Il fallait presque sortir la tenue des grands soirs. Denis Philippe, président de la Cress, a choisi la Criée pour cette traditionnelle cérémonie de vœux. Fidèle a son franc-parler, le Marseillais a affiché une inflexion stratégique claire : sortir d’une logique de reconnaissance symbolique pour s’imposer comme un pilier structurant de l’économie régionale.

Devant un parterre d’élus, de représentants de l’État, de la Région Paca et d’acteurs économiques, son président Denis Philippe a assumé un discours de rupture. « Le temps du supplément d’âme est révolu. L’économie sociale et solidaire est une politique publique à part entière », a-t-il affirmé, soulignant que le soutien institutionnel à l’ESS relève désormais d’un choix économique, et non plus uniquement idéologique.

Ce n’est pas Renaud Muselier qui dira le contraire. Si la relation entre les deux avait mal commencé, il y a une dizaine d’années, aujourd’hui il en est tout autre. « L’ESS et la Région ce sont des valeurs communes de transitions écologique, d’approche territoriale et d’adaptation de crises », ajoute le président de Région. Mais, la surprise de l’annonce inattendue. Renaud Muselier entend soutenir, la Cress « pour qu’elle ait le même statut que les chambres consulaires ». De quoi ravir Denis Philippe qui s’épuise depuis de nombreuses années à porter ce combat.

La Cress Paca représente aujourd’hui plus de 11 000 structures, employant environ 173 000 salariés, soit 13,5% de l’emploi privé régional. Un poids significatif, que la Chambre régionale entend désormais traduire en capacité d’action concrète, notamment dans les transitions écologiques, sociale et économique.

Le message est relayé par l’État. Didier Mamis, secrétaire général de la préfecture pour les affaires régionales, a confirmé un changement de regard : l’ESS suscite désormais « beaucoup d’intérêt » au niveau national. Une stratégie nationale ESS, engagée en 2025 et dont la finalisation est attendue en mars 2026, vise à lever les freins au financement et au développement des structures du secteur.

Passer à l’offensive : structuration et changement d’échelle

Pour Denis Philippe, la reconnaissance institutionnelle ne suffit plus. « La légitimité doit se traduire en capacité d’action », insiste-t-il. La feuille de route 2026 de la Cress repose sur trois priorités économiques : structurer le secteur, en renforçant la sécurité juridique, financière et la gouvernance des entreprises de l’ESS. Puis, favoriser le changement d’échelle, afin de faire émerger des acteurs plus robustes et capables de porter des projets d’envergure. Mais aussi, fédérer les familles de l’ESS (associations, coopératives, mutuelles, Scop, Scic, entreprises sociales) pour peser davantage dans le dialogue avec les pouvoirs publics et les partenaires économiques.

Autre axe fort du discours : le refus des modèles standardisés. La Cress Paca revendique une approche territoriale, fondée sur l’intelligence collective locale et les alliances de terrain. « Nous ne voulons pas de solutions copier-coller depuis Paris », martèle Denis Philippe, qui défend l’émergence d’un modèle régional, parfois qualifié de « Marseillais » ou « Provençal ».

Le président de la Cress a également voulu clore le débat entre valeurs et performance. « Les entreprises qui ont du sens peuvent être grandes, et les grandes entreprises peuvent avoir du sens. La taille devient un levier d’impact », affirme-t-il, appelant à dépasser les oppositions historiques entre économie classique et ESS.

La Cress donne rendez-vous en 2026 pour mesurer les premiers effets concrets de ce changement de braquet.