Six mois après l’adoption au Royaume-Uni d’une loi obligeant la vérification d’âge pour accéder à des sites pornos, la société montréalaise qui gère Pornhub, Aylo, annonce qu’elle se retire du marché britannique.

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5 h 00

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L’entreprise montréalaise soutient que son trafic au Royaume-Uni a chuté de 77 % depuis l’entrée en vigueur de ces mesures, qui forcent tous les sites pornos à faire une vérification d’âge robuste la première fois que les utilisateurs y accèdent.

Aylo avait annoncé en juin dernier son intention de se conformer « de bonne foi » à ces nouvelles exigences britanniques, assurant ne vouloir voir « aucun enfant » sur ses plateformes. Mais six mois après l’entrée en vigueur de la loi, l’entreprise soutient que le mécanisme est un « échec ».

Aylo affirme que des dizaines de nouveaux sites pornos aux noms évocateurs, qui ne se conforment aucunement à la réglementation britannique, sont apparus depuis six mois. Certains de ces sites figurent même dans les premiers rangs de recherche de Google au Royaume-Uni, déplore l’entreprise.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Solomon Friedman, vice-président à la conformité d’Ethical Capital Partners

« Cette loi pousse les enfants dans la fosse septique de l’internet », soutient Solomon Friedman, vice-président à la conformité d’Ethical Capital Partners, la société mère d’Aylo. La loi britannique est « une fiction, qui ne protège pas davantage les enfants. Nous ne voulons plus participer à cette fiction », a-t-il justifié.

La sénatrice Julie Miville-Dechêne, qui a tenté de faire adopter un projet de loi similaire pour forcer la vérification d’âge par les sites pornos au Canada, estime qu’Aylo cherche à se « déresponsabiliser complètement » en démontrant par tous les moyens que la vérification d’âge ne fonctionne pas. « Ils soutiennent que leur trafic a diminué [au Royaume-Uni], mais il n’y a pas de données qui permettent de voir s’il y a effectivement moins d’enfants qui consultent de la pornographie ou s’ils consultent plutôt d’autres sites moins connus », dit-elle.

Après la France et la Floride

Aylo s’est aussi retirée du marché de la France lorsqu’elle a adopté un cadre législatif semblable en juillet dernier. Elle a également coupé l’accès en Floride et dans une douzaine d’autres États américains qui ont adopté des réglementations similaires.

Aylo milite activement pour que la responsabilité de la vérification d’âge incombe plutôt aux fabricants de téléphones intelligents – Apple, Google (Android) et Microsoft (Surface) – en demandant que l’activation du contrôle parental soit obligatoire par défaut sur tous les appareils neufs vendus.

Selon cette proposition, l’ensemble des adultes seraient dans l’obligation de faire une vérification d’âge pour accéder à des contenus explicites.

Google s’oppose vigoureusement à cette approche. « Il s’agirait d’une divulgation massive de données par défaut, qui constitue une atteinte incroyable à la vie privée », a plaidé la directrice des affaires gouvernementales de Google Canada, Jeanette Patell, lors d’une audience devant le Sénat en octobre dernier.

Apple, de son côté, a adopté une position mitoyenne avec la mise à jour de son système d’exploitation iOS 26.1, qui active désormais par défaut le contrôle parental sur les téléphones associés à des comptes d’utilisateur de mineurs âgés de 13 à 17 ans.

La société de Cupertino multiplie ces jours-ci les approches auprès des élus et officiels canadiens pour leur faire une démonstration technique à Ottawa du fonctionnement de ses nouveaux mécanismes de contrôle d’âge du temps d’écran.