Des dizaines de milliers d’œuvres spoliées par les nazis n’ont jamais été restituées à leurs propriétaires légitimes. Plus de 80 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne franchit un cap historique en créant un nouveau tribunal arbitral pour tenter de réparer cette injustice.
A Berlin, ces pièces médiévales attirent des dizaines de milliers de visiteurs, mais le trésor des Guelfes font aussi office d’une bataille judiciaire menée depuis des années par Jörg Rosbach, l’avocat qui représente les descendants d’Alice Koch.
En 1935, sous la pression des nazis, elle a vendu ses parts de l’ensemble pour pouvoir s’enfuir vers la Suisse. Ses héritiers réclament leur restitution et ont apporté de nouveaux éléments au dossier.
« Nous avons soumis des documents en 2022 qui démontrent clairement que la vente du trésor des Guelfes était motivé par la persécution raciale des parties concernées », explique Jörg Rosbach mardi dans le 19h30.
Le contentieux est désormais entre les mains de la nouvelle juridiction arbitrale sur les spoliations nazies.
Avancée historique
Sur les plus de 600’000 œuvres spoliées par les nazis, 70’000 n’ont toujours pas été restituée.
Jusqu’à présent, les musées allemands pouvaient refuser de coopérer, mais ce ne sera plus possible avec le nouveau tribunal. Il représente un tournant majeur pour son président.
« Le fait de mettre en place une procédure contraignante, de soumettre ces cas à un tribunal arbitral indépendant, c’est un signe de la volonté de l’Allemagne d’assumer nos responsabilités pour le passé avec plus de rigueur qu’auparavant », estime Peter Müller, président du tribunal arbitral sur les spoliations nazies.
Insuffisant pour les organisations juives
L’avancée est saluée par les organisations juives, même si elles la juge insuffisante. Selon Rüdiger Mahlo, représentant de la Claims Conference, seule une loi de restitution permettra de réparer toutes les spoliations. « L’arbitrage ne s’applique qu’aux musées et plus particulièrement aux institutions publiques allemandes. Il ne concerne pas les œuvres d’art spoliées qui se trouvent actuellement entre les mains de particuliers. »
Alors que d’innombrables œuvres spoliées échappent encore à toute procédure, le gouvernement allemand s’est engagé à faire voter une loi de restitution avant la fin de son mandat.
Anne Mailliet/juma