«Bonjour, contrôle de police ». Une scène, avec palpations d’usage, qui s’est répétée un peu plus qu’à l’accoutumée ce mercredi à Marseille, où les autorités ont donné le coup d’envoi de vastes opérations de répressions des consommateurs de drogue.
Après les opérations Place nette puis dans leur version XXL, suivies des actions Jumbo, toutes visant d’abord à perturber les trafics de drogues et les points de deal, la préfecture de Marseille enrichit son arsenal de lutte contre le narcotrafic en ouvrant « en 2026 un nouveau volet de lutte contre les consommateurs », explique la préfète déléguée Corinne Simon depuis le quartier des Réformés.
Zackari, son fond de pochon et ses longues feuilles à 200 euros
« Les consommateurs, même occasionnels, doivent comprendre qu’à chaque fois qu’ils achètent du produit, ils participent au trafic. Le Président l’a dit, le ministre de l’Intérieur l’a rappelé. Si je n’ai plus de consommateurs, je n’ai plus de dealer », résume la préfète venue pour le faire savoir. Pendant ce temps, des policiers – comme 1.200 autres fonctionnaires dans 159 autres lieux du département dans les deux jours à venir – s’appliquent à contrôler les passants et voyageurs qui sortent du tramway ou du métro.
Zackari* sort du tramway justement. Il en est quitte pour une convocation judiciaire et une amende forfaitaire délictuelle de 200 euros pour possession de drogue, sa toute première jamais reçue, dit-il. « J’avais un résidu [de fumette] dans un pochon et des longues feuilles, je suis dégoûté, c’est un délit de faciès », marronne le jeune homme de 20 ans, cariste dans un entrepôt logistique en périphérie de Marseille.
Avec quatre amis de sa cité Jean-Jaurès, dans les quartiers nord, ils sont venus passer la fin de journée aux Réformés et dans son cinéma. « Si au moins ça servait à réparer les ascenseurs du bâtiment, ce serait bien », souffle-t-il en rangeant, mal pliée, sa convocation dans sa sacoche. « Et Macron va mettre l’amende à 500 euros ? Ils veulent qu’on fasse des heures de nuit au quartier ou quoi », ironise-t-il.
Le boucher satisfait
Plus loin sur l’avenue des Réformés, Bernard observe les opérations depuis la vitrine de sa boucherie : « Ils devraient faire ça tous les jours », approuve le commerçant, installé ici depuis onze ans. « Pas trop le matin, c’est plutôt tranquille mais avoir au moins une patrouille présente l’après-midi », commente le quinquagénaire. Son voisin de boutique, un propriétaire de snack est lui plus circonspect : « C’est bien oui, oui », répète-t-il.
La présence relativement massive mais soudaine d’effectifs de police éveille aussi quelques curieux et réfractaires à ce surplus de force de l’ordre dans ce quartier animé. Un « quelle hypocrisie ! » fuse ici, là un adhérent de Médecins du monde souhaite s’enquérir directement auprès de la préfète d’un éventuel volet sanitaire, alors que les dégâts des addictions au crack se font de plus en plus visibles à Marseille et dans ses centres-villes.
Dans l’immédiat et avec l’idée de couper à terme les robinets des trafiquants, la police déploie donc ces opérations de ratissage, « partout, dans les tramways, métros, les trains, les rues, les abords des établissements scolaires, les gares, sur les routes » avec des contrôles de dépistages de police et gendarmeries, sur 23 communes du département durant les prochaines 72 heures.
« Ces opérations auront lieu régulièrement tous les mois et parfois plusieurs fois par mois », prévient la préfète Corinne Simon, alors que policiers et gendarmes des Bouches-du-Rhône ont distribué en 2025 16.000 amendes forfaitaires délictuelles (AFD) et suspendu près 2.200 permis pour détention ou usage de stupéfiant.