Sommés de se positionner au sujet de Donald Trump, après la mort de deux Américains, tués les 7 et 24 janvier par la police fédérale de l’immigration américaine, les responsables politiques français naviguent entre trois positions.
Assumer, esquiver, ou condamner. Sommée de se positionner au sujet de Donald Trump, après la mort de deux Américains, tués les 7 et 24 janvier par la police fédérale de l’immigration américaine à Minneapolis, la classe politique française navigue entre ces trois positions. La droite nationaliste française en particulier, la plus élogieuse vis-à-vis du président américain et la plus ferme sur les questions migratoires, est mise sur le grill médiatique : faut-il toujours s’inspirer des méthodes de Donald Trump en matière migratoire ?
Anciens alliés désormais brouillés, Marion Maréchal et Éric Zemmour sont les seuls à avoir persisté dans leur discours pro-Trump. «Je n’ai pas changé et varié de ligne» au sujet du président américain, a lâché Marion Maréchal lundi sur France Inter. La présidente du parti Identité-Libertés (IDL) allié au Rassemblement national (RN) a évoqué «un certain nombre de combats communs avec lui», évoquant notamment «l’immigration». Évoquant un «incident malheureux», la députée européenne a pointé du doigt «des militants d’extrême gauche qui s’interposent» et rejeté l’idée, «suggérée» selon elle par cette séquence médiatique, qu’il y aurait «quelque chose de condamnable par principe au fait de lutter contre l’immigration clandestine».
Le RN se montre prudent
Un événement qui «nous concerne très indirectement» a-t-elle poursuivi, quand récemment, en France, une «femme de 90 ans a été violée par un clandestin sous OQTF». Sur BFM la veille, le patron de Reconquête Éric Zemmour, estimait que les faits étaient encore flous, renvoyant dos à dos la version des policiers et celle des manifestants. «Je n’approuve pas, éventuellement un meurtre, mais j’approuve la politique migratoire de Donald Trump dans son ensemble». Politique qu’il a qualifiée «d’énorme succès». Interrogé sur la possible duplication de la police fédérale de l’immigration en France, Éric Zemmour a souligné que «ce n’est pas les structures qui manquent, c’est la volonté politique».
Plus prudent vis-à-vis du président américain, le RN avait déjà pris ses distances après les velléités de Donald Trump sur le Groenland et la capture de Nicolas Maduro au Venezuela, soulignant son attachement au respect de la souveraineté populaire. Sans tirer à boulets rouges sur Donald Trump, le parti à la flamme joue la carte de l’équilibre. «Nous admirons son patriotisme», nous récusons ses «velléités impérialistes» et «la lumière doit être faite au sujet des bavures de la police de l’immigration», défendait ce matin un des principaux lieutenants du parti, le député de la Somme Jean-Philippe Tanguy. Chez l’UDR, allié au RN, le silence est de mise. Son patron, Éric Ciotti, a même supprimé discrètement ses tweets élogieux à propos de Donald Trump, comme l’a relevé Le Monde .
Seul le vice-président délégué du parti, Guilhem Carayon, estimait ce matin sur FranceInfo qu’il fallait «s’inspirer» des méthodes de Trump «sur le principe» en matière de lutte contre l’immigration. «À cela près qu’effectivement à chaque fois qu’il y a une bavure, à chaque fois qu’il y a un drame, c’est toujours regrettable», a-t-il nuancé. Sans surprise, l’ancien candidat aux législatives sous l’étiquette RN-UDR, Nicolas Conquer, a défendu bec et ongles l’ICE et le président américain. «Cette agence est là depuis de nombreuses années, elle n’a jamais été critiquée sous Obama, alors qu’il a expulsé trois missions de personnes», s’est étranglé le jeune franco-américain, relais de la sphère MAGA en France, qui n’est plus aujourd’hui à l’UDR.
La gauche crie au «fascisme»
Des Républicains (LR) au gouvernement en passant par le centre commun, la stratégie est plutôt celle du silence. Ni Bruno Retailleau ni Laurent Wauquiez, les deux têtes de LR, ne se sont exprimés pour le moment. Même le sénateur Claude Malhuret, pourtant coutumier des sorties anti-Trump, ne s’est pas fait entendre. De leur côté, Gabriel Attal comme le ministre des affaires étrangères Jean-Noël Barrot, ont condamné à plusieurs reprises la politique agressive de Washington au Groenland. Mais pas de déclaration remarquée sur la police de l’immigration depuis la mort du deuxième manifestant samedi. «Je n’ai pas pour habitude de commenter ce qui se passe dans un pays qui n’est pas le nôtre», évacuait ce matin la ministre des Armées Catherine Vautrin sur RTL, se contentant d’appeler à un vague «respect des droits de l’homme partout dans le monde».
Constante dans sa critique du président américain, la gauche, en revanche, a sauté sur l’occasion pour pointer du doigt une dérive «fasciste» de Donald Trump et pour y associer «l’extrême droite» française favorable à Trump, accusée de vouloir importer la même violence. C’est une «milice raciste et fasciste», fulminait ce matin la présidente du groupe France insoumise (LFI) à l’Assemblée, Mathilde Panot. Le parti dépose même une résolution «pour demander à ce que la France condamne ces exactions et demande des sanctions contre les actions de l’ICE qui les ont commises».
Sur BFM, le coordinateur du mouvement Manuel Bompard reprenait le qualificatif de «fasciste», adossé au pouvoir trumpiste. L’ICE, la fameuse police fédérale de l’immigration, bras armé de la politique anti-immigration de Donald Trump, est «une police de l’immigration qui agit dans aucun respect des principes de bases de l’état de droit», ajoutait-il. La patronne des Écologistes, Marine Tondelier, a employé le même terme sur X, évoquant une «bascule fasciste» et «une violence d’État toujours plus déchaînée». «Voilà ce qui arrive quand l’extrême droite et ses idées arrivent au pouvoir. La haine des migrant·es et des opposant·es conduit inévitablement à leur mort», écrivait-elle.
Le 11 janvier, quatre jours après a mort de la première manifestante, Olivier Faure avait été l’un des premiers à réagir, en écrivant au maire de Minneapolis pour lui manifester son soutien. «Donald Trump s’occupe de nous. Eh bien nous, nous allons nous occuper de lui aussi», disait-il ce jour-là sur BFM. «Les Européens doivent avoir l’audace, la force, aussi de condamner ce qui se passe chez Donald Trump. (…) Aux États-Unis, il y a aujourd’hui des gens qui se font descendre par une police à laquelle on donne aujourd’hui tous les droits et qui est parée de toutes les vertus.»