Par
Mathieu Alfonsi
Publié le
27 janv. 2026 à 19h54
; mis à jour le 27 janv. 2026 à 20h14
« Je suis infirmière libérale, je bosse beaucoup, et pour mes premières vacances de l’année j’avais envie de tranquillité, d’être au bord de la piscine sans qu’il y ait de gosses qui crient ou qui pleurent. » L’année dernière, Agathe a cédé à la tentation des vacances « no kids ». Avec l’une de ses amies, elle a opté pour un hôtel qui n’accueillait pas d’enfants à Ibiza. Ce qu’elle explique principalement par son envie de calme et de repos.
La tranquillité, c’est aussi la promesse des nouveaux wagons Optimum et Optimum Plus de la SNCF, lancés le 8 janvier 2026 et accessibles à partir de 12 ans. Car ces espaces « no kids » trouvent, comme Agathe, des adeptes.
La SNCF sous le feu des critiques
En interdisant l’accès aux enfants, la SNCF n’a pas manqué de s’attirer les foudres de nombreux observateurs.
« Lorsqu’on donne le sentiment que le confort des adultes passe par l’absence d’enfant, c’est choquant. […] Voyager avec des enfants, ce n’est pas un problème à corriger, mais une réalité à accompagner », a réagi la Haute-Commissaire à l’enfance Sarah El Haïry.
Ce mardi 27 janvier, le PDG de la SNCF Jean Castex a tenté de déminer la situation, en direct de Lille Europe, selon l’AFP : « Notre entreprise est à des années-lumière des polémiques ‘no kids’ et, je le redis, les enfants sont les bienvenus et nous nous adaptons tous les jours pour qu’ils soient les bienvenus dans nos trains. »
Il n’empêche, la tendance « no kids » trouve son public. Certains amateurs ont accepté de nous répondre, et de nous expliquer pourquoi ils se rendent dans ce type d’endroits.
Besoin de calme
Lucile se rend régulièrement dans des restaurants ou des hôtels qui n’acceptent pas d’enfants. La sexagénaire explique avoir besoin de calme, lié à son travail, qui l’amène à se déplacer régulièrement et à participer à des repas d’affaires.
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Si elle ne choisit pas ces espaces spécifiques, elle prend très souvent soin de demander, au moment de la réservation, une chambre ou une table où elle est assurée de ne pas être dérangée. Et elle évite soigneusement les lieux où elle risque de croiser des enfants.
C’est évident qu’il y a des endroits où je ne vais pas aller : si je voyage en juillet-août, je ne vais pas aller dans un camping avec une piscine, par exemple. On ne peut pas se plaindre si on va dans la gueule du loup.
Lucile
Même son de cloche pour Laurence, 43 ans : « Je prends des congés presque systématiquement hors des vacances scolaires, je privilégie les lieux sans enfants. » D’autant plus que la quadragénaire est misophone.
Selon la Fondation pour l’audition, ce trouble se caractérise par une « aversion intense envers des sons ou bruits spécifiques », qui « déclenche une réaction émotionnelle disproportionnée lors de l’exposition sonore, pouvant aller de l’irritation à la colère, voire à une profonde détresse ».
Ainsi, Laurence, qui se dit « sincèrement de gauche », assume ses choix de vacances depuis ses 30 ans, même si elle sait qu’ils ne sont pas « politiquement corrects ». « Les cris aigus, les comportements non adaptés selon moi en société, dans les avions, dans les trains… Le temps, c’est une des choses qu’on ne peut pas acheter. Je veux profiter de la vie en étant au calme. Pour pouvoir échanger avec des adultes sans être coupée sans arrêt », développe-t-elle, avant de préciser : « Je parle bien sûr des enfants sans handicap, sans maladie ou trouble. »
Romantisme et faire des rencontres
Lise et Colin, jeune couple presque trentenaire, ont sauté le pas en choisissant un hôtel « all inclusive », où les enfants n’étaient pas admis. Un choix justifié par le besoin de tranquillité, de repos, et la recherche d’un environnement romantique.
