L’Inde et l’Union européenne s’unissent face aux augmentations répétées des droits de douane américains en officialisant un accord de libre-échange ce mardi 27 janvier. L’Union européenne passe une nouvelle étape dans sa stratégie commerciale et politique après plus de vingt ans de négociation avec l’Inde.
L’accord dont l’Union européenne avait tant besoin est officialisé. L’Inde et l’UE ont annoncé ce mardi 27 janvier la conclusion d’un ambitieux accord de libre-échange commercial. Un accord en négociation depuis plus de vingt ans pour créer « une zone de libre-échange de 2 milliards de personnes ».
C’est dans un contexte géopolitique incertain où le président des États-Unis, Donald Trump, manie les augmentations de droits de douane à destination de l’UE et du monde entier comme une menace que l’accord de libre-échange avec l’Inde semble s’être conclu. Dernier exemple en date : Donald Trump a annoncé le jour même augmenter de 25 % les droits de douane sur certains produits sud-coréens. Ainsi, l’objectif pour l’Inde et l’UE est donc de mieux se protéger de la concurrence chinoise accrue et des répercussions que provoque la guerre des droits de douane engagée par l’administration américaine de Donald Trump.
« L’accord de tous les accords », selon Narendra Modi
Le premier ministre indien, Narendra Modi et ses deux invités arrivés à New Delhi le dimanche 25 janvier, le président du Conseil européen Antonio Costa et la patronne de la Commission Ursula von der Leyen, ont chacun multiplié les éloges. « C’est l’accord de tous les accords », s’est notamment réjoui le premier ministre indien, soulignant que cet accord de libre-échange concerne « environ un quart du PIB mondial ». Il a également ajouté que ce traité allait permettre d’« offrir de nombreuses opportunités au 1,4 milliard d’Indiens » ainsi qu’aux 450,4 millions d’habitants de l’Union, précisant que cet accord commercial était aussi une voie vers « une prospérité partagée ».
Ursula von der Leyen a renchéri en affirmant que « l’Europe et l’Inde ont fait l’histoire aujourd’hui » et que la création de cette zone de libre-échange bénéficiera « aux deux parties ». Dès son arrivée en Inde, la présidente de la Commission européenne avait indiqué que l’UE comptait bénéficier du niveau d’accès le plus élevé « jamais accordé » à un partenaire commercial, le marché indien étant « traditionnellement protégé ».
Une baisse des droits de douane prévue
Les derniers obstacles à la conclusion du texte ont été levés lundi 26 janvier. Les deux pays espèrent stimuler leur commerce en réduisant leurs droits de douane dans plusieurs secteurs. Pour Bruxelles, la réduction des taxes indiennes sur les importations européennes devrait permettre à l’Union européenne d’économiser jusqu’à 4 milliards d’euros chaque année. Les droits de douane indiens sur les véhicules « made in Europe », notamment allemands, doivent passer de 100 à 10 %. Les droits de douane sur les vins, les pâtes ou le chocolat devraient également être diminués, voire supprimés.
En Allemagne, le ministre allemand des Finances Lars Klingbeil s’est félicité que les deux parties soient liées par leur « puissance économique, leur capacité d’innovation et des intérêts communs ». Il a poursuivi en indiquant que l’accord permettrait également de créer de nouvelles opportunités de croissance et d’emplois. Face au rejet de l’accord de libre-échange du Mercosur par le Parlement européen, la principale fédération de l’industrie automobile allemande en crise s’est aussi félicitée de l’accord. La patronne de VDA, Hildegard Müller, a rappelé que 70 % des emplois de l’industrie automobile allemande sont assurés par des exportations importantes. Elle a appelé dans la foulée à une « ratification rapide » du traité.
Un accord pas seulement commercial
Pour sa part, l’Inde attend une hausse de ses exportations dans des secteurs comme le textile, les pierres précieuses, la joaillerie, les services ou encore le cuir, a souligné Narendra Modi. Le responsable de la Confédération de l’industrie indienne, Chandrajit Banerjee, se félicite d’un accès préférentiel « sans précédent » octroyé à plus de 99 % des exportations indiennes.
Mis à part le domaine commercial, les deux parties ont également étendu leur partenariat en matière de défense et d’échanges. Ils ont notamment initié un accord sur d’éventuels échanges d’étudiants, de chercheurs, de travailleurs saisonniers ou de certains professionnels à forte qualification, ce mardi 27 janvier. Pour Ursula von der Leyen, l’accord ne visait pas seulement à renforcer les deux économies, mais aussi à assurer la sécurité des Européens « dans un monde de moins en moins sûr. » Elle a ajouté qu’« en combinant ces atouts », l’UE pourrait réduire sa « dépendance stratégique » dans une période où certains peuvent utiliser de plus en plus « l’arme commerciale ».
Moins sensible que l’accord avec le Mercosur
D’après Les Échos, l’accord avec l’Inde est également mieux reçu que celui du Mercosur par la société civile et les organisations agricoles car le traité de libre-échange ne prévoit pas d’importer en Europe des produits alimentaires de l’Inde. L’accord avec le Mercosur prévoyait l’échange de produits alimentaires ne respectant pas les mêmes normes qu’en Europe. Les agriculteurs européens, en particulier les Français, jugeaient l’accord avec les Sud-Américains déloyal.
En 2024, l’Inde et l’Union européenne avaient déjà échangé 120 milliards d’euros de marchandises. Une hausse de près de 90 % en dix ans. Avec ses 1,5 milliard d’habitants, l’Inde est en très forte croissance, à 8,2 % au dernier trimestre, selon le FMI. Un élément qui peut expliquer le choix de l’Union européenne de se tourner vers un tel partenaire commercial. L’Inde devrait, de plus, dépasser le Japon et devenir la quatrième économie mondiale. New Delhi, pour sa part, voit l’Europe comme une source indispensable des technologies et d’investissements, dont elle a grandement besoin pour accélérer la modernisation et créer des millions d’emplois dans ses industries.