« Nous assurons la transition entre le monde du cinéma et de l’audiovisuel et celui du bâtiment et des travaux publics », explique en préambule Philippe Giroux, l’architecte drouais qui dirige le cabinet AMJ à Dreux (Eure-et-Loir) et réalise le premier Hollywood français à Maisoncelles-en-Brie (Seine-et-Marne) près de Coulommiers, sur une ancienne base de l’Otan.
« Nous sommes l’interface entre les chefs décorateurs, la production et les réalisateurs. Tout est conçu, notamment les décors extérieurs et intérieurs, avec eux. Nous intervenons sur les questions réglementaires et de sécurité. Nous répondons aussi à un cahier des charges qui tend à décarboner la production cinématographique ou audiovisuelle française et à la rendre plus pérenne que par le passé », continue-t-il.
Philippe Giroux et son équipe d’architectes sont fin prêts pour construire les studios sur le site de Seine-et-Marne qui accueille déjà les décors extérieurs. LP/Gilles Motteau
Philippe Giroux et son cabinet d’architectes, AMJ, travaillent à l’édification d’un site de quelque 50 ha consacré à la production de fictions et de publicités françaises ou étrangères. Et ce pour le compte du groupe TSF, un des acteurs majeurs du secteur depuis 1979. « Nous travaillons depuis de nombreuses années avec eux », rappelle Philippe Giroux. « Nous avons construit leur siège social, Plaine Saint-Denis en Seine-Saint-Denis. »
Zidane filmé pour la cérémonie d’ouverture des JO
« Cette fois, TSF nous a commandés, dans un premier temps, un fac-similé des rues de Paris réparties sur 1,5 ha, en extérieur », détaille l’architecte. Un kilomètre de façades permet toutes sortes de déambulations à pied, en voitures, ou par tout autre moyen de locomotion à travers les artères haussmanniennes de la capitale française. Arcades, boutiques, terrasses de cafés et autres escaliers de célèbres quartiers comme Montmartre figurent en bonne place dans ce gigantesque décor.
« Les conditions de tournage dans Paris sont compliquées et parfois trop onéreuses, poursuit Philippe Giroux. C’est pour ça que TSF nous a sollicités pour recréer ce backlot (NDLR : une plate-forme de décors des rues parisiennes). Ainsi un réalisateur peut effectuer un plan travelling de 8 minutes en voiture sans repasser par le même endroit ». L’un des tout premiers utilisateurs de ce décor n’est autre que Thomas Jolly, le metteur en scène des JO Paris 2024. Deux scènes du clip du prologue de la cérémonie d’ouverture ont été réalisées ici, montrant Zinédine Zidane courant, flambeau à la main, à travers un Paris vintage.
Un projet à 100 millions d’euros
À ce jour, l’ensemble des décors extérieurs reproduisant Paris à l’échelle 1 sont construits. Le coût de cette première tranche est de 15 millions d’euros. Restent les studios et leurs plateaux intérieurs de tournage et autres locaux administratifs ou dédiés au maquillage et aux costumes. « Nous entamons cette phase de construction en 2026 », confirme Philippe Giroux. « Nous allons construire douze studios de tailles différentes dont les surfaces varient entre 800 et 4 000 m2. Ils seront positionnés les uns à côté des autres et communiqueront entre eux de façon à optimiser leurs usages. En revanche le projet ne prévoit pas d’hébergement sur le site. »
Coût global du projet, intérieur et extérieur : 100 millions d’euros. Cet outil unique en France bénéficie d’un soutien financier dans le cadre du dispositif France 2030. Sa réalisation s’affiche durable, pérenne.
« Nous nous situons dans une démarche d’économie circulaire », souligne Philippe Giroux. « Notre volonté commune avec TSF est de participer à la décarbonation du cinéma et de l’audiovisuel. Nous construisons des bâtiments performants d’un point de vue énergétique. Tous les studios seront équipés de capteurs solaires qui doivent nous permettre de produire la moitié de l’électricité nécessaire aux tournages. Nous utilisons des matériaux biosourcés. Enfin il est prévu de recycler et valoriser la grande majorité des déchets du site. Y compris tous les éléments de décors qui trop longtemps ont échappé à ce type de démarche et étaient jetés. »