L’Union européenne s’apprête à inscrire le Corps des gardiens de la Révolution islamique d’Iran sur sa liste des organisations terroristes, après que la France a annoncé mercredi qu’elle soutiendrait désormais cette initiative.

Les ministres européens des Affaires étrangères se réunissent jeudi à Bruxelles et doivent approuver de nouvelles sanctions en réaction à la répression des manifestations qui a fait des milliers de morts et des milliers d’arrestations.

« La France soutiendra l’inscription du Corps des gardiens de la Révolution islamique sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne », a déclaré sur X le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noel Barrot.

Avec la France, l’Italie et l’Allemagne à présent favorables, la décision devrait être approuvée politiquement jeudi, même si elle nécessite l’unanimité des 27 membres du bloc.

Plus tôt mercredi, la France avait hésité à rejoindre la majorité des pays du bloc, qui poussent à l’inscription du CGRI sur la liste des organisations terroristes de l’UE, rejoignant ainsi les États-Unis.

« La répression insoutenable du soulèvement pacifique du peuple iranien ne peut rester sans réponse. Le courage extraordinaire dont ils ont fait preuve face à la violence aveugle déchaînée contre eux ne peut être vain », a affirmé Barrot.

La présidence française avait annoncé la décision plus tôt dans la journée.

Créé après la Révolution islamique de 1979 pour protéger le régime clérical chiite au pouvoir, le Corps des gardiens de la Révolution islamique exerce une grande influence dans le pays, contrôlant une partie de l’économie et des forces armées, et supervisant les programmes balistique et nucléaire de l’Iran.

ROMPRE LES LIENS, INQUIÉTUDES POUR LES RESSORTISSANTS EN IRAN

Si certains États membres de l’UE ont déjà plaidé pour l’inscription du CGRI sur la liste terroriste, d’autres, menés par la France, se sont montrés plus prudents.

Ils craignaient qu’une telle mesure n’entraîne une rupture totale des liens avec l’Iran, impactant les missions diplomatiques et compromettant les négociations pour la libération de citoyens européens détenus dans les prisons iraniennes.

Paris s’inquiète notamment du sort de deux de ses ressortissants actuellement logés à l’ambassade à Téhéran, après leur libération de prison l’an dernier.

Les manifestations antigouvernementales qui ont balayé l’Iran depuis décembre ont entraîné la répression la plus sanglante des autorités depuis la Révolution islamique de 1979, provoquant la condamnation de la communauté internationale.

D’autres diplomates favorables à la mesure estiment que l’ampleur de la répression oblige l’Europe à envoyer un signal politique très fort, compte tenu du rôle du CGRI dans la répression, mais aussi de ses activités à l’étranger, qu’ils assimilent à des actes terroristes.

« Si ça marche comme un canard et cancane comme un canard, alors c’est probablement un canard et il est bon de le dire », a confié un haut diplomate européen.
(Adaptation par Toby Chopra et Bill Berkrot)