Publié28. janvier 2026, 08:17

Cinéma: Russell Crowe en impose en Hermann Göring

L’acteur incarne un Reichsmarschall plein de morgue dans «Nuremberg», les coulisses du fameux procès des nazis.

Michel Pralong

Si vous n’aimez pas les films de procès, rassurez-vous, «Nuremberg» n’en est pas un. Certes, il aborde et montre une partie des audiences du plus grand procès de l’histoire, celui des hauts dignitaires de l’Allemagne nazie entre novembre 1945 et 1946. Mais seulement dans la dernière partie de ce long-métrage de près de 2 h 30. Ce qui est au cœur du film, c’est la préparation du procès et, surtout, les entretiens qu’un psychiatre de l’armée américaine désigné, Douglas Kelley, a menés avec les prisonniers.

Sa mission était d’évaluer leur état mental pour éviter les suicides et de réaliser des expertises psychiatriques sur eux, notamment à l’aide des tests de Rorschach. Le récit s’attache quasi exclusivement à ses entretiens avec celui qui reste le plus haut dirigeant nazi vivant à ce moment-là, le Reichsmarschall Hermann Göring. Interprété par un époustouflant Russel Crowe. L’acteur n’a pas été grimé pour le rôle, la ressemblance physique n’est pas frappante, mais la gestuelle, les postures et l’attitude en font un Göring plus que convaincant.

Un casting de haut vol

À noter que la force première du film est son casting irréprochable. Tous les acteurs sont parfaits: Rami Malek magnifie l’ambigüité de Douglas Kelley, Michael Shannon les doutes et le sérieux du procureur américain Robert Jackson, Richard Grand la distinction toute british de Sir David Maxwell-Fyfe, procureur au nom de la Grande-Bretagne. Mention spéciale à Leo Woodall, qui joue le traducteur entre le psychiatre et les prisonniers allemands et dont l’une des scènes finales est bouleversante.

Hermann Göring (Russell Crowe) se rendant aux forces américaines.

Hermann Göring (Russell Crowe) se rendant aux forces américaines.

Les personnages évoluent dans un cadre reconstitué avec minutie et talent. Même si tout n’est pas rigoureusement conforme à la vérité, on pense notamment à l’interrogatoire de Göring par la procureur britannique, qui ne portait pas sur les camps d’exterminatrion, mais sur l’exécution de prisonniers de guerre. Il a fait craquer Göring en jouant sur son honneur de militaire et non sur son soutien à Hitler.

Les entretiens dans les cellules et les préparatifs des procureurs vont déterminer ce qui va se passer au sein du tribunal: soit une grande première en matière de droit international concernant les crimes de guerre, soit une humiliation pour les puissances jugeantes face aux vaincus nazis.

Des monstres ou des hommes?

L’autre question, tout aussi passionnante, qu’aborde le film, c’est la personnalité de ces bourreaux ayant commis l’inimaginable. Sont-ils des monstres à part ou des humains comme les autres? Ce qui est sûr, c’est qu’Hermann Göring est d’une intelligence exceptionnelle. Et que son ego est aussi imposant que lui. Qui manipule qui lors de ses entretiens avec le psychiatre ou dans ses confrontations avec le procureur américain? Russel Crowe est bluffant de maîtrise et de morgue, se plaçant dans les grandes confrontations de cinéma.

Nuremberg est un excellent film historique, passionnant, terrifiant évidemment, avec un long passage d’archives des films montrés au procès sur la libération des camps et leur cortège d’horreurs. Un spectacle dans lequel tout est de haut niveau, que ce soit les acteurs, les décors ou la mise en scène de James Vanderbilt.

Sortie le 28 janvier.

Sortie le 28 janvier.