Le vieillissement s’accompagne de nombreux changements comportementaux que nous attribuons souvent au processus naturel de l’âge. Parmi ces modifications, l’apathie – caractérisée par une perte d’intérêt et d’initiative – est fréquemment négligée comme indicateur potentiel de démence. Pourtant, plusieurs spécialistes en neurologie mettent en garde contre cette sous-estimation qui peut retarder des diagnostics cruciaux et compromettre la prise en charge précoce des troubles cognitifs.
Reconnaître l’apathie comme signal d’alarme neurologique
L’apathie se manifeste par une diminution notable de la motivation et de l’intérêt pour les activités autrefois appréciées. Le Dr Adel Aziz, spécialiste des troubles cognitifs au JFK University Medical Center, souligne que « l’apathie représente la perte des comportements orientés vers un but » et constitue un des premiers indicateurs de certaines formes de démence, particulièrement la démence frontotemporale.
Cette manifestation subtile peut prendre diverses formes dans la vie quotidienne :
- l’abandon progressif des activités sociales habituelles ;
- la perte d’intérêt pour des loisirs auparavant appréciés ;
- la diminution des initiatives et de la planification ;
- une réduction de l’expression émotionnelle ;
- un repli sur soi croissant sans explication apparente.
Contrairement aux symptômes plus évidents comme les pertes de mémoire, l’apathie passe souvent inaperçue car elle ne provoque pas de détresse active. Une étude publiée en 2020 dans Alzheimer’s & Dementia confirme cette corrélation entre apathie précoce et développement ultérieur de troubles cognitifs significatifs.
Double impact : symptôme et accélérateur de démence
Le neurologue Daniel Lesley de la plateforme Remo Health met en lumière un aspect particulièrement préoccupant : l’apathie n’est pas seulement un symptôme, mais peut également aggraver le déclin cognitif. « Elle réduit la capacité d’adaptation face à la diminution des fonctions cérébrales », explique-t-il, créant ainsi un cercle vicieux particulièrement dangereux.
Ce mécanisme s’explique par l’abandon progressif des facteurs protecteurs de la santé cognitive que sont :
- Les interactions sociales régulières.
- L’activité physique.
- La stimulation intellectuelle (lecture, jeux de réflexion).
- Une alimentation équilibrée.
- Un sommeil de qualité.
Cette spirale négative amplifie la vitesse de détérioration des capacités cognitives, transformant un symptôme initial en facteur aggravant. Les personnes apathiques réduisent progressivement leur engagement dans ces activités neuroprotectrices, accélérant ainsi leur déclin.
Différencier l’apathie de la dépression pour un diagnostic précis
La difficulté majeure pour les proches et les soignants réside dans la distinction entre apathie liée à un trouble cognitif et symptômes dépressifs. Le Dr Katherine Amodeo du New York Medical College insiste sur cette nuance fondamentale : « On peut avoir l’impression que la personne se désintéresse ou qu’elle est déprimée, alors que le mécanisme neurologique sous-jacent est tout autre ».
Pour affiner l’observation, les spécialistes recommandent de porter attention à d’autres manifestations potentiellement associées à la démence.

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Les troubles progressifs de la mémoire, particulièrement pour les événements récents, représentent un indicateur majeur. Des difficultés langagières comme chercher ses mots ou perdre le fil d’une conversation peuvent également apparaître. Les problèmes d’orientation spatiale et temporelle, les changements d’humeur inexpliqués et les hallucinations constituent d’autres signaux d’alerte significatifs.
Face à ces observations, seule une consultation spécialisée permettra d’établir un diagnostic différentiel précis entre dépression, vieillissement normal et processus neurodégénératif débutant. L’évaluation professionnelle reste indispensable pour déterminer l’origine exacte de l’apathie et proposer une prise en charge adaptée.
Vigilance et intervention précoce : les clés d’une meilleure prise en charge
Repérer l’apathie comme possible signe avant-coureur de démence permet d’initier plus rapidement les interventions nécessaires. La détection précoce offre davantage d’options thérapeutiques et permet de ralentir potentiellement la progression des troubles cognitifs grâce à une stimulation adaptée et des traitements ciblés.
Les proches jouent un rôle crucial dans cette vigilance quotidienne. Un changement progressif dans les habitudes sociales ou les centres d’intérêt mérite une attention particulière, surtout s’il s’accompagne d’autres modifications comportementales ou cognitives.
L’apathie, loin d’être une simple fatigue ou un désintérêt passager, peut constituer un signal neurologique important à ne pas négliger dans notre compréhension des troubles cognitifs liés à l’âge.