« Quitte à aller dans le luxe, on avait envie de faire les choses à fond, plutôt que de se risquer à être dans un endroit qui fasse Club Med ou colonie de vacances », explique Lise. « C’était pour avoir une ambiance entre adultes, c’était que des couples autour de nous, on restait dans un cadre plutôt romantique que familial. »
Autre raison avancée par Agathe pour motiver son choix : les espaces sans enfants sont, selon elle, plus propices aux rencontres entre célibataires. « Vu qu’on est deux copines célibataires sans enfant, on s’est dit qu’on aurait plus de chances de rencontrer des personnes de notre profil », raconte l’infirmière de 28 ans.
Il y avait un bar au bord de la piscine, de l’alcool, tu te sens pas gênée de vivre, d’être en maillot, de danser. Devant des enfants, je n’ai pas forcément envie d’être alcoolisée. Donc ça te laisse un peu plus de liberté.
Agathe
Pas de problèmes avec les enfants, mais…
Ces personnes interrogées avancent ne pas avoir trop de souci avec les enfants, bien qu’aucune d’entre elles n’en ait à ce jour. En revanche, c’est plutôt le comportement des parents qui dérange certains.
« Dans certains lieux publics, tu as de quoi changer ton enfant, et certains parents laissent du caca, des couches pleines… Les enfants qui tapent des crises dans des centres commerciaux, j’ai plutôt l’impression que c’est la faute des parents », critique Agathe.
Laurence et Lucile fustigent les « enfants rois » et « l’éducation Montessori » – en référence à la méthode pédagogique éponyme, qui encourage l’enfant à apprendre seul et à son rythme, mais critiquée par certains observateurs.
Il y a des familles qui font très bien les choses. Il faut bien éduquer les enfants à aller au restaurant, à prendre le train… Le problème, c’est l’éducation laxiste de certaines familles qui savent qu’ils ont des gamins ingérables, sans que ça ne les gêne, que ce soit à nous de s’habituer, et que l’excuse soit : c’est normal, ce sont des enfants.
Lucile
C’est bien « l’éducation » et non « les enfants » qui la dérange. D’ailleurs, si elle prend le train avec des adultes qui hurlent au téléphone, elle n’hésite pas à intervenir.
Le prix à payer
Si se rendre dans des espaces « no kids » coûte souvent plus cher, Lucile n’hésite pas à mettre le prix pour acheter sa tranquillité. Et, à l’inverse, elle a déjà demandé une réduction lorsqu’elle a mangé dans un restaurant acceptant les enfants, mais où elle a estimé avoir été dérangée outre mesure.
« Moi, ça m’est déjà arrivé d’être dans des restaurants, et de prendre ni café, ni dessert. C’était un tel bazar que j’ai moins consommé », raconte-t-elle, avant d’avouer avoir demandé une réduction. Elle se justifie : « Dans le prix du plat, on paye l’environnement, le décor, l’ambiance, la musique, on achète un tout… »
La sexagénaire considère même que la famille devrait payer plus, car elle enlève un potentiel gain aux restaurateurs.
On travaille, on paye une nuit d’hôtel, mais on doit subir le bazar parce que les enfants ont le droit de pleurer ? Non, je suis désolée, dans ce cas-là, ma chambre doit diminuer de 50 %. Malheureusement, aujourd’hui, j’en suis à payer plus, alors que, si c’est ingérable, on devrait me rembourser une partie.
Lucile
Pour Laurence, même si, « avec le temps », elle est « ok pour payer plus cher [sa] tranquillité », elle préférerait que chacun fasse « des efforts pour respecter les autres ».
Ces personnes sont-elles prêtes à payer plus cher pour les nouveaux wagons Optimum de la SNCF ? Colin et Lise n’iront pas, en tout cas. « Si c’est 5 h de train à côté d’enfants, ça ne me dérange pas au point de payer plus cher pour avoir un wagon sans enfant. C’est intéressant d’apporter une offre différente. Mais sur le fond, c’est quand même un peu spécial de les interdire de certains endroits », détaille le jeune homme.
Si Agathe n’ira pas jusqu’à emprunter ces wagons, ce n’est pas le cas de Laurence et Lucile, qui y monteront volontiers. Mais, pour cette dernière, la classe Optimum n’est pas obligatoire pour gagner en tranquillité : « On sait très bien qu’en première classe, avec les suppléments, on va éviter les enfants. »
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