Le gouvernement a fait face à des motions de censure, les vendredi 23 et mardi 27 janvier, après avoir fait passer par 49.3 la première puis la seconde partie du budget (« recettes » et « dépenses »). Les motions de censures sont venues du RN et de l’UDR, d’un côté ; des groupes de gauche hors Parti socialiste de l’autre. Celle de gauche a recueilli 269 voix sur les 288 qui auraient été nécessaires à son adoption, vendredi dernier.
Pour garantir la non-censure des Socialistes – ce qui dans le cas contraire aurait suffi à renverser le gouvernement -, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait lâché au PS quelques mesures sociales. Parmi ces mesures : la promesse de ne pas toucher aux aides aux logement, les APL. De fait, les APL ne seront pas gelées, comme cela avait été initialement envisagé. Le texte du budget de la partie « dépenses », tout juste diffusé, le confirme. Et les APL seront bien revalorisées à hauteur de l’inflation à compter du 1er octobre 2026, suivant la règle habituelle.
En revanche, les étudiants étrangers non citoyens d’un pays de l’Union européenne venus faire leur parcours dans les universités françaises seront exclus, eux, de l’accès aux APL, à l’exception des étudiants boursiers. Et ce, dès juillet 2026.
Pas d’APL pour les non-boursiers
C’est le gouvernement qui a déposé un amendement à l’article 67 du projet de loi finances en ce sens. Les APL peuvent « bénéficier à des étudiants en mobilité internationale dont la situation financière personnelle ou familiale est déjà satisfaisante. Le recentrage de ces aides sur les étudiants extra-communautaires boursiers, permettrait ainsi de les réserver à un public précaire s’installant durablement sur le territoire », justifie le gouvernement dans son exposé des motifs. Un décret viendra préciser les modalités d’application de cette restriction inédite.
« On sait désormais que Sébastien Lecornu avait menti. Il avait promis, pour faire accepter son 49.3 sur le budget, qu’il renonçait à rogner les APL. En réalité, il a dégelé les APL mais il les a purement et simplement supprimées pour les étudiants étrangers extracommunautaires non-boursiers », a dénoncé Manuel Domergue, responsable des études à la Fondation pour le logement. Ce dernier alerte sur l’introduction d’ « une forme de préférence nationale répugnante parmi les étudiants » – en l’occurrence, plutôt, une forme de préférence communautaire.
« Impossible d’arriver à la fin du mois sans la Caf »
Concrètement, Paloma*, par exemple, étudiante en master à Paris venue d’Amérique du sud, recevait jusqu’ici 300 euros de la Caf pour un loyer de 790 euros. S’y ajoutaient les charges d’électricité et l’assurance habitation, pour un total de près de 900 euros par mois. Bien que Paloma ait décroché une alternance dans le cadre de ses études, « avec mon salaire d’étudiante, il m’aurait été impossible d’arriver à la fin du mois sans la Caf. Ma famille ne peut pas m’envoyer d’argent, donc pour étudier, je subviens entièrement à mes besoins ici », explique-t-elle à basta!.
Une telle mesure lui semble « extrêmement grave ». « Il est déjà extrêmement difficile de louer un logement, et pour un étudiant étranger c’est encore pire, car la majorité, comme moi, se soutient seule et n’a pas de garant. » Sans l’aide des APL, rien que réussir la première étape, à savoir faire accepter son dossier de locataire par un propriétaire ou une agence, « sera certainement encore plus difficile », s’inquiète-t-elle.
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Selon elle, cela rendra les étudiants « encore plus vulnérables à des conditions de travail dégradantes », du fait de la nécessité accrue de trouver un job alimentaire pour survivre au quotidien. Or, les chiffres de la précarité étudiante sont déjà très préoccupants.
Des étudiants déjà visés par des frais de scolarité plus élevés
Fin 2025, une vingtaine de syndicats de l’enseignement, syndicats étudiants et ONG avaient lancé une pétition en estimant que près de 300 000 étudiants pourraient être visés par cette perte d’APL, et perdre de 100 à 250 euros par mois en moyenne. L’évaluation préalable de l’article 67 présentée par le Sénat anticipe un nombre moindre : sur les 130 700 étudiants étrangers extra-communautaires qui bénéficient de l’APL, environ 100 000, donc trois-quarts, sont non-boursiers et donc continueraient à recevoir des APL. L’économie pour l’État est estimée à 100 millions d’euros.
Mais avec quelle perte, en face ? « Les étudiants étrangers contribuent à l’économie et au développement de la France en travaillant. Dans de nombreux cas, ils paient des frais de scolarité plus élevés dans les universités, et la plupart travaillent dans plusieurs emplois pour financer leurs études », souligne Paloma.
Les frais de scolarité pour les étudiants étrangers non européens sont en effet déjà plus élevés que pour les autres. En 2018, dans le cadre d’un plan ironiquement intitulé « Bienvenue en France », le gouvernement français avait initié la mise en place de droits d’inscription différenciés pour les étudiants extra-communautaires. D’abord timidement (à peine 20% des universités en 2023), les facs sont de plus en plus nombreuses à appliquer cette mesure, qui peut multiplier par dix les frais d’inscription. « Ce qui va se produire, c’est une précarisation du travail et de la vie des étudiants internationaux. La France cessera d’être reconnue comme un pays de référence pour les études », s’attriste Paloma.
Les organisations étudiantes sont vent debout depuis plusieurs mois contre cette mesure. L’Union étudiante avait par exemple co-organisé une action devant le ministère de l’Enseignement supérieur mi-novembre et dénoncé dans un communiqué, une « mesure xénophobe » qui « revient ni plus ni moins à mettre à la rue des étudiant·es déjà privé·es de bourses. » À rebours des choix budgétaires actuels, le syndicat demande l’augmentation des APL de 100 euros pour les étudiants de moins de 26 ans. Quelle que soit leur nationalité.