À huit jours de son retour en équipe de France, Antoine Dupont plane déjà sur le Tournoi des 6 Nations. À Édimbourg, lors du lancement officiel de la compétition, sélectionneurs et capitaines n’ont parlé que de lui. Ou presque…
Lundi matin, le Tournoi des 6 Nations s’est officiellement lancé à Édimbourg. En plein centre-ville, dans ce décor de pierres sombres et de pavés usés par l’histoire, sélectionneurs et capitaines de la compétition se sont retrouvés pour la traditionnelle photo de famille. Un moment suspendu, que le patron des Bleus Fabien Galthié résuma d’ailleurs d’une formule bien trop improbable pour qu’elle ne soit pas de lui : « Comme dirait Socrate : que rêver de mieux quand on aime le rugby ? »
Derrière les sourires des uns, les poignées de main des autres et les envolées lyriques de l’enfant du Lot, un nom revenait pourtant dans les conversations, celui d’Antoine Dupont. Absent des joutes internationales depuis sa grave blessure au genou survenue l’an passé, lors du succès français à l’Aviva (27-42), le capitaine des Bleus s’apprête à retrouver la scène internationale dans huit jours. À Édimbourg, on s’est donc amusé à passer de géant en légende, en demandant à chacun des acteurs présents son opinion sur le numéro 9 tricolore. Gregor Townsend, sélectionneur de l’Écosse, s’est chargé de planter le décor : « Antoine Dupont est exceptionnel depuis quelques années. Vous ne voyez pas souvent, sur un terrain de rugby, un joueur capable de tout faire : taper loin des deux pieds, casser des plaquages, avoir une passe aussi vive que précise, ou bien plaquer comme un troisième ligne. L’affronter est un cauchemar. Personne n’aime avoir à défendre face à lui. » Le mot est lâché : cauchemar. Comme si Dupont hantait les semaines de préparation des uns et des autres, de Rome à Glasgow.
Même son de cloche du côté de l’Irlande, pourtant habituée à dominer le Tournoi ces dernières saisons. Caelan Doris, capitaine du Trèfle et du grand Leinster, observe le retour du Français comme on surveille une menace naturelle : « J’ai l’impression qu’il joue comme s’il n’était jamais parti et après neuf mois de convalescence, son retour est vraiment impressionnant. Sachant que la France joue un rugby expansif et imprévisible quand Antoine Dupont est sur la pelouse, il nous faudra être très méfiants dans dix jours, notamment autour des regroupements où il crée souvent du danger. »
L’Italie, elle, regarde la France avec un mélange d’admiration et de lucidité. Gonzalo Quesada, sélectionneur de la Squadra Azzurra, développe ainsi l’argumentaire de Doris : « Antoine Dupont est le meilleur parce qu’il ne cesse jamais de progresser et qu’il possède une force de caractère impensable. » Avant d’ajouter, comme pour élargir le débat : « Au-delà de ce cas précis, quand tu peux te passer de joueurs comme Gaël Fickou, Damian Penaud ou Grégory Alldritt, c’est que tu disposes d’une incroyable puissance de feu. Ces trois noms sont des monuments du rugby et seraient titulaires dans toutes les sélections du monde. »
Le meilleur rugbyman de sa génération
À Glasgow, Sione Tuipulotu a récemment recroisé le capitaine tricolore en Champions Cup. Il raconte : « Dupont est hors-norme, il n’y a aucun doute là-dessus. J’étais d’ailleurs très heureux de l’affronter ce soir-là à Glasgow parce que des rugbymen tels que lui, on aime avant tout les voir sur le terrain, pas à l’infirmerie. » Une phrase simple, presque fraternelle, qui dit l’essentiel : le rugby est plus beau quand Dupont le pratique. Même l’Angleterre, souvent avare de compliments lorsqu’il s’agit du grand Satan gaulois, s’incline. « Toute équipe ajoutant Antoine Dupont à son effectif devient une meilleure équipe, tranche le talonneur Jamie George. Au-delà d’être l’actuel meilleur joueur du monde, il est à mes yeux le meilleur rugbyman de sa génération. »
Reste l’ultime nuance, celle émise par l’Italien Michele Lamaro, qui rappelle en ces termes la dure loi du Tournoi : « Il a toujours été le meilleur joueur du monde et le reste, évidemment. Mais après cette longue indisponibilité, Antoine Dupont fait aujourd’hui face à un sacré challenge : parce que le Tournoi des 6 Nations est une bête différente ; c’est, de loin, la compétition la plus exigeante de toutes. » De toute évidence, l’épreuve reine n’a pas encore commencé qu’elle possède déjà son fil rouge : le retour du roi et, avec lui, la promesse d’un rugby plus grand.