À quelques jours du choc d’ouverture contre l’Irlande, la France du rugby est en ébullition. En écartant des monuments comme Damian Penaud, Grégory Alldritt et Gaël Fickou, Fabien Galthié n’a pas seulement surpris l’Hexagone : il a laissé les observateurs étrangers totalement médusés.
Entre « coup de génie » et « prise de risque fatale », les experts d’outre-Manche s’interrogent sur la santé mentale du staff tricolore.
L’onde de choc a traversé la Manche. Dans le podcast The Rugby Pod, les langues se délient. Tom Kirby, chef cuisinier du XV de la Rose, résume l’incompréhension générale :
« Penaud qui est laissé hors du groupe, meilleur marqueur d’essais de l’histoire du rugby français. Comment c’est perçu en France ? Ils demandent sa tête ? »
Alldritt, l’absence qui ne passe pas
Pour Dan Biggar, l’ancien maître à jouer du pays de Galles aux 112 sélections, c’est l’éviction de Grégory Alldritt qui constitue le véritable séisme. Pour lui, se passer d’un tel numéro 8 face à une équipe comme l’Irlande est un pari dangereux qui déséquilibre tout l’édifice français.
L’ancien demi d’ouverture ne cache pas son désarroi face à ce choix tactique :
« Pour moi, la plus grosse surprise, c’est Alldritt. Je n’arrive pas à comprendre. Cet automne, justement, il est laissé de côté pour ce match contre l’Afrique du Sud (défaite 17-32) et remplacé par (Mickaël) Guillard qui est un spécimen physique, mais c’est un peu un joueur de luxe. C’est quelqu’un que tu es content d’avoir dans ton groupe, sur ton banc, mais au niveau international, contre les très grosses équipes, tu as besoin d’un vrai numéro 8. Et je mets Alldritt dans la même catégorie que les Vunipola, les Faletau, des mecs qui vont beaucoup travailler, faire beaucoup de contacts, beaucoup de plaquages, gagner un mètre à la fois.
Ça veut dire beaucoup que Guillard ait joué 47 minutes contre l’Afrique du Sud, qu’il soit sorti, et que sur les deux matchs suivants, Alldritt joue contre les Fidji et l’Australie. Et là, l’équipe a l’air bien meilleure, avec un meilleur équilibre en troisième ligne. Et c’est ça qui est déroutant pour moi, je pense que c’est la grosse info en France.
« En parlant avec Ronan O’Gara, il ne tarit pas d’éloges sur lui, il dit qu’il a presque un côté non français, et qu’il est parfait pour ce que veut Shawn Edwards, en termes de volume de travail, d’énergie, de présence sur la ligne défensive. Je pense que ça déséquilibre un peu cette troisième ligne. Qui tu mets en 8 ? Il n’y a probablement plus de vrai 8 dans ce groupe maintenant. Est-ce qu’ils mettent Ollivon en 8 avec François Cros ou Jelonch ? Mais je pense qu’Alldritt, c’est une énorme perte. Et si quelqu’un a regardé son match contre Clermont, il a été incroyable, même dans une équipe qui perd. »
Un « coup de génie » ou un « château de cartes » ?
Face à ces critiques, Fabien Galthié reste droit dans ses bottes. Pour lui, la sélection n’est qu’une « photo à l’instant T ». Mais pour les adversaires de la France, ces « pièces mouvantes » sont autant de failles dans lesquelles s’engouffrer.
Pour Dan Biggar, le dénouement du Tournoi validera, ou non, la folie de Galthié.
Concernant la mise à l’écart de Damian Penaud, Dan Biggar réagit :
« Si la France finit par faire un Grand Chelem, alors ce sera un coup de génie. S’ils finissent troisièmes parce qu’ils n’ont pas marqué assez d’essais, par exemple, alors il va y avoir quelques questions à se poser… »
L’Angleterre reprend espoir
Ces absences de cadres, cumulées aux forfaits sur blessure (Atonio, Flament), changent la donne psychologique. Si la France était l’immense favorite il y a quelques semaines, l’Angleterre commence à voir une opportunité de braquer Paris lors de la dernière journée.
Selon Dan Biggar, le titre se jouera entre le XV de France et l’Angleterre. Extrait:
« J’avais choisi la France pour gagner le Tournoi il y a quelques semaines, et pour moi ça se joue entre eux et l’Angleterre. Je pense que ce France-Angleterre à Paris sera le match décisif, mais…
Si Atonio est absent, si Bamba est absent, si Flament est absent pour le premier match – ce qui est confirmé – et sans Alldritt en plus, tu commences à te dire… Tu te dis qu’il y a pas mal de pièces mouvantes dans cette équipe de France. L’Angleterre va se dire que cette équipe-là n’est plus aussi imbattable à Paris que quand tout le monde était là… »