L’affiche française de Reconnu Coupable annonce un Chris Pratt bien outillé, des motos volantes et le visage impassible de Rebecca Ferguson. Un programme presque respecté, à ceci près que le film va nous présenter l’acteur des Gardiens de la Galaxie attaché à une chaise pendant 90 minutes sur les cent que dure le film. Cela risque d’en surprendre plus d’un spectateur.

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Si vous ne connaissez pas le réalisateur Timur Bekmambetov, sachez qu’il compte à son tableau de chasse des films comme le remake de Ben-Hur, Night Watch, Wanted : Choisis ton destin ou encore Abraham Lincoln : Chasseur de vampires. On ne dit pas qu’on savait à quoi on s’engageait lorsqu’on a signé pour le visionnage de Reconnu Coupable, mais il y avait des indices.

Critique Reconnu Coupable : est-ce qu'un AVC serait moins douloureux ?© Sony Pictures

Le fait que le film soit produit par Amazon en était un autre. On se souvient de La Guerre des Mondes de Prime Video où Ice Cube, devant un écran, sauvait l’humanité grâce à l’achat d’une clé USB sur la plateforme d’achats de Jeff Bezos. Êtes-vous prêts pour Chris Pratt, devant un écran, s’innocentant grâce à des caméras conçues par… on vous laisse deviner.

Dans un futur pas si lointain, face à une criminalité hors de contrôle, un système « Mercy » est mis en place. Une IA obtient le pouvoir de juger des suspects en seulement 90 minutes grâce à un accès illimité à un réseau de surveillance qui ferait rougir George Orwell. Le détective Chris Raven (Pratt) a été l’un des plus grands défenseurs de Mercy. Aujourd’hui, c’est lui qui se retrouve sur la chaise de l’accusé suite au meurtre de sa femme (Annabelle Wallis). Face à la juge IA Maddox (Rebecca Ferguson), il n’a que peu de temps pour prouver son innocence en faisant baisser son taux de culpabilité à 92,5%.

Critique Reconnu Coupable : est-ce qu'un AVC serait moins douloureux ?© Sony Pictures
La victoire des mondes

Avant de taper dans le dur, on met les gants. Reconnu Coupable n’est pas un nouveau La Guerre des Mondes amazonesque, notamment parce que Bekmambetov, producteur de ce dernier (le faisceau d’indices est de plus en plus large), n’est pas Rich Lee et n’a pas son budget. Entendons que le cinéaste maîtrise bien l’aspect « derrière un écran », qu’il avait déjà expérimenté, et sait comment rendre son film dynamique et clair.

Critique Reconnu Coupable : est-ce qu'un AVC serait moins douloureux ?© Sony Pictures

Le long-métrage ne nous perd jamais, reste parfaitement lisible et renouvelle régulièrement son imagerie pour ne pas ennuyer. Téléphone, messagerie, réseaux sociaux, caméras de vidéosurveillance, caméras embarquées, reconstitution 3D… Bekmambetov utilise tous les moyens, finalement très contemporains, pour nous faire vivre l’action alors que son héros reste immobile. Il est presque dommage que le film n’épouse pas son concept « en temps réel » jusqu’au bout. Quant à Chris Pratt et Rebecca Ferguson, ils semblent moins perdus qu’Ice Cube et Eva Longoria. Les fameuses petites victoires du Palmashow.

Coupable à 98,7%

Moins perdus ne signifie pas obligatoirement compétents. On a rien contre Chris Pratt, mais on lui connaît assez peu de talents dramatiques et Reconnu Coupable lui donne deux expressions : l’apitoiement et l’énervement. Il va abuser des deux. Concernant Rebecca Ferguson, qu’on aime d’amour, son visage impassible est ce qu’on attendait d’elle dans le rôle d’une IA. Toutefois, son visage glacial se contracte à de si nombreuses reprises qu’on pourrait même la voir transpirer au fil des contradictions apportées par Raven. Même si cette IA est censée être plus proche d’un humain, son expressivité est régulièrement antithétique à sa nature artificielle. Un problème qu’une simple signature vocale aurait gommé, mais on ne va pas refaire le film.

Critique Reconnu Coupable : est-ce qu'un AVC serait moins douloureux ?© Sony Pictures

De toute façon, ce n’est pas comme si le scénario de Marco van Belle, dont c’est seulement le second script en dix ans, ne comportait qu’une seule lacune. On peut dire qu’il fuit de partout, à commencer par son rebondissement. Il est évident que Raven est innocent, donc à partir de là, l’intrigue repose sur la recherche du vrai coupable. Le souci inhérent à ce concept de film à travers un écran est la limitation des personnages secondaires et l’utilité forcée de tous au récit. Pas besoin d’avoir un diplôme d’enquêteur pour déjouer le twist au bout de quelques coups de fil.

À ne pas mettre devant tous les yeux…

Une chose nous a particulièrement dérangés dans ce mauvais plagiat – pardon, mauvaise inspiration – de Minority Report : son rapport à la fameuse technologie. Au-delà de la publicité pour les produits maison, on sent que le film entend ménager la chèvre et le chou et ne froisser personne. Bien que le récit révèle plusieurs fois les failles d’un système où notre liberté serait soumise à une IA, laissant penser qu’il entend dénoncer notre dépendance grandissante à celle-ci, il la caresse également dans le sens de la puce.

Critique Reconnu Coupable : est-ce qu'un AVC serait moins douloureux ?© Sony Pictures

Reconnu Coupable prône une sorte de réconciliation où l’IA et l’humain peuvent apprendre l’un de l’autre, s’entraider et, finalement, trouver des solutions ensemble. Est-ce que le système Mercy a échoué en accusant un innocent ? Oui. Mais l’intrigue ne le condamne pas et suppose même une seconde chance. L’homme, lui, peut être autant une solution qu’un problème selon ses intentions. Est-ce qu’il faut la complémentarité des deux esprits ? Oui, mais du coup, cela signifie qu’un système Mercy 2.0 peut voir le jour.

Le plus gros problème de Reconnu Coupable est donc de ne pas vouloir se positionner et, par ricochet, peut-être d’offrir quelques idées insidieuses aux mauvaises personnes dans notre société bien réelle. Loin de jouer la carte de l’avertissement contre l’État de surveillance, le film prend le parti de se résoudre grâce à ce même État de surveillance. Puisque le but est d’innocenter quelqu’un, il est légitime d’accéder à tout ce qui relève du domaine privé, sans contrôle. Du pain bénit pour une dérive autoritaire et arbitraire.


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Bien qu’il soit un peu plus poli que beaucoup de ses congénères, Reconnu Coupable a du mal à cacher sa nature de futur film de plateforme, souffrant d’un manque d’ambition et de qualité globale. Ce n’est pas un désastre cinématographique, mais son inutilité le rend oubliable au bout de 90 minutes et son idéologie latente peut même en faire un film dangereux

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