Selon un sondage Cluster17-Le Grand Continent, le président américain ne jouirait plus d’une image très reluisante au sein des opinions européennes. Jusqu’à cliver les partis de droite, notamment en France.

La Trumpmania a-t-elle vécu en Europe ? C’est l’enseignement du dernier sondage Cluster17-Le Grand Continent paru ce mercredi. Les sondeurs ont notamment demandé aux citoyens de plusieurs pays européens leur avis sur l’action du président américain.

S’agit-il de la capture soudaine de Nicolas Maduro ? Du déni des bavures mortelles de l’ICE à Minneapolis ? De la logorrhée anti-européenne de Donald Trump à Davos ? Toujours est-il qu’en France, l’aura du président américain en prend un coup. Ses soutiens publics se font plus discrets, alors qu’il était encensé par une partie de la droite française il y a encore quelques mois. On peut distinguer deux blocs électoraux distincts. Le premier, situé à gauche et au centre, rejette massivement Trump : ce sont les sympathisants de La France Insoumise (78 %), des Écologistes (72 %) et de Renaissance (73 %) qui le considèrent le plus comme un « ennemi ».

L’électorat du RN partagé

La question est plus intéressante à observer à droite, où le soutien est plus ambivalent. Seuls 7 % des sympathisants du Rassemblement national (RN) voient en Trump un « ami ». La majorité (56 %) se réfugie plutôt dans la neutralité (« ni l’un ni l’autre »). Le POTUS ne trouve grâce qu’aux yeux d’une partie (20 %) des sympathisants du parti identitaire Reconquête, et une frange (18 %) du RN. « Les électeurs du Rassemblement national sont presque systématiquement partagés à parts égales entre le soutien et le rejet du président américain, ce qui rend difficile la définition d’un positionnement pour leurs leaders », observe auprès du Point Gilles Gressani, directeur de la revue Le Grand Continent. « C’est une constante en Europe pour les dirigeants qui avaient salué positivement la victoire de Trump, de Jordan Bardella à Giorgia Meloni. Comme l’a dit le Premier ministre belge, qui siège dans le même groupe que la présidente du Conseil italien : “Être un vassal heureux est une chose. Être un misérable esclave en est une autre”. »

Plus largement, le baromètre révèle une méfiance profonde des Européens à l’égard de Trump, perçu par une majorité comme une menace directe pour la stabilité du continent. 51 % des sondés le considèrent en effet comme un « ennemi de l’Europe », contre seulement 8 % qui voient en lui un « ami ». Cette perception est particulièrement marquée en France, en Allemagne et en Belgique, où plus de 55 % de la population adopte cette vision hostile.

« Donald Trump est en train d’opérer une consolidation inédite de l’arc progressiste et de provoquer un clivage profond au sein de l’espace trumpiste, poursuit Gilles Gressani. L’opinion publique européenne pose désormais majoritairement un diagnostic sévère et exige de plus en plus de résister au projet de vassalisation de Donald Trump ».

Le tournant pris par l’administration Trump inquiète. Seuls 10 % des Européens estiment qu’il respecte les principes démocratiques, tandis que 44 % jugent qu’il a une tendance autoritaire. Et 44 % vont jusqu’à dire qu’il se comporte en « dictateur ». Sa politique étrangère, illustrée par son appétit pour le Groenland et l’intervention au Venezuela, est largement interprétée comme une forme de « recolonisation et de prédation des ressources mondiales » par 64 % des personnes interrogées.

Face à la dégradation des relations transatlantiques, l’opinion européenne semble basculer vers une volonté d’indépendance. 73 % des sondés estiment par exemple que l’Europe ne doit plus compter que sur elle-même pour sa défense. Une majorité préconise de garder la même distance entre les États-Unis et la Chine, refusant l’alignement systématique sur Washington. Et en cas d’intervention militaire américaine au Groenland, 63 % seraient favorables à l’envoi de troupes européennes pour protéger la souveraineté du territoire !

En Allemagne, l’électorat de l’AfD divisé

En Allemagne, où l’électorat est historiquement atlantiste, le trumpisme crée des remous dans la vie politique. Si 3 % des électeurs de la CDU (libéraux conservateurs) considèrent Trump comme un démocrate, jusqu’à 51 % des chrétiens-démocrates le qualifient de « dictateur ». Plus à droite, même les électeurs de l’AfD – parti très proche de Trump – sont partagés, à l’image de ceux du RN en France : 43 % pensent que Trump agit de façon « légitime » sur la scène internationale, mais pour 40 %, il agit de façon « prédatrice ».

Les mêmes dynamiques sont à l’œuvre en Italie dans le parti de Giorgia Meloni. Finalement, malgré les positions pro-Trump de certains leaders de droite radicale, l’électorat ne suit pas toujours, et s’interroge sur l’indépendance de l’Europe par rapport aux États-Unis. La géopolitique s’immisce de plus en plus dans les vies politiques européennes : en France, en Italie, en Allemagne et en Espagne, plus d’un électeur sur deux intègre la capacité à s’opposer aux ingérences américaines comme un futur critère de vote.