Kanye West, ici au mois de juillet 2025, à Shanghai.

HECTOR RETAMAL / AFP

Kanye West, ici au mois de juillet 2025, à Shanghai.

« J’ai perdu pied avec la réalité. » Ces mots, ce sont ceux de Kanye West qui, dans une lettre ouverte publiée dans l’espace publicitaire du Wall Street Journal ce lundi 27 janvier, assure qu’il n’est « ni nazi ni antisémite », plusieurs mois après avoir dévoilé Heil Hitler, une chanson à la gloire d’Adolf Hitler.

« Plus j’ignorais le problème, plus la situation empirait, estime le rappeur, mettant en avant les conséquences de ses troubles mentaux. J’ai dit et fait des choses que je regrette profondément. J’ai traité certaines des personnes que j’aime le plus comme de moins que rien. […] Avec le recul, je me suis éloigné de ma véritable personnalité. »

Banni des grandes plateformes de streaming – mais facile à retrouver sur internet – son morceau célébrant le dictateur a été dévoilé au mois de mai 2025, date du 80e anniversaire de la défaite de l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. Un hymne haineux qui a notamment valu à son auteur de se voir annuler un visa pour l’Australie.

Un festival de musique en Slovaquie, où devait se produire l’interprète de Runaway au mois de juillet, a pour sa part finalement renoncé à se tenir devant une très forte mobilisation, notamment de la part d’associations qui voyaient dans la venue de l’artiste de 48 ans une « insulte à la mémoire des victimes et une glorification de la violence ».

Kanye West « aime le peuple juif »

Souffrant depuis des années de troubles bipolaires, Kanye West, qui répond désormais au nom de Ye, explique dans ses « excuses » que lorsqu’« on est en phase maniaque, on ne pense pas être malade ». « On a l’impression que ce sont les autres qui exagèrent. On a l’impression de voir le monde plus clairement que jamais alors qu’en réalité on est en train de perdre complètement pied », estime ce dernier.

Avant d’ajouter : « Je regrette mes actes dans cet état et j’en suis profondément mortifié. Je m’engage à assumer mes responsabilités, à suivre un traitement et à opérer des changements réels et durables. Cela n’excuse en rien ce que j’ai fait. Je ne suis pas nazi ni antisémite. J’aime le peuple juif. » En décembre 2023 déjà, le rappeur s’était excusé auprès de la communauté juive après avoir déclaré quelques mois plus tôt qu’il « adorait les nazis ».

En 2022, il avait également suscité l’indignation en s’affichant avec le slogan « White Lives Matter » (en français « La vie des Blancs compte », détournant le célèbre slogan « Black Lives Matter »). « La communauté noire est, sans aucun doute, le fondement de qui je suis. Je suis vraiment désolé de vous avoir déçu. Je nous aime », continue dans le Wall Street Journal l’ex-mari de Kim Kardashian, dont la présence à un dîner avec Donald Trump en compagnie du suprémaciste blanc antisémite Nick Fuentes a fait couler beaucoup d’encre en 2022.

Bully, sortie imminente

Dans un communiqué publié ce même lundi, l’ONG Anti-Defamation League rappelle que de telles excuses à l’égard des Juifs étaient attendues depuis longtemps, mais elles ne sauraient effacer le long passé antisémite de son auteur, connu pour faire irruption aussi bien sur les réseaux que dans les médias pour faire passer des messages.

Son choix de payer une page publicitaire entière du Wall Street Journal n’est pas un cas isolé. Dans la nuit du 9 au 10 février 2025, Ye s’était acheté un spot publicitaire pendant la très regardée mi-temps du Super Bowl. Il renvoyait vers son site Yeezy.com, sur lequel tous les articles étaient indisponibles, sauf un tee-shirt siglé d’une croix gammée vendu à 20 dollars.

À combien lui est revenu son nouveau coup d’éclat ? D’après une estimation réalisée par nos soins sur le site du grand quotidien économique et financier américain, réserver une telle page pour une diffusion nationale à des fins d’annonce revient à plus de 153 512 dollars.

Un investissement qui interroge, compte tenu du nombrilisme des déclarations du rappeur dénoncées par certains, notamment Libération qui pointe du doigt l’absence de mots à l’égard des violences racistes menées par la police de l’immigration dans son pays. Mais aussi du timing de publication. En cause, la sortie opportune d’ici quelques jours de son nouvel album, un disque baptisé Bully dont la sortie a été reportée à plusieurs reprises.