Il est resté par peur de ne pas être payé. Et aujourd’hui, il ne l’a toujours pas été.

C’est un nouveau point, certes presque dérisoire au regard du drame humain, que Jean-Michel Gilbert, le père du barman varois Gaëtan T., a rappelé ce mardi 27 janvier 2026 sur BFMTV.

Un détail en apparence, mais un détail qui dit beaucoup de la mécanique à l’œuvre avant l’incendie meurtrier du bar Le Constellation à Crans-Montana.

Fort de 12 ans d’expérience dans le métier, passé notamment par Six-Fours-les-Plages, Gaëtan n’avait pourtant rien d’un saisonnier naïf.

Représenté par Me Jean-Claude Guidicelli et Me Laurent Jourdaa, Jean-Michel Gilbert (au premier plan sur la photo) est le père de Gaëtan, 28 ans, grièvement blessé dans l’incendie d’un bar à Crans-Montana, le 1er janvier 2026.

Dès la mi-décembre, il veut partir. « Il nous a appelés une semaine avant Noël en disant : je rentre à la maison, ce n’est pas du tout ce qu’on m’a vendu », raconte son père.

L’établissement présenté comme haut de gamme ne correspond pas à la réalité, la clientèle non plus, l’ambiance encore moins.

« Il avait peur de ne pas être payé »

La décision est prise : rentrer avant les fêtes. Sauf qu’entre l’intention et le départ, il y a l’argent.

Arrivé le 1er décembre, Gaëtan craint de ne jamais toucher l’intégralité de son salaire s’il quitte son poste trop tôt.

« Il avait peur de ne pas être payé complètement des quelques semaines qu’il avait travaillées », insiste Jean-Michel Gilbert.

Une peur suffisamment forte pour le retenir. Les gérants lui demandent alors de rester au moins jusqu’à la fin des vacances scolaires de Noël. Il accepte. Par professionnalisme, aussi.

« Il ne voulait pas les laisser dans la merde (sic) pour les quinze jours des vacances », dit son père, évoquant ce sens du devoir qui l’a poussé à tenir le bar alors qu’il n’aspirait qu’à le quitter.

« L’aspect moral est un autre combat, beaucoup plus difficile »

Ce choix, dicté par une crainte financière légitime, aura des conséquences irréversibles : Gaëtan est à son poste la nuit du Nouvel An lorsque l’incendie fait 40 morts et 116 blessés.

Aujourd’hui, le jeune homme se remet lentement de ses blessures physiques, mais « l’aspect moral est un autre combat, beaucoup plus difficile », confie son père.

Et l’amertume grandit encore lorsqu’il lâche cette phrase, factuelle mais terrible : « Aujourd’hui, il n’a jamais eu son salaire. Il n’a même pas eu son salaire du mois de décembre ».

Une injustice de plus dans un dossier déjà lourd, qui vient s’ajouter aux nouvelles révélations sur la gestion de la sécurité de l’établissement documentées par des vidéos retrouvées dans le téléphone de Gaëtan.