FIGAROVOX/TRIBUNE – Selon les informations du Figaro, des négociations sont en cours sur une possible cession au Vanuatu des deux îlots français du Pacifique. Face à cette perspective, le sénateur Philippe Folliot (Union centriste) estime indispensable de conserver Hunter et Matthew, au nom de la souveraineté.

À l’heure où les enjeux géostratégiques et les appétits de puissance redessinent un nouvel ordre mondial où le droit n’est plus la seule pierre angulaire (Ukraine, Venezuela, Groenland, etc.), autant de menaces et d’enjeux qui nous appellent à la plus extrême vigilance.

Il est des territoires qui ne figurent pas sur les cartes postales mais qui dessinent la puissance d’un État. Hunter et Matthew sont de ceux-là. Deux îlots volcaniques inhabités, couvrant respectivement 0,7 km² et 1 km², situés à environ 300 kilomètres à l’est de la Nouvelle-Calédonie, battus par les vents du Pacifique Sud. Ils sont presque invisibles à l’œil profane. Des « cailloux », diront certains. Mais l’histoire enseigne que ce sont souvent les cailloux que l’on abandonne les premiers qui provoquent les grands reculs.


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Depuis novembre 2025, des négociations sont engagées sur une possible cession de Hunter et Matthew au Vanuatu. Elles se poursuivent en ce début d’année, dans une relative discrétion. Trop grande discrétion. Car derrière ces deux îlots se joue bien plus qu’un différend cartographique : se jouent la crédibilité de la France comme puissance indo-pacifique, la cohérence de son domaine maritime, et, disons-le clairement, sa capacité à ne pas se dissoudre à petits pas.

La France a pris possession de Hunter et Matthew en 1929. Elle y exerce sa souveraineté depuis près d’un siècle. Ce fait est juridique, historique, incontestable. Pourtant, le Vanuatu les revendique, avec le soutien appuyé de certains indépendantistes kanaks, et celui, plus discret mais autrement plus stratégique, de grandes puissances dont chacun connaît désormais l’appétit insatiable pour les ressources et les points d’ancrage dans le Pacifique.

Ne nous y trompons pas : Hunter et Matthew ne sont pas un caprice colonial tardif. Elles ouvrent à la France une zone économique exclusive considérable, équivalente à près d’un cinquième de la ZEE de la Nouvelle-Calédonie, soit plus de 250 000 km² environ (pour mémoire, la ZEE de la France hexagonale, Corse comprise, est de 350 000 km²). Derrière ces lignes maritimes se trouvent des ressources halieutiques, des nodules polymétalliques, des métaux rares, bref : les matières premières de la souveraineté du XXI siècle. Renoncer à ces îlots, ce n’est pas céder des rochers, c’est rétrécir notre horizon stratégique.

Le scénario se répète. Hier Tromelin, aujourd’hui Hunter et Matthew. Demain, les îles Éparses ? Après-demain, l’île de la Passion Clipperton ? Chaque concession ou perspective de concession nourrit la suivante. Chaque renoncement appelle un autre renoncement. À force de vouloir apaiser tous les contentieux, on finit par se contester soi-même.

Qu’on ne se méprenne pas sur mon propos. Il ne s’agit ni de posture martiale, ni de nostalgie impériale. Il s’agit de responsabilité républicaine. Le dialogue avec le Vanuatu est nécessaire. Le respect des équilibres régionaux est indispensable. La prise en compte des enjeux environnementaux (biodiversité unique, aires d’importance pour les oiseaux, écosystèmes volcaniques rares) est impérative. Mais la coopération n’implique pas l’effacement, et la diplomatie n’est pas la diplomatie de l’abandon.

Hunter et Matthew ne sont pas inhabitées : elles sont habitées par notre droit, notre histoire et notre avenir stratégique. Les céder serait ouvrir une brèche.

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Dans l’Hexagone comme dans nos outre-mer, certains élus s’inquiètent du symbole que représenterait une telle cession. Ils ont raison sur le symbole. La souveraineté ne se défend ni par l’outrance ni par le repli, mais par la constance, la lucidité et le courage politique. Ce débat mérite mieux que des anathèmes ou des silences feutrés.

La France est la première puissance maritime mondiale. Elle l’est par ses outre-mer, par son histoire, par ses choix stratégiques. Elle cessera de l’être le jour où elle considérera ses confettis maritimes comme négociables au gré des pressions du moment. On ne défend pas la grandeur de notre pays en ne protégeant pas ce qui est peu visible depuis Paris.

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Hunter et Matthew ne sont pas inhabitées : elles sont habitées par notre droit, notre histoire et notre avenir stratégique. Les céder serait ouvrir une brèche. Les conserver, tout en dialoguant fermement et loyalement, serait affirmer que la France n’a pas vocation à disparaître à bas bruit de l’Indo-Pacifique.

Il y a quelques années, j’avais alerté sur le précédent de Tromelin et mené une bataille parlementaire transpartisane avec mes collègues députés Gilbert Le Bris (PS) et Laurent Furst (LR) pour faire avorter la ratification de l’inique traité de cogestion avec l’île Maurice. On nous expliquait alors que ce n’était « qu’un symbole ». Or, en géopolitique, le symbole est souvent la répétition générale de la capitulation.

La souveraineté n’est pas un héritage à liquider, mais une responsabilité à transmettre. Dans une République une et indivisible, le premier devoir de l’État est d’assumer pleinement son autorité sur l’ensemble de son territoire, sans exception ni hiérarchie. J’ai souvent dénoncé, notamment à propos de l’île de la Passion Clipperton, les insuffisances de cette présence. Mais une carence appelle une exigence accrue, jamais un renoncement. On ne défend pas la République en la réduisant !


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Hunter et Matthew sont parties intégrantes de la Nouvelle-Calédonie, donc de la France. On ne défend pas la République en la réduisant.

Philippe Folliot, sénateur du Tarn (UC) est membre de la délégation outre-mer du Sénat, membre du conseil consultatif des TAAF, auteur de France-sur-Mer : un incroyable gâchis (éd. la Biblioteca, 2022) et La Passion Clipperton, l’île sacrifiée (éd. la Biblioteca, 2018).

Les cosignataires : Sébastien Pla, sénateur de l’Aude (PS), Mikaele Kulimoetoke, sénateur des Iles Wallis et Futuna (RDPI), Georges Naturel, sénateur de la Nouvelle-Calédonie (LR).