Au terme d’auditions qui doivent se poursuivre mercredi, la Haute Cour devra déterminer si la «Met Police» a agi légalement en recourant à ces caméras dites «LFR» (Live facial recognition) dans des lieux publics.

La Haute Cour de Londres a commencé mardi à examiner le recours d’un homme faussement identifié comme suspect par la police sur la base de caméras de reconnaissance faciale fonctionnant en direct, une contestation inédite de cette technologie que le Royaume-Uni a déployée à grande échelle.

Au terme d’auditions qui doivent se poursuivre mercredi, la Haute Cour devra déterminer si la «Met Police», comme est surnommée la police de Londres, a agi légalement en recourant à ces caméras dites «LFR» (Live facial recognition) dans des lieux publics.


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La «Met» utilise cette technologie pour scanner les visages des passants et comparer leurs données biométriques avec celles de milliers de personnes figurant sur une liste d’individus recherchés. Le Royaume-Uni est le seul pays européen à avoir déployé cette technologie à grande échelle.

800 personnes arrêtées en 2025 grâce à cette technologie

L’affaire devant la Cour remonte à février 2023, lorsque Shaun Thompson, qui travaille comme bénévole dans la prévention de la violence auprès des jeunes, s’est vu interpeller dans le centre de Londres pour un contrôle d’identité après avoir été identifié à tort par ces caméras comme figurant sur une liste de personnes recherchées.

M. Thompson a introduit le recours avec Silkie Carlo, responsable d’une organisation de défense des libertés civiles, Big Brother Watch. L’avocate de la police, Anya Proops, a assuré devant la Cour que l’affaire était «dénuée de tout fondement» et pourrait avoir «des conséquences dramatiques» si la police limitait l’utilisation de la LFR à des lieux liés à des personnes recherchées.

«Pour la police, la reconnaissance faciale en direct est un outil immensément efficace et puissant qui nous permet de localiser des personnes lorsque nous ignorons où elles sont», a souligné Mme Proops. Quelque 800 personnes ont été arrêtées en 2025 grâce à cette technologie, a indiqué la police dans un document enregistré auprès de la Cour.

Un «œil qui ne cligne jamais»

Mais la technologie fonctionne «à une vitesse incroyable» avec un «nombre énorme de personnes innocentes dont les données biométriques sont recueillies», a rétorqué Dan Squires, l’avocat de Shaun Thompson et de Big Brother Watch, la qualifiant d’«œil qui ne cligne jamais».


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L’an dernier, la Met a utilisé la reconnaissance faciale en direct plus de 200 fois, capturant environ quatre millions de visages, a-t-il affirmé. Avec en moyenne «une alerte erronée» pour 33.000 personnes observées, soit environ 10 fausses alertes par mois, a-t-il poursuivi, ajoutant que la mésaventure de Shaun Thompson n’avait rien d’«extraordinaire».

La politique actuelle de la Met lui permet de déployer des caméras de LFR dans des zones à forte criminalité ou avec des infrastructures nationales jugées essentielles. Mais les deux parties divergent sur la surface de la capitale britannique potentiellement couverte par ces caméras. Deux juges devront évaluer si la politique d’utilisation de la LFR offre des garde-fous adéquats, ou si elle est arbitraire. La décision pourrait ne pas intervenir avant plusieurs mois.