Par
Antoine Blanchet
Publié le
27 janv. 2026 à 22h04
; mis à jour le 27 janv. 2026 à 22h06
Ils n’ont pas cru à la thèse accidentelle. Ce mardi 27 janvier 2026, le tribunal correctionnel de Paris a condamné l’ex sénateur Joël Guerriau pour avoir drogué à son insu la députée Sandrine Josso. Une peine de quatre années de prison a été prononcée à son encontre dont 30 mois avec sursis probatoire. Un mandat de dépôt à effet différé a été prononcé pour la partie de 18 mois ferme. Une obligation de soins, une interdiction de contnact avec la victime et une inégibilité de cinq ans ont également été ordonées. Il devra aussi verser 5 000 euros à Sandrine Josso en guise de préjudice moral.
Erreur et horreur
Le délibéré a été rendu au terme de deux jours de débats intenses. Face aux juges, le prévenu a expliqué avoir commis les faits par étourderie. La drogue, récupérée auprès d’un collègue sénateur, aurait été mise dans une coupe de champagne la veille des faits puis avait été réutilisée par inadvertance au cours du dîner avec la députée. Joël Guerriau avait relaté souffrir de troubles dépressifs à cette période, expliquant les raisons de cette erreur.
De son côté, la victime est revenue sur la soirée en pleurs. Ce moment où après l’ingestion du champagne chez le sénateur, elle avait commencé à se sentir mal. Elle a assuré que le prévenu avait eu une attitude inhabituelle à son égard et que l’intention sexuelle de Joël Guerriau ne faisait aucun doute.
La question de l’intention sexuelle
Cette question de l’intentionnalité a été âprement débattue dans le prétoire ce mardi au second jour d’audience. Côté partie civile et ministère public, on a soutenu la thèse que l’acte de droguer la députée avait un mobile sexuel. Il s’agirait bien de soumission chimique. Parmi les éléments à charge : des recherches faites sur le sujet par le prévenu quelques semaines avant les faits. Le parquet a requis dans ce sens quatre ans de prison à l’encontre de Joël Guerriau, dont une année avec sursis.
À la défense, les deux avocats du prévenu ont pointé du doigt le manque d’élements permettant de caractériser l’infraction. Dans sa plaidoirie, Me Henri Carpentier a pointé du doigt la vague d’émotion qu’a suscité l’affaire : « Dans ce dossier, on a tout pris de manière certaine que c’était de la soumission chimique ». Pour ce dernier, l’hypothèse de l’erreur paraît absurde, mais plausible.
« Je suis totalement abattu »
« Il sait que Sandrine Josso est attendue par son groupe parlementaire deux heures plus tard, et il serait assez fou pour la droguer et ensuite la violer ? Alors qu’elle est attendue ? », a questionné le pénaliste. Sa consoeur Me Marie Roumiantseva n’hésite pas à remettre en question la version de la victime : « Le ressenti de Sandrine Josso sur l’attitude de Joël Guerriau est complètement faussé par les effets de la drogue ». Elle demande au tribunal la relaxe de son client.
Entendu une dernière fois avant le délibéré, le sénateur s’est exprimé avec fatigue : « Je suis totalement écrasé par ce que le procureur a requis. Je n’ai jamais eu l’intention de commettre une agression ou de faire du mal à madame Josso. Je suis totalement abattu ».
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Finalement, le tribunal a suivi les réqusitions en reconnaissant l’administration d’une substance nuisible dans le but de commettre un viol ou une agression sexuelle. « Le tribunal a retenu l’extrême gravité des faits », a indiqué le président. Émue, Sandrine Josso a serré ses proches dans ses bras à l’issue du délibéré.
Le prévenu dispose de dix jours pour faire appel de la décision.
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