Ce lundi 26 janvier, la Ville de Paris a dévoilé une liste de 72 noms de femmes scientifiques proposées pour figurer sur la frise des savants de la tour Eiffel, aux côtés des 72 hommes déjà inscrits depuis 1889 – une omission historique que la municipalité propose de corriger. Parmi ces femmes, une figure scientifique méconnue et originaire de Grenoble : Geneviève Jourdain.

Née en 1946 (et décédée en 2007), Geneviève Jourdain était une ingénieure et chercheuse dont la carrière s’est déroulée presque entièrement à Grenoble, au cœur de l’un des plus dynamiques pôles scientifiques de France.

Diplômée ingénieure de l’Institut national polytechnique de Grenoble (INP) – alors appelé ENSERG – en 1966, elle poursuit une carrière exceptionnelle dans la recherche scientifique, l’enseignement et la construction d’une discipline en pleine émergence.

Une pionnière du traitement du signal

Spécialiste du traitement du signal et des systèmes de télécommunications, Geneviève Jourdain a contribué de manière décisive à la structuration de ce domaine scientifique, aujourd’hui fondamental dans des technologies aussi variées que les communications sans fil, le traitement des images ou l’analyse numérique des données. 

Au-delà de ses travaux de recherche, Jourdain a également enseigné, dès les années 1970, la théorie de l’information, le traitement du signal et les télécommunications, à des générations d’ingénieurs et de doctorants, s’imposant comme une figure d’autorité respectée dans une communauté scientifique alors encore largement dominée par les hommes.

Elle a dirigé des laboratoires de recherche à Grenoble, dont le Centre d’études des phénomènes aléatoires et géophysiques (CEPHAG) en 1989, avant qu’il ne devienne le Laboratoire des images et des signaux (LIS), puis aujourd’hui le GIPSA-lab. Sous son impulsion, ces équipes ont exploré des applications novatrices du traitement du signal, intégrant des méthodologies expérimentales et théoriques à la pointe de l’époque.

Une résidence étudiante porte son nom à Grenoble

Pour son parcours scientifique exceptionnel, Geneviève Jourdain a été chevalier de l’Ordre national du Mérite en 1997, une distinction qui souligne l’impact de sa contribution à la recherche et à l’enseignement en France.

À Grenoble, son héritage est également visible dans l’espace urbain : une résidence étudiante du Crous porte son nom sur le campus scientifique de la Presqu’île, symbole de sa notoriété locale.

Vers une inscription historique sur la tour Eiffel

L’inclusion de Geneviève Jourdain parmi les 72 femmes scientifiques proposées pour rejoindre la frise des savants sur la tour Eiffel confère une reconnaissance symbolique du rôle fondamental que les femmes scientifiques ont joué dans l’avancement de la science en France. 

Ces noms doivent être soumis aux Académies des sciences, des technologies et de la médecine pour « avis », avant une validation finale pour initier les travaux, détaille la mairie dans un communiqué.

Si cette liste est validée, le nom de Geneviève Jourdain figurera bientôt en lettres d’or sur l’un des monuments les plus emblématiques du monde, aux côtés de pionnières telles que Marie Curie, la mathématicienne du XVIIIe siècle Sophie Germain ou encore la chercheuse en microbiologie mondialement reconnue Agnès Ullmann.

Compte tenu du manque d’archives, d’informations et de photographies de certaines femmes scientifiques, la ville de Paris a créé une adresse e-mail (72savantes@paris.fr) pour recueillir les témoignages ou les informations de toutes les personnes, notamment les descendantes et les descendants, qui voudraient participer à enrichir les données consignées.