90 véhicules se sont mobilisés devant la mairie pour protester contre sa volonté de réformer le cadre administratif de la profession. Un bras de fer syndical qui s’invite désormais dans l’arène municipale.

L’échéance municipale agite les taxis marseillais. À moins de deux mois du scrutin, 90 véhicules et une centaine de personnes issues de l’intersyndicale se sont mobilisés devant la mairie pour faire part de leur colère. Les chauffeurs estiment être entravés dans leur activité par la municipalité, qui cherche à mettre fin à un certain nombre de pratiques qu’elle juge «non conformes».

Fin 2025, la Ville et son adjoint au maire en charge des taxis et de l’économie sociale et solidaire, Sami Benfers, se sont officiellement lancés dans une réforme de la «location-gérance». Le système permet aux chauffeurs de mettre en location leur «plaque», moyennant un coût mensuel d’un peu plus de 2000 euros. Une mesure jugée essentielle pour de nombreux professionnels – dans l’incapacité de débourser les 279.000 euros en moyenne requis pour acquérir l’autorisation de stationnement (ADS) – mais qui serait désormais «sclérosé» par des irrégularités.


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«La Préfecture a interpellé la Ville de Marseille suite au constat d’un grand nombre de pratiques non conformes mises en place par les professionnels taxi dans le cadre des ADS et des locations-gérances. La Ville a directement agi pour mettre fin à ces pratiques : désormais, les nouveaux contrats de location-gérance sont validés dans le respect total des conditions réglementaires d’exploitation», indique la mairie de Marseille dans un communiqué.

Une «levée de boucliers des ayatollahs du taxi»

Ces nouvelles démarches administratives, jugées lentes, ont provoqué l’ire de nombreux syndicats de taxis marseillais, déjà lancés dans un bras de fer avec l’adjoint au maire au sujet du gel des ADS. «Si vous décidez d’arrêter votre activité et de mettre un locataire sur votre licence, on vous impose d’apporter la preuve que vous êtes le propriétaire du véhicule. Tout est fait pour mettre des bâtons dans les roues du taxi», résume Rachid Boudjema, président de l’Union nationale des taxis et président du Syndicat des taxis marseillais et de Provence, au Figaro.

«La mairie de Marseille a décidé à faire obstruction à toute activité de taxi et Monsieur Payan ne réagit absolument pas. Les élections sont au mois de mars et on a des dossiers en souffrance qui ne peuvent pas attendre», souffle le syndicaliste, qui indique avoir saisi le ministre des Transports à ce sujet faute d’être entendu par la mairie. Cette dernière répond que de nouveaux effectifs ont été recrutés pour éviter les lenteurs administratives provoquées par cette nouvelle réglementation. «La Ville de Marseille s’engage à garantir un environnement propice à l’équilibre et à la réussite de la corporation taxi, en offrant le meilleur service possible», résume la municipalité.

«Leur positionnement est inexplicable, voire malhonnête On ne fait qu’appliquer la loi. On a reçu une alerte de la préfecture qui nous dit que les contrats en location-gérance n’étaient pas faits dans les règles. S’ils veulent manifester contre les règles, c’est leur choix», réagi Sami Benfers en fustigeant ce qu’il désigne être «une levée de boucliers des ayatollahs du taxi». «Ils pensent qu’on peut sans cesse manœuvrer la règle et la loi. Le taxi est en souffrance et il y a une montée exorbitante du nombre de VTC. Le système de la location n’a fait que fabriquer de la casse sociale», estime l’élu, en faveur d’une augmentation des ADS et la création d’un nouvel opérateur de taxis à Marseille.

C’est une profession qui s’est sentie complètement délaissée par la municipalité actuelle

Bruno Gilles, conseiller d’opposition (Horizons) et référent taxis à la métropole d’Aix-Marseille-Provence

Comme toujours dans la deuxième ville de France, le sujet est en réalité éminemment politique. L’intersyndicale, qui s’estime lésée par l’adjoint en charge des taxis, a été reçue il y a quelques jours par Martine Vassal. La rencontre avec la candidate de la droite et du centre se serait bien déroulée. «Ils ont trouvé une oreille attentive à leurs problématiques», fait savoir l’entourage de l’élue. «C’est une profession qui s’est sentie complètement délaissée par la municipalité actuelle. On se retrouve avec une intersyndicale positionnée contre la mairie», confirme Bruno Gilles, conseiller d’opposition (Horizons) et référent taxis à la métropole d’Aix-Marseille-Provence.


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«Des dizaines de dossiers de location-gérance sont bloquées. Il y a un manque de personnel, il n’y a plus de contrôleurs. On se retrouve avec une intersyndicale positionnée contre la mairie», observe l’élu, présent pour soutenir l’intersyndicale ce mardi matin. «C’est une manifestation de campagne, ils font ça pour faire du tort à la mairie», peste Saïd Djefaflia, président du syndicat des locataires unions taxis Marseille (LUTM) proche de Sami Benfers et en faveur de la réforme d’un système désormais en proie à des luttes intestines.