Roland Lescure le 28 janvier à Paris.

SERGE TENANI / Hans Lucas via AFP

Roland Lescure le 28 janvier à Paris.

LMB Aerospace ne vous dit probablement rien, c’est pourtant un acteur majeur de la défense française. Cet équipementier spécialisé dans la fabrication de moteurs et de ventilateurs électriques, installé en Corrèze, équipe notamment l’avion Rafale de Dassault, les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de Naval Group, le char Leclerc et le porte-avions Charles-de-Gaulle.

On apprend ce mercredi 28 janvier que LMB Aerospace va passer sous pavillon américain puisque, selon La Lettre, le rachat par Loar Group a été validé par le ministre de l’Économie Roland Lescure. Problème : cette décision a été prise contre l’avis de la Direction générale de l’armement (DGA). Ce service rattaché au ministère français des Armées proposait en juillet de conditionner ce rachat « à l’entrée de Bpifrance à son capital comme actionnaire minoritaire », avec un siège au conseil d’administration.

Un tel accord aurait permis à la France de garder la main sur une partie des activités de LMB Aerospace. Mais Roland Lescure « a donné son feu vert » à la vente, sans l’entrée au capital de Bpifrance. Loar Group a, de son côté, déclaré aux États-Unis avoir acquis « 100 % des actions et des droits de vote » de l’entreprise française.

Plusieurs responsables politiques y voient un abandon de la souveraineté de la France et une grosse perte pour l’industrie, dans un contexte où les États-Unis ne cachent pas leur volonté de vassaliser l’Europe. Ainsi Jean-Luc Mélenchon assure que si « un gouvernement insoumis » venait à arriver au pouvoir, il « vérifierait toutes les autorisations et saisirait autant que nécessaire la Cour de justice de la République pour ce genre de cession plus que discutable à l’adversaire USA ». « D’ici là, la justice pourrait se saisir elle-même comme elle le fait contre les insoumis pour apologie du terrorisme et autre », ajoute le fondateur de La France insoumise, candidat pas encore déclaré à la prochaine élection présidentielle. Un rachat « suicidaire », estime aussi la députée LFI Aurélie Trouvé.

« Grande braderie de la France »

Du côté de l’extrême droite, le patron du RN Jordan Bardella fustige « les macronistes qui approuvent la vente d’un actif stratégique au cœur de l’industrie de défense française, sans aucune contrepartie et malgré les réticences de la Direction générale de l’Armement ». À l’entendre, cette cession intervient dans un contexte économique et international lourd, dans lequel « le réarmement de la France est une nécessité vitale ». « Alors qu’il ne leur reste plus que quelques mois de mandat, les macronistes terminent la grande braderie de la France », juge le député européen.

Le gouvernement confirme avoir autorisé le rachat et promet, auprès de franceinfo, « un suivi rapproché » afin de « protéger les intérêts nationaux ». « L’opération de rachat de l’entreprise LMB par le groupe Loar a fait l’objet d’un examen exhaustif et rigoureusement détaillé dans le cadre de la procédure de contrôle des investissements étrangers en France, en coordination avec les ministères compétents », assure ainsi le ministère de l’Économie. Deux conditions auraient notamment été posées sur la table : un « maintien en France » de l’activité et une « modernisation des capacités industrielles, indispensables à la poursuite des activités stratégiques de LMB ». Toujours d’après Bercy, l’État fera l’acquisition d’une « action de préférence » via l’Agence des Participations de l’État au sein de LMB, « lui donnant un important pouvoir de contrôle sur les actifs de LMB ».