Par
Anaelle Montagne
Publié le
28 janv. 2026 à 12h53
« On est habitués aux dossiers de violences conjugales, mais on n’a jamais vu de dossier comme celui-ci », souffle la procureure. Les magistrats du tribunal correctionnel de Toulouse tentent de comprendre comment Logan D., 34 ans, a pu en arriver à commettre un geste profondément violent et dérangeant : graver « ta gueule » au rasoir, dans la peau de sa petite amie de 19 ans. Le trentenaire a-t-il commis les faits dans l’intention de violenter la victime, ou était-il animé par d’autres désirs ? La jeune fille, qui a retiré sa plainte, était-elle consentante ou sous emprise ? L’affaire est plus complexe qu’il n’y paraît. Récit.
Ils se sont rencontrés lorsqu’elle avait 15 ans
Dans le box des prévenus, Logan D. apparaît immense. Doudoune noire sur les épaules, il a attaché ses cheveux en un chignon, laissant apparaître la repousse de ses cheveux coupés à ras, sur le reste de son crâne. Le trentenaire, connu pour plusieurs faits de violences conjugales, vit dans une caravane sur un terrain dont il est propriétaire. Il rencontre Mathilde L. en 2022, alors qu’elle n’a que 15 ans.
Quatre ans plus tard, alors qu’elle est tout juste majeure, la jeune fille frêle aux cheveux châtain se met à fréquenter cet ami de longue date, en octobre 2025. Et tout bascule rapidement.
Une première scène de violences
Le trentenaire est alcoolique, addict au cannabis ; « il lui parle mal et l’insulte régulièrement », relate le président de l’audience. Au bout d’à peine un mois de relation, une scène de violences éclate alors que le couple passe la soirée « dans un squat ».
Logan D. étrangle sa petite amie, à tel point qu’elle présente des marques au cou. De graves violences, qui ont lieu trois semaines à peine avant la soirée du 8 décembre.
Alcool, médicaments et scarification
Ce soir-là, Logan a bu, beaucoup de Bourbon. Mathilde est légèrement alcoolisée, mais le mélange avec ses antidépresseurs ne fait pas bon ménage. Elle souffre de troubles psychiatriques – que le tribunal n’a pas pu identifier, vu qu’elle ne s’est pas présentée à l’expertise médicale -, et il lui arrive de se scarifier.
C’est ce qu’elle tente de faire, dans la salle de bains de son appartement du quartier Lardenne, ce dimanche soir. Là, son petit ami entre en jeu et la situation devient floue.
« Une seule lame, ça a été rapide »
Devant les enquêteurs, la jeune fille expliquera la scène ainsi : « Je voulais me faire du mal. Il est entré dans la pièce, je souviens lui avoir dit ta gueule plusieurs fois en pleurant. Et il m’a dit, si tu veux te faire mal on va écrire ta gueule sur ta peau… et il l’a fait. »
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Logan D., qui niait initialement être l’auteur des faits, finit par avouer lors de sa troisième audition en garde à vue. Il s’explique ainsi, devant les magistrats :
Je voulais discuter et elle n’a cessé de me dire ta gueule. Je lui ai dit, quitte à te faire des scarifications, autant le faire bien, c’est ça que tu veux que j’écrive ? Elle m’a dit que oui et elle a écarté ses cuisses. Je l’ai écrit à l’intérieur de sa cuisse, avec une seule lame, ça a été rapide.
Logan D.
Auteur de la scarification
« Tu as kiffé ? »
Cette scène, Mathilde L. a du mal à s’en souvenir. « J’étais somnolente, je bloquais sur le plafond, j’avais bu et je prends des antidépresseurs… » Ce que l’on sait, c’est qu’elle part se coucher peu après.
Au réveil, elle questionne son compagnon. « Je lui ai dit, est-ce que c’est toi qui as écrit ça ? » Ce à quoi il a répondu : « Oui, pour que ce soit bien fait. » « Tu as kiffé ? », lui a-t-elle alors demandé. Et lui de répondre : « Oui, mais tu pourras me le faire aussi. Je n’ai pas voulu le faire trop profond car je te connais pas encore assez ».
Il escalade le balcon pour pénétrer dans l’appartement
Initialement, l’affaire s’arrête là. Sauf que le jour même, une nouvelle scène de violences éclate dans l’appartement, quand la jeune fille explique à Logan D. « qu’il faudrait réfléchir à l’avenir de leur relation ». Le mis en cause, soûl, vrille à nouveau. Il sort de l’appartement et échange avec elle des messages, avant d’escalader le balcon pour tenter d’entrer à nouveau. Là, Mathilde lui ouvre la porte ; Logan entre alors « et se met à tout casser ».
« Des traces de coups de pied qui témoignent d’une extrême violence »
Pour lui échapper, la jeune fille se terre dans la salle de bains, tandis que son petit ami « essaye de défoncer la porte ». C’est depuis cette même pièce, théâtre décidément récurrent des violences du trentenaire, qu’elle appelle la police.
Lorsque les agents de police débarquent, ils trouvent le trentenaire en bas de l’immeuble en train de chercher son chien, et l’interpellent sur-le-champ. En entrant dans le logement, « ils découvrent un appartement entièrement retourné, dans un désordre impressionnant ; tout est cassé, la porte de la salle de bains présente un enfoncement majeur et des traces de coups de pied semblant témoigner de l’extrême violence des faits », détaille le président de l’audience, en relisant le compte rendu de la police.
À la recherche d’une nouvelle expérience
La victime, qui a rapidement retiré sa plainte, insiste aujourd’hui sur les dégâts matériels causés par son petit ami. « Vous ne semblez pas mesurer la gravité des violences », s’étonne le président dans la salle d’audience. « Disons que les dégâts sont ce qui m’empêche le plus de vivre au quotidien », tranche la frêle jeune fille.
Une question demeure : était-elle consentante aux scarifications qui lui ont été infligées ? Elle nage dans un « ni oui, ni non » ; son conjoint, lui, balbutie qu’il « était peut-être à la recherche d’une nouvelle expérience ». Un point sur lequel insistera son avocat, Me Nakache-Haarfi – s’égarant dans une théorie sur les films pornographiques, qui dépeignent de plus en plus de scènes de violences faites aux femmes.
Il demande à se faire soigner
Fait assez rare pour être souligné, le prévenu demande à recevoir des soins. Lui – qui a été pourtant déjà été condamné pour des violences « hardcore » envers son ex-conjointe, selon les mots du président -, l’assure : « J’ai conscience de la gravité de mes actes et je ne désire rien de plus que d’être soigné. »
Dans ses réquisitions, la présidente en tient compte… et souligne que la plaignante « n’était pas en état de consentir vu l’emprise qu’il exerçait sur elle », mentionnant pêle-mêle les violences exercées sur la victime trois semaines plus tôt, leur écart d’âge de 14 ans et leur différence évidente de carrure.
Sursis et bracelet électronique
La procureure requiert donc une peine mixte, avec un an de prison ferme et un an de sursis probatoire. Logan D. sera finalement reconnu coupable et condamné à 18 mois de prison, donc neuf avec sursis probatoire (suivi sociojudiciaire, obligation de soins, interdiction de contact avec la victime). Il pourra purger sa peine sous bracelet électronique, chez sa mère, dans le Lot-et-Garonne.
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