Auteur jusque-là d’une excellente et prolifique saison, même s’il n’a pas été retenu dans la première liste du XV de France pour préparer le Tournoi des 6 Nations, l’ailier toulousain Matthis Lebel sait que la réception de Bayonne sera piégeuse samedi soir, avec l’absence de tous les internationaux. Mais il insiste sur l’opportunité que les doublons peuvent offrir pour la suite.
Avec tous les joueurs partis en sélection, pouvez-vous nous raconter les entraînements du début de semaine ?
On est habitué à avoir un certain nombre de départs dans ces périodes mais là, c’est fort quand même (sourire). Je pense que c’est inédit. On récupère tout de même Blair (Kinghorn) mercredi soir, qui viendra étoffer un peu l’effectif. Après, on a la chance de s’entraîner avec les jeunes souvent, on essaie de les mettre dans les meilleures dispositions pour qu’ils puissent jouer et se montrer performants. On sait l’opportunité que ça représente pour eux.
Cela met-il une pression supplémentaire sur les épaules ?
Si ça se passe mal, ça peut se tendre un peu. Mais si ça se passe bien, c’est une chance inouïe pour le club, pour les jeunes, pour montrer qu’il y a encore des mecs qui seront sûrement appelés plus tard. C’est une belle opportunité, mais elle sera validée ou non par ce qu’on va faire sur le terrain samedi.
Comment s’adapte-t-on durant les séances, ne serait-ce qu’en termes d’automatismes ?
Je ne sais pas si c’est de l’adaptation, dans le sens où les jeunes sont avec nous quasiment tout le temps. Ils connaissent le plan de jeu, sont capables de s’y intégrer, de montrer de belles choses. L’adaptation pour eux, elle est surtout au niveau de l’euphorie qu’ils peuvent ressentir. Ils voient qu’ils vont avoir leur chance, que ça va être leur moment, et il faut trouver le juste milieu entre cette euphorie et la maîtrise qu’on doit avoir pour jouer un match de très haut niveau.
Comment faire ?
Déjà, au-delà ce qu’il se passe à l’entraînement, il faut prendre en compte l’adversaire. On a perdu chez deux et ils vont venir en étant costauds. On a essayé d’alarmer nos jeunes joueurs sur le fait de trouver l’équilibre entre ce côté euphorique où on a envie de jouer, de tenter des coups, mais aussi l’importance de gagner un match dans notre stade qui va compter.
Justement, vous avez un rôle important à jouer avec Jack Willis, Santiago Chocobares ou Paul Graou, à savoir les joueurs plus expérimentés…
Oui. Heureusement qu’il nous reste des mecs comme « Choco », Jack, Paul ou Blair qui va revenir. Je ne sais pas si notre rôle est différent de ce qu’on fait d’habitude, mais on aura au moins un devoir d’état d’esprit. On y revient, mais il faut bien doser l’envie de jouer les uns pour les autres et celle de ne pas se fissurer, comme on a pu le faire durant les vingt dernières minutes au match aller à Bayonne. On sera peut-être un peu les garde-fous de cette maîtrise.
Est-ce un rôle dans lequel, avec l’expérience, vous vous sentez de plus en plus à l’aise ?
Forcément, plus tu enchaînes les matchs, mieux tu te sens. J’ai eu la chance, même si je reste relativement jeune, d’avoir joué un certain nombre de matchs qui comptent. Et aussi des matchs dans des situations particulières comme ce sera le cas ce week-end. Ce ne sont pas les plus évidents. Je suis passé par là, ça change le caractère de l’équipe et celui des individus. Dans ces moments-là, on prépare inconsciemment la fin de saison. Quand les matchs à élimination directe vont arriver, c’est là qu’on a acquis des certitudes et montré qu’on avait les épaules pour assumer. Ce sont de vrais tests de caractère.
Qui vous plaisent ?
Oui. C’est difficile de dire qu’on l’affectionne parce qu’on ne sait jamais à l’avance ce qu’il va se passer. Mais c’est une période durant laquelle on voit les visages de certains. On a rarement craqué pendant ces doublons, et c’est très bien pour notre jeunesse.
Avez-vous aussi l’objectif de rester invaincu à domicile ?
J’espère qu’on n’a pas besoin de se le dire pour le valider. Sinon, c’est qu’on ne s’est pas compris dès le début. On joue tous les matchs pour essayer de les gagner. Qu’on fasse tourner ou pas, qu’on ait des internationaux ou des jeunes sur le terrain, qu’on soit à domicile ou à l’extérieur. Quand on met ce maillot, on a un devoir élevé. Cela arrive de connaître des déconvenues, comme à Montpellier où on s’est fait rouler dessus. Mais, si on met les ingrédients nécessaires… Après, à domicile, tu es dans ton stade, devant tes supporters. C’est important dans le rugby. Quand une zone forte tombe, comme à Bayonne le week-end dernier, c’est marquant. Mais c’est partout pareil, que tu sois à Mayol, à Ernest-Wallon ou à Jean-Dauger. Quand tu tombes chez toi, ce n’est jamais agréable.
Il y aura une semaine de vacances derrière cette réception de Bayonne. Une victoire pourrait permettre de partir l’esprit libre…
On ne s’est pas trop projeté sur les semaines suivantes où il y aura plusieurs coupures, et les coachs n’en ont pas trop parlé. Mais tout le monde a sûrement regardé les plannings. On va attendre de voir le résultat. Si tu pars en vacances sur une défaite, le retour peut piquer. Tel que je connais Ugo (Mola), mieux vaut que ça se passe bien avant de prévoir les vacances (sourire). Ce sera forcément particulier, mais c’est une période qui permet de se resserrer.
À titre personnel, malgré une récente blessure à une main, vous réalisez une excellente saison, avec notamment neuf essais inscrits lors de vos onze derniers matchs. Est-ce à dire que vous êtes en grande confiance ?
Je ferai les comptes à la fin, mais j’ai envie de me faire plaisir. J’ai grandi, j’ai enchaîné un certain nombre de matchs, et je veux continuer à m’éclater avec mes coéquipiers. À 26 ans, 27 dans quelques mois, j’arrive sur des âges où tu commences peut-être à maîtriser un peu plus ton rugby, où tu es plus apte à prendre certains risques, ou en tout cas à optimiser ton jeu sur beaucoup de situations. C’est sûrement ce cocktail qui peut rendre performant.
Et vous le sentez ?
Même si j’essaie toujours de participer au jeu, à mon poste, cela marche aussi avec la confiance collective. J’étais le premier, quand ça allait un peu moins bien, à aller auprès des coachs pour parler de notre plan de jeu. Aujourd’hui, et je ne suis pas le seul, si on a des ailiers et des joueurs de la ligne de trois-quarts qui se montrent à leur avantage, c’est que le club est dans la bonne dynamique et témoigne d’une bonne santé sur le rugby. Ce n’est pas toujours gage de victoire à la fin, mais on veut vraiment se faire plaisir le week-end.
Malgré vos performances, vous n’avez pas été retenu sur la première liste du XV de France pour préparer le Tournoi des 6 Nations. Gardez-vous en tête l’idée de l’intégrer durant la compétition ?
Moi, je me tiendrai toujours prêt à toute éventualité. Je l’ai déjà dit, je n’ai jamais fait de grandes sorties dans la presse quand je n’y étais pas, et je ne compte pas commencer maintenant.
Mais est-ce une déception ?
Je le prends avec… (Il coupe) Quand on est compétiteur, on est forcément frustré, surtout quand on pense que ça se passe relativement bien et qu’on a de bonnes sensations. On regarde aussi les matchs à droite et à gauche, et on a envie de se dire qu’on peut y être. Mais si tu n’y es pas, c’est qu’il en manque. Comme d’habitude, je continue à travailler. Et si un jour, je suis appelé, j’irai avec grand plaisir. Si je ne le suis pas, je regarderai les matchs, je continuerai à voir ce qu’il me manque et je bosserai.
Vous gardez toujours cet état d’esprit positif…
Oui. Il y a cette période de doublon qui est sympa à jouer en club. Et, comme le coach l’a déjà montré, les places à Toulouse ne sont jamais acquises. Donc, si j’arrive à continuer à jouer des matchs qui comptent sur la fin de saison, à aller chercher des potentiels titres, j’espère que ça fera, petit à petit, changer les regards qu’il peut y avoir sur moi.