Le durcissement envisagé du programme ESTA, avec des obligations élargies autour des réseaux sociaux, pourrait peser sur l’attractivité touristique des États-Unis. Une étude du World Travel & Tourism Council alerte sur un impact économique majeur.
À Washington, la sécurité des frontières reste une priorité politique. Mais à force de durcir les conditions d’entrée, les États-Unis pourraient bien fragiliser un autre pilier de leur économie : le tourisme international.
C’est en tout cas l’avertissement lancé par le World Travel & Tourism Council (WTTC), organisation qui rassemble les grands acteurs mondiaux du voyage — compagnies aériennes, groupes hôteliers, croisiéristes ou tour-opérateurs — et dont les études font référence sur le poids économique du secteur.
Dans une nouvelle analyse, l’institution s’est penchée sur les conséquences d’un projet d’évolution du programme d’exemption de visa (ESTA), qui prévoirait une divulgation plus étendue des réseaux sociaux des voyageurs.
Un signal déjà perçu par les voyageurs
Premier enseignement : le sujet n’est plus confidentiel. Deux tiers des voyageurs interrogés déclarent déjà avoir connaissance de ces changements potentiels. Un niveau de notoriété élevé, qui laisse entrevoir des effets rapides sur le comportement des visiteurs.
Selon l’enquête menée entre le 23 décembre 2025 et le 2 janvier 2026 dans neuf pays, dont la France, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni (*), 34 % des voyageurs se disent moins enclins à se rendre aux États-Unis si la mesure était appliquée dans les deux à trois prochaines années. À l’inverse, seuls 12 % affirment qu’elle renforcerait leur envie de voyager outre-Atlantique.
Un déséquilibre net, qui se traduirait mécaniquement par une baisse de la demande internationale.
34 % des voyageurs se disent moins enclins à se rendre aux États-Unis si la mesure était appliquée
Un impact économique loin d’être marginal
Le WTTC ne s’arrête pas au ressenti. Avec l’appui d’Oxford Economics, l’organisation a modélisé plusieurs scénarios économiques. Dans l’hypothèse la plus défavorable, les États-Unis pourraient enregistrer jusqu’à 4,7 millions d’arrivées internationales en moins dès 2026, soit près d’un quart des visiteurs issus des pays éligibles à l’ESTA.
Les conséquences financières seraient à la hauteur : 15,7 milliards de dollars de dépenses touristiques en moins, et un impact global sur le PIB du voyage et du tourisme estimé à 21,5 milliards de dollars.
Côté emploi, jusqu’à 157.000 postes pourraient être menacés, l’équivalent du nombre d’emplois généralement créés en un trimestre aux États-Unis — un rappel parlant, dans un pays où la dynamique du marché du travail reste un indicateur politique central.
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Une attractivité déjà fragilisée
Le contexte rend l’alerte d’autant plus sensible. Le tourisme récepteur américain n’a toujours pas retrouvé son niveau d’avant-pandémie, avec près de 11 millions de visiteurs étrangers en moins entre 2019 et 2025.
Surtout, la politique d’entrée envisagée apparaît, aux yeux des voyageurs, plus intrusive que celles de destinations concurrentes comme le Royaume-Uni, le Canada, le Japon ou l’Europe occidentale. Si une minorité y voit un signe de fermeté, une part plus large estime qu’elle rendrait les États-Unis moins accueillants, sans améliorer pour autant leur sentiment de sécurité personnelle.
«Même des changements modestes de comportement des visiteurs peuvent avoir des conséquences économiques bien réelles», rappelle Gloria Guevara, présidente du WTTC, dans un marché touristique mondial de plus en plus disputé. Reste à savoir si, au moment d’arbitrer, l’administration américaine privilégiera la logique sécuritaire… ou la compétitivité touristique.
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(*) Méthodologie : l’étude repose sur des enquêtes en ligne menées auprès de 4 563 voyageurs internationaux en Australie, en France, en Allemagne, en Italie, au Japon, aux Pays-Bas, en Espagne, en Corée du Sud et au Royaume-Uni. Environ 500 entretiens ont été réalisés par pays. Tous les répondants avaient voyagé en dehors de leur région géographique au cours des cinq dernières années.
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