Alors qu’il sera encore un cadre important de l’effectif toulousain durant la période de doublons qui s’ouvre ce samedi, comme c’est le cas depuis son arrivée au club, Paul Graou a indéniablement changé de dimension ces derniers mois. Quand, après la grave blessure d’Antoine Dupont, le demi de même a prouvé qu’il était capable de prendre ses responsabilités dans les grands rendez-vous.
Ce samedi soir, lors de la réception de l’Avrion bayonnais à Ernest-Wallon, le Stade toulousain va entamer une période qu’il connaît parfaitement et, malgré la complexité de la situation en raison des (toujours) plus nombreuses absences de ses internationaux, qu’il a l’habitude de plutôt bien gérer. Déjà, parce qu’il compte dans ses rangs de jeunes talents qui savent répondre présent quand les patrons ne sont pas là, et qui symbolisent l’excellence de la formation locale. Aussi, parce que le club sait qu’il peut s’appuyer sur quelques cadres restés dans la ville rose, lesquels ont la faculté à prendre leurs responsabilités et à montrer la voie aux promesses autour d’eux.
Il y a évidemment Jack Willis, le troisième ligne anglais généralement promu capitaine lorsque les Marchand ou Dupont sont en sélection, l’Argentin Santiago Chocobares qui s’impose comme un taulier de la ligne de trois-quarts toulousaine, ou encore Paul Graou qui n’hésite à prendre en mains le jeu stadiste et à se muer en véritable leader. Il faut dire qu’à 28 ans, le demi de mêlée est certainement au sommet de sa carrière et que son statut n’a fait que se renforcer à Toulouse, depuis son arrivée lors de l’été 2022. « Moi, je m’éclate, comme toujours depuis que je suis ici », nous confiait-il ainsi récemment.
« J’ai toujours eu quelque chose à prendre »
Surtout, le staff d’Ugo Mola sait à quel point son apport dans l’effectif est précieux. Encore plus durant les doublons, et l’absence de l’incontournable Antoine Dupont. Une concurrence avec laquelle Graou a appris à vivre, et dont il s’est même nourri en trois saisons et demie. D’autant que le capitaine des Bleus est l’un de ses meilleurs amis depuis leurs années communes à l’adolescence à Auch, et que l’ancien Agenais était conscient du rôle qui serait le sien en signant chez les Rouge et Noir. Une doublure ? Oui, mais tellement plus que cela. Déjà, parce qu’avec toutes les échances internationales et sa participation aux JO 2024, suivie d’une longue pause, Dupont a auissi laissé de la place à son poste pour se montrer. Et assurer.
En ce sens, Graou a largement convaincu dès qu’une opportunité lui a été offerte. « Quand j’ai décidé de m’engager pour ce club, mon objectif était de jouer, d’avoir la possibilité de participer à des gros matchs et de gagner des titres, souffle-t-il. C’est d’ailleurs généralement pour ça qu’on reste au Stade toulousain. » Même s’il s’est parfois contenté de miettes en phase finale en 2023 et 2024, que ce soit en Champions Cup et en Top 14, le Gersois a été gâté avec trois trophées lors de ses deux premiers exercices. Dont le doublé en 2024, au terme d’une saison durant laquelle il a autant joué que Dupont à l’arrivée. « Sur ces deux premières saisons, à chaque fois que j’ai pu entrer en jeu dans un grand rendez-vous, j’ai accumulé beaucoup d’expérience, confirme le joueur. Quel que soit le match, j’ai toujours eu quelque chose à prendre. Et, avec l’effectif qu’on a ici, on grandit tous les jours. J’ai senti, au fil des semaines et des saisons, que je progressais. Et c’est ce qui me plait le plus dans ce club. »
« Je n’ai jamais regretté mon choix »
Pourtant, malgré son épanouissement personnel, il a dû effectuer un choix crucial pour la suite de son parcours, il y a un an et demi. En fin de contrat en juin 2025, il était fortement courtisé par plusieurs écuries d’envergure du Top 14, qui voulaient en faire leur numéro un à la mêlée. Il a ainsi reçu des offres alléchantes… Mais il a décidé de prolonger son engagement au Stade toulousain pour trois saisons supplémentaires : « Quand on joue numéro 9, et qu’on signe ou prolonge à Toulouse, on sait très bien qu’il y a Antoine Dupont au même poste. Mais je l’ai vu comme une chance et j’avais encore envie de croquer dedans. Je n’ai jamais regretté mon choix, encore moins en voyant la saison 2024-2025 que j’ai faite… »
Si le rugby français a grincé le 8 mars 2025, quand Dupont s’est écroulé sur la pelouse de l’Aviva Stadium de Dublin, là où son genou droit a lâché et l’a contraint à mettre un terme prématuré à sa saison, Graou a sûrement vite compris – au-delà de la douleur pour son pote – que sa vie de rugbyman de haut niveau venait de basculer. Et qu’il allait devoir prendre une autre dimension, d’autant que Mola a rapidement fait savoir qu’il ne recruterait pas de joker médical. « Le staff m’a fait confiance, et j’en suis content, dit l’intéressé. Il ne s’est pas trompé. » Graou est alors entré dans le costume du titulaire pour les rencontres éliminatoires, avec forcément des espoirs et des exigences énormes sur les épaules. « Je savais que la fin de saison allait être particulière, différente des précédentes où je n’avais pas le numéro 9 dans le dos. Le but, c’était que je remplace Antoine, et je voulais juste le suppléer au mieux. »
« Sur la finale, je n’ai pas douté »
Si les Rouge et Noir ont abandonné leur titre en Champions Cup, après la demi-finale perdue sur la pelouse de Bordeaux qui avait conduit à une profonde remise en question, ils ont su rebondir pour partir à l’assaut d’un troisième Bouclier de Brennus de rang. Mais celui-ci a eu une saveur singulière pour Graou : « Cette belle histoire s’est terminée par un titre et une finale historique. Forcément, ça restera gravé à jamais. Durant ces semaines-là, tout mon travail a payé, je me suis senti hyper bien. Quand je suis sur le terrain, j’ai à cœur de bien faire. Dans toutes les situations, j’essaie d’analyser, de prendre la bonne décision. Mais, avec l’expérience, on se rend compte parfois que, lorsqu’on laisse les choses se faire naturellement, ça déroule. Je pense qu’on avait bien bossé à l’entraînement pour gérer toutes les situations. Et il n’y a pas eu trop besoin de réfléchir. »
Son sommet ? Certainement la finale du championnat au Stade de France, face à une Union Bordeaux-Bègles tenace et un Maxime Lucu en lévitation. Ce soir-là, Graou a su rester serein, posé et appliqué pour conduire le plan de jeu élaboré par le staff toulousain. Mieux, alors que la fatigue était immense et la tension à son paroxysme, il a réalisé une prolongation absolument remarquable, avec notamment plusieurs jeux au pied décisifs. Le genre de performance qui marque un homme. « Dans ces matchs-là, il faut savoir être calme. Mais il y avait un tel niveau de préparation, j’avais confiance en moi. Sur cette finale, je n’ai pas douté, même quand il y avait énormément de pression. Pourtant, en revoyant le match à la télé, je me suis dit que c’était quand même tendu (rire). Au final, je suis resté très concentré sur les gestes que j’avais à réaliser. Je ne subissais pas l’événement et ça s’est plutôt bien passé. L’expérience a payé au meilleur des moments et, sur ce dernier match, j’étais plus dans une démarche de profiter de l’instant. » Ce qui lui avait valu les louanges de Mola : « Paul, c’est un lion. Il a fait un match incroyable, même s’il a parfois eu du déchet. Il a le mérite d’avoir un pote qui s’appelle Antoine Dupont. Un pote qui a beaucoup insisté pour que je le recrute, et je suis ravi de l’avoir écouté. »
« Je n’ai pas senti beaucoup plus d’exposition »
Aujourd’hui, deux mois après le retour à la compétition de Dupont, Graou a retrouvé le quotidien qui était le sien avant cet intermède merveilleux. A savoir le fait d’évoluer aux côtés de celui que beaucoup considèrent comme le meilleur joueur de la planète. Mais il est désormais impossible de dire qu’il est simplement dans son ombre, tant il a prouvé qu’il savait exister et qu’il était capable de prendre la lumière. « Même si les attentes étaient décuplées autour de moi, je n’ai pas senti beaucoup plus d’exposition, tempère-t-il. Je pense qu’il y en a tellement de mecs qui prennent plus la lumière dans l’équipe, et ça me va très bien. Franchement, je n’ai pas remarqué une grande différence me concernant entre la période avant la blessure d’Antoine et le moment où j’ai porté ce numéro 9. Je le répète, à Toulouse, il y a d’autres stars bien plus médiatiques que moi (sourire). »
Parmi ces stars, beaucoup sont d’ailleurs partis à Marcoussis en ce début de semaine pour préparer le premier choc du Tournoi des 6 Nations, contre l’Irlande le 5 février. Graou y a-t-il cru ? Avec les forfaits de Maxime Lucu, Nolann Le Garrec et Baptiste Jauneau, son nom a circulé pour accompagner Antoine Dupont et Baptiste Serin, et ainsi faire gonfler le contigent déjà énorme de Toulousains. Mais c’est Thibault Daubagna, déjà présent en Nouvelle-Zélande l’été passé et dont le jeu au pied est très apprécié de Fabien Galthié et ses adjoints, qui lui a été préféré. Graou n’est pas du style à se pourrir l’esprit : « Moi, j’ai toujours la banane. J’ai envie de profiter, de prendre du plaisir. » N’empêche, il a tout de même de belles échéances qui l’attendent en club, avec le défi de laisser le Stade toulousain tout en haut. Comme il a su le faire en fin de saison dernière.