l’essentiel
La députée de Paris ambitionne de ravir la mairie aux socialistes. Elle mène une campagne dynamique, n’hésitant pas à égratigner ses adversaires. Portrait de celle qui porte les couleurs insoumises dans la capitale.
Ambitieuse, grande gueule, autoritaire, intelligente… De nombreux qualificatifs peuvent permettre de faire le portrait de Sophia Chikirou. Mais il en existe un plus important que tous les autres : « A la France Insoumise, elle se présente comme la femme du Chef »… C’est ainsi que les deux auteurs du livre enquête sur LFI La Meute (1) commencent leur chapitre à son sujet. C’est donc la femme du chef Jean-Luc Mélenchon qui ambitionne de ravir la mairie de Paris à la gauche. Et cette caractéristique conditionne toutes les autres, elle définit notamment son rapport au parti, à ses cadres et à ses militants. Elle explique aussi pourquoi elle a été parachutée dans cette circonscription en or dans laquelle elle a été parachutée en 2022, et sa candidature aujourd’hui. Mais qui se cache derrière « la femme du chef » ?
Sophia Chikirou a eu une vie avant LFI, un parcours fait de tâtonnements… Elle adhère au Parti socialiste à l’âge de 18 ans. En 2002, elle devient l’assistante parlementaire du député du 20e arrondissement de Paris, Michel Charzat, avant d’être choisie comme porte-parole de Laurent Fabius dans le cadre de la primaire pour l’élection présidentielle de 2007. Après l’échec de l’ancien Premier ministre, Sophia Chikirou intègre La Gauche moderne fondée par Jean-Marie Bockel. Ce dernier est alors secrétaire d’État du gouvernement Fillon, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Elle ne rejoint officiellement Jean-Luc Mélenchon qu’en 2012 comme attachée de presse. Mais rapidement, elle prend une place bien plus importante.
Elle part, pour le compte de son mentor, suivre la campagne de l’outsider démocrate à la Maison-Blanche, Bernie Sanders. Elle séjourne aussi en Espagne pour piocher des idées au sein du mouvement Podemos. Entre deux voyages, les liens se tissent avec le leader insoumis. En 2018, Sophia Chikirou fonde une web télé, Le Média, pour soutenir la candidature de celui qui est désormais son compagnon. Elle est « décrite par ceux qui la côtoient comme une chef brutale, qui n’hésite pas à humilier les petites mains » (1).
Rapidement, Aude Rossigneux, la rédactrice en chef, est débarquée avec « une brutalité qui serait peut-être un sujet pour Le Média si elle était le fait d’un Bolloré… », dénonce la jeune femme dans une lettre rendue publique. Ce qui n’ébranle pas Sophia Chikirou, qui aime répéter qu’elle ne baisse jamais les yeux. « Il faudra me les crever d’abord », a-t-elle coutume de dire (1). La jeune femme vit à 100 à l’heure. Elle se nourrit « mal », dit-elle, de chips ou d’une brioche. « Il m’arrive de rester quatre jours sans manger. Pas le temps », confie-t-elle au magazine VSD.
En 2022, l’Insoumise obtient un beau cadeau. Pour les législatives, elle est parachutée dans la 6e circonscription de Paris. Cette drôle d’enclave biscornue, à cheval sur le 11e et le 20e arrondissement parisien, a toujours été un terrain de jeu en or pour la gauche. Sophia Chikirou y est élue et intègre ainsi l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Elle n’y prend pas souvent la parole, mais on peut l’observer interpellant bruyamment les orateurs ou frappant son pupitre avec violence.
C’est avec cette même virulence que Sophia Chikirou sillonne désormais Paris, où elle est candidate. Lors d’un déplacement dans le centre de la capitale, elle lance au maire socialiste : « Nous sommes très fiers de ne pas être avec vous à soutenir un gouvernement génocidaire ». Elle accuse Ariel Weil, pourtant proche du leader du parti de gauche israélien opposant à l’actuel gouvernement, de soutenir Benjamin Netanyahu.
En revanche, Sophia Chikirou affiche une réelle proximité avec Rachida Dati. Les deux femmes se sont rencontrées durant des universités d’été insoumises auxquelles la ministre de la Culture avait été conviée. « Elles se sont adorées », nous raconte un élu de Paris. Il faut dire qu’elles ont désormais un ennemi commun en la personne du candidat socialiste Emmanuel Grégoire. Un choix qui incarne bien le fossé qui sépare désormais le PS et LFI.
(1) La Meute de Charlotte Belaïch (Libération) et Olivier Pérou (Le Monde), Editions Flammarion