avec la nourriture ; il attend juste l’opportunité de chasser.