Agriculture, automobile, acier… Presque rien n’échappe à l’accord de libre-échange entre l’Union Européenne et l’Inde qu’ont officialisé ce mardi à New Delhi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le président du Conseil européen Antonio Costa, et le premier ministre indien Narendra Modi. Après 20 ans de négociations, ils ont rivalisé d’éloges sur un texte « historique ». Il faut dire que les chiffres font tourner la tête : la nouvelle zone de libre-échange instaurée par l’accord couvrira une population de deux milliards de personnes et représentera un quart du PIB mondial.
Derrière les effets d’annonce, la Commission reste prudente, dans un contexte de grogne agricole et de fronde du Parlement européen contre l’accord de libre-échange avec le Mercosur. S’il abaisse ou supprime les droits de douane sur 99 % des importations venant d’Inde, cet accord laisse de côté de nombreux secteurs agricoles : « La viande bovine, la viande de poulet, le riz et le sucre sont exclus de la libéralisation dans l’accord », indique la Commission dans un communiqué. À cette liste de produits “sensibles” s’ajoutent le blé tendre, l’ail ou encore le miel.
Pour d’autres produits agroalimentaires indiens, l’entrée sur le marché européen sera facilitée mais la diminution des droits de douane sera soumise à des quotas : 1 800 tonnes de viandes de mouton bénéficieront par exemple d’une réduction de 50 % des droits de douane chaque année, quand 60 000 tonnes de concombres et cornichons en seront exemptées. Sachant le sujet brûlant, Bruxelles s’empresse de rappeler que de multiples garde-fous seront mis en place, comme une clause de sauvegarde et un renforcement des contrôles pour s’assurer que les produits importés correspondent aux normes européennes. Cet accord est « une avancée significative et équilibrée » pour le commerce agroalimentaire, a salué ce mardi le Copa-Cogeca, qui regroupe les principaux syndicats agricoles d’Europe.
Quatre milliards de droits de douane économisés
Dans l’autre sens, près de 97 % des exportations européennes vers l’Inde bénéficieront de droits de douane réduits voire supprimés, indique la Commission, qui explique que cela équivaut à un gain de quatre milliards d’euros par an. Côté agriculture, les vins européens seront taxés à hauteur de 20 %, contre 150 % actuellement, tandis que l’huile d’olive, les jus de fruits et d’autres produits seront exonérés de taxes.
Autre secteur clé de l’industrie européenne, l’automobile verra également son entrée sur le marché indien facilitée : pour un quota de 250 000 véhicules, les droits de douane passeront de 110 % à 10 %. Les produits pharmaceutiques, les plastiques, les avions, les machines et le matériel électrique européens ne seront plus soumis à aucune barrière douanière. Le but : doubler les exportations vers l’Inde d’ici 2032. Si la Commission veut aller vite, il faudra compter « un an au minimum » avant l’entrée en vigueur de cet accord commercial, estime un fonctionnaire bruxellois.