Donald Trump quitte officiellement ce mardi l’Accord de Paris. Le président américain s’est fait élire sur une promesse de relancer le forage de gaz et de pétrole aux Etats-Unis. Une quête énergétique dans laquelle la lutte contre le réchauffement climatique n’a pas sa place, et dans laquelle il a besoin de l’Europe pour exporter ses hydrocarbures.

Les États‑Unis, deuxième émetteur mondial de gaz à effet de serre derrière la Chine, sortent ce mardi de l’Accord de Paris sur le climat. Ils étaient déjà sortis une première fois en 2020 sous Donald Trump, avant que Joe Biden ne réintègre l’accord en 2021.

L’accord de Paris est le principal traité mondial de lutte contre le réchauffement climatique. Il a été adopté en 2015 par 196 pays lors de la COP21 et est juridiquement contraignant, même si les objectifs nationaux de réduction d’émissions restent fixés par chaque État.

Multilatéralisme, effort collectif, contraintes économiques : l’Accord de Paris concentre tout ce que Donald Trump rejette dans la gouvernance climatique internationale.

La lutte contre le rechauffement climatique à l’encontre des intérêts des américains

Dès sa réélection le 20 janvier 2025, il signe un décret qui prévoit la sortie de cet accord. Donald Trump justifiait cette décision par la priorité absolue donnée à l’économie américaine:

« La politique de mon administration est de placer les intérêts des États-Unis et du peuple américain au premier plan lors de l’élaboration et de la négociation de tout accord international susceptible de nuire à l’économie américaine ou de la freiner. »

En s’appuyant sur cet argument d’aller « contre les intérêts des américains », les Etats Unis vont ainsi quitter 66 organisations internationales dont 31 qui sont rattachées à l’ONU

Le 23 septembre dernier, dans un discours au vitriol à la tribune de l’ONU, Donald Trump va même jusqu’à parler d’arnaque climatique:

« Le réchauffement est une arnaque qui a un coût extrême. L’Europe a réduit son empreinte carbone de 37%… Pensez y, bravo l’Europe! Vous vous êtes privés de beaucoup d’emplois… Beaucoup d’usines ont fermé! »

Derrière ce discours, il s’agit d’abord de protéger les énergéticiens américains, l’industrie lourde et la stratégie de réindustrialisation du pays. L’un de ses slogans de campagne, « Drill, baby, drill », promettait une nouvelle ruée vers le pétrole et le gaz américains, avec à la clé davantage d’emplois et un pouvoir d’achat dopé par les exportations d’hydrocarbures.

GNL américain: le débouché européen

Le débouché européen devient alors central dans la stratégie énergétique de Donald Trump, qui s’impose en alternative au gaz russe.

Même si elle restait liée par des contrats de long terme avec des fournisseurs russes, l’Europe s’est peu à peu désengagée du gaz russe depuis le début de la guerre en Ukraine il y a quatre ans: les importations ont chuté d’environ 75% entre 2021 et 2025.

Malgré cette évolution, la Russie fournissait encore un peu moins de 20% des importations de gaz de l’UE en 2024. Les Etats membres viennent de donner lundi leur accord définitif pour interdire les importations de GNL russe d’ici fin 2026 et de gazoduc d’ici 2027.

En s’émancipant du gaz russe, l’Europe a en réalité surtout changé de dépendance, Moscou a été progressivement remplacé par Washington. Les importations européennes de GNL américain ont été multipliées par quatre entre 2021 et 2025. Aujourd’hui, les pays européens s’approvisionnent à près de 60% en GNL auprès des États-Unis.

Le think tank IEEFA alerte sur le risque géopolitique de cette nouvelle dépendance jugée excessive vis-à-vis des États-Unis, qui contredit l’esprit du plan REPowerEU, censé renforcer la sécurité énergétique de l’Union européenne.