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Capgemini, géant français des services informatiques, est critiqué pour son partenariat avec l’ICE aux États-Unis. Le contrat, potentiellement lucratif, pourrait atteindre 365 millions de dollars.
Accusé de soutenir la police de l’immigration aux États-Unis (ICE), le géant français Capgemini est sous le feu des critiques. Selon L’Œil du 20 heures et l’Observatoire des multinationales, ce fleuron du CAC40 participerait activement à la stratégie migratoire de Donald Trump. Ce partenariat fait d’autant plus polémique que l’agence fédérale est pointée du doigt après le décès de deux citoyens américains, abattus à Minneapolis en l’espace de trois semaines seulement.
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La technologie au cœur des expulsions
Le géant français des services informatiques compte 350 000 collaborateurs à travers le globe. Aux États-Unis, sa branche Capgemini Government Solutions travaille avec plusieurs institutions majeures, telles que le ministère de la Santé ou celui des Anciens Combattants. Depuis 2007, cette filiale est également un partenaire du département de la Sécurité intérieure, l’organisme qui supervise l’agence ICE.
Si le groupe gérait jusqu’ici la planification des détentions ou le support informatique, il a répondu à un nouvel appel d’offres de l’ICE en novembre, cette fois pour identifier et localiser des étrangers. L’objectif est sans ambiguïté : fournir des services de recherche de personnes, une pratique appelée « skip tracing », destinée aux opérations d’expulsion.
Le business lucratif de la traque
Jusqu’à la semaine dernière, le groupe français ne cachait pas ses ambitions sur son site internet. On pouvait y lire que « Capgemini travaille étroitement pour aider à réduire les délais et les coûts dans l’expulsion de tous les étrangers illégaux des États-Unis ». Depuis, ces lignes ont disparu, a repéré l’Observatoire des multinationales.
Le groupe a pourtant de quoi être fier. Selon le média américain The Intercept, Capgemini Government Solutions serait le prestataire de l’ICE tirant le plus profit de ce programme. Le contrat pourrait atteindre 365 millions de dollars, un montant porté par des primes promises par le département de la Sécurité intérieure des États-Unis. Ces bonus sont calculés selon des critères précis, comme le nombre de vérifications réussies.
Capgemini invoque le secret américain
Sollicitée par L’Œil du 20 heures et l’Observatoire des multinationales, la direction de Capgemini s’est contentée de renvoyer vers un communiqué. Le groupe y précise qu’il « est dans l’impossibilité d’accéder à des contrats classifiés, conformément aux réglementations américaines ». La filiale, installée à Washington, est soumise à une législation américaine stricte qui impose une séparation hermétique avec le siège social français.
Mais cet argumentaire peine pourtant à convaincre. À l’Assemblée nationale, Roland Lescure a affirmé avoir interpellé la direction du groupe, rapporte France Info. « Je leur ai dit entre nous que cette explication ne suffisait pas », ajoutant qu’une maison mère se doit de savoir ce qu’il se passe dans ses filiales. Capgemini se serait, depuis, engagé à faire la lumière sur ces activités.
Complaisance avec la politique de Donald Trump
L’influence de Washington sur la stratégie de Capgemini ne date pas d’hier. En mars 2025, Le Canard enchaîné révélait déjà que le groupe avait modifié sa charte éthique. Le terme de « diversité » avait été effacé de sa politique de responsabilité sociétale au profit de celui « d’équité », une manœuvre destinée à ne pas froisser l’administration de Donald Trump.
Il faut dire que les enjeux financiers sont colossaux. La loi « One Big, Beautiful Bill », portée par Donald Trump, a fléché environ 170 milliards de dollars vers les opérations anti-migrants. Une part importante revient à l’agence ICE, dont le budget annuel doit bondir de 9 milliards de dollars en 2025 à 11 milliards en 2026. Cette manne profite à tout un écosystème d’entreprises privées fournissant des armes, des centres de détention ou, comme dans le cas de Capgemini, des services numériques de pointe.