Le 22 juin 2022, Lisa, 11 mois, avait succombé à près de quatre heures de souffrances malgré les efforts acharnés des pompiers et médecins, les voies respiratoires et l’appareil digestif brûlés au dernier degré. Une affaire qui avait suscité une très forte émotion au niveau national. Myriam Jaouen, titulaire d’un CAP petite enfance, et d’une « immaturité » attestée plus tard par les psychiatres, âgée de 27 ans au moment du drame, était seule ce jour-là à accueillir les pensionnaires de la micro-crèche Danton Rêve du groupe People & Baby. Elle avait finalement reconnu avoir fait boire au bébé une partie d’une bouteille de ce produit éminemment corrosif « pour qu’elle s’arrête de pleurer ». Le 3 avril 2025, la cour d’assises du Rhône a condamné l’employée de crèche à 25 ans de prison. Le parquet de Lyon a fait appel du verdict, parce que les jurés de la cour d’assises ont écarté la qualification de meurtre pour ne retenir que la torture et l’acte de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Le procès en appel se tient, à partir de ce mercredi 28 janvier, à Bourg-en-Bresse.
En quête d’une « explication rationnelle »
Le procès en première instance a laissé deux questions en suspens. La première « reste froidement sans réponse : pourquoi ? », s’était interrogé l’avocat général. « Quelle explication rationnelle à faire ingérer de l’acide sulfurique à une enfant ? Il n’y en a pas », avait répondu Maylis Leduc, l’avocate de Myriam Jaouen, sans pouvoir apporter d’autre réponse que celle d’une « violence pulsionnelle ». Les experts psychiatres n’ont trouvé aucune « pathologie mentale » chez la jeune femme mais des capacités intellectuelles « dans la limite faible de la normalité » et une « immaturité affective » évidente.
Julia Coppard, son autre avocate, a aussi évoqué un « moment de bascule » pour une jeune employée dépassée par un métier pour lequel elle n’avait pas les compétences.
Le système des crèches privées mis en cause ?
D’où la deuxième question soulevée dès avant le premier procès : la responsabilité du système des crèches privées dans ce drame ? Question qui avait déclenché des enquêtes administratives, parlementaire et journalistiques, épinglant notamment les difficultés à trouver du personnel et la course au rendement. Myriam Jaouen, recrutée trois mois plus tôt, était seule pour accueillir les petits ce matin-là. Comme de nombreux autres jours, selon des parents, dans une structure clairement « en sous-effectifs », ont souligné les enquêteurs. La directrice de la crèche avait concédé à la barre « l’erreur de recrutement » d’une jeune femme qui « manquait d’expérience » et de « patience », « mal à l’aise avec un bébé dans les bras »…
La controverse a été à peine évoquée au premier procès. Les parents de Lisa avaient expressément souhaité ramener les débats au cas du « monstre » qui avait tué leur fille. Myriam Jaouen n’avait pas montré beaucoup d’émotions au procès mais l’avait clos par un « je regrette tellement… ».