l’essentiel
Un coup de poing devant un bar toulousain a bouleversé deux vies en novembre 2021, à Toulouse. Hugo, joueur de rugby, a été condamné pour avoir blessé gravement Alain, victime d’un important traumatisme crânien. La légitime défense a été écartée par le tribunal correctionnel de Toulouse.
Costume et chemise blanche, Hugo ponctue ses interventions par un « Monsieur le président » poli. Le costume ne dissimule pas la masse de ce joueur de rugby de 25 ans. Derrière lui, assis, Alain tend l’oreille. Ce quinquagénaire résume en trois déclarations les conséquences d’un coup de poing, survenu au petit matin du 21 novembre 2021 devant un bar de nuit du centre de Toulouse.
« J’ai souffert d’un important traumatisme crânien avec une double hémorragie intracrânienne et une fracture du rocher. J’ai passé plusieurs jours dans le coma, en réanimation. J’ai dû tout réapprendre : parler, marcher, manger… Aujourd’hui, j’ai perdu le goût et l’odorat, plus des difficultés d’audition. »
Coup de klaxon et échange d’insultes
Le soir du drame, il sortait d’une réunion « importante ». En ramenant un ami chez lui, il s’est retrouvé devant la foule des fêtards rue Gabriel-Péri. Il a klaxonné, des insultes ont fusé. Quelqu’un a tapé la carrosserie de sa Jaguar. Au lieu de poursuivre sa route, Alain s’est garé, est descendu, bien décidé à en découdre. « Il ne marchait pas droit », a affirmé un témoin.
Il a donné un coup de poing à un ami d’Hugo. Ce dernier a répondu. Alain est tombé, en arrière. Chute violente, facilitée par son imprégnation alcoolique. « J’ai eu peur », se défend Hugo qui, avec son copain, a vite quitté les lieux. « J’ai compris les conséquences de mon coup quand ma femme est arrivée en pleurs avec un article de La Dépêche, le dimanche après mon match. »
À lire aussi :
Un homme entre la vie et la mort après un coup de poing à Toulouse : le suspect interpellé est mis en examen
L’article annonçait qu’un homme se trouvait entre la vie et la mort. « Le dimanche, il nous a appelés. Le lundi, il se trouvait à mon cabinet. Nous avons prévenu la police. Le mardi matin, il s’est présenté aux enquêteurs », résume Me Marie-Hélène Pibouleau, agacée par la fuite « artificielle » mise en avant par le parquet.
« Pourquoi avoir frappé et pourquoi être parti si vite ? », questionne le président Didier Suc. « J’ai eu peur. Peur du coup donné à mon ami, peur que la personne qui se trouvait avec lui dans la voiture intervienne. Je n’ai même pas regardé cet homme à terre. Je me suis éloigné. Je voulais rentrer chez moi. » « Vous aviez bu ? » « Trois verres, j’étais sobre ».
La procureure peine à croire cette version. Elle requiert trois ans de prison dont onze mois ferme. La magistrate écarte la légitime défense, doute même d’un premier coup donné par la victime. Un homme « qui au-delà des conséquences lourdes de ses importantes blessures a également perdu sa femme qui a divorcé, et il ne voit plus son fils », prévient Me Valentine Le Conte des Floris, son avocate. « À l’hôpital, ils me pensaient condamné à vivre dans un fauteuil », confie cet homme, droit à la barre.
Légitime défense ? La défense l’affirme
Seulement les séquelles l’empêchent de travailler. « C’est définitif », assure son conseil. Et le quotidien demeure délicat. « Je ne pouvais pas imaginer les conséquences, s’excuse Hugo. J’ai réagi trop vite. » Peut-on qualifier cette « réaction » de légitime défense ? Me Pibouleau s’accroche, convaincue. « La question ne réside pas dans les conséquences, bien sûr dramatiques, mais dans la proportionnalité du coup », insiste l’avocate.
Le tribunal n’a pas retenu la légitime défense mais a réduit le quantum de la peine. Deux ans de prison avec sursis et une estimation du préjudice « dont vous êtes responsable à 40 % », prévient le président à l’adresse de la victime. Cet homme obtient 50 000 euros de provision, plus 2 000 euros pour les frais de justice. Une audience au fond, sur l’indemnisation civile, est prévue en décembre